Publié par Guy Millière le 8 novembre 2015

Mensonge perte de terre palestinienne

Guy Millière – Ecrire un premier livre est difficile. Je m’en souviens, même si l’expérience pour moi remonte à plus de quarante ans.

Ecrire un premier livre sur un sujet aussi complexe que le conflit du Proche-Orient est plus difficile encore.

Esther Benfredj ancienne assistante à la faculté de droit de Montréal, journaliste, surmonte les difficultés et offre un livre clair, utile à qui veut comprendre les entrelacs que nombre de gens évoquent sans savoir ce qu’ils signifient ou même où ils mènent, plus utile encore à ceux qui se trouvent noyés dans la désinformation ambiante et veulent en sortir.

Son livre retrace l’histoire du conflit israélo-arabe de ses origines à nos jours. Et il le fait, comme l’explique Shmuel Trigano dans une remarquable préface, en revenant aux racines : l’histoire du peuple juif « avant qu’il ne s’organise en nation israélienne », et celle du monde arabe, où il n’y avait « aucun Etat ni aucune nation… dans le sens moderne de ces notions », et où il n’y eut l’introduction de ces notions que très tard.

Ce retour aux racines permet de sortir des stéréotypes délétères qui imprègnent quasiment tout ce qui s’écrit en Europe sur le sujet.

Le livre explique sur ces bases la naissance du nationalisme arabe, son développement, la place du mouvement « palestinien » dans ce développement, le rôle joué par panarabisme et panislamisme. Il explique la naissance du sionisme, les apports de Theodor Hertzl et de Vladimir Jabotinsky, les ambiguïtés du Royaume-Uni au temps du « Mandat palestinien », le tracé de frontières imposées de l’extérieur car, « à l’exception de l’Egypte », aucune des « nouvelles entités territoriales » n’avait jusque là « disposé de frontières », la naissance d’Israël dans un contexte où l’hostilité arabe est à un point très élevé d’intensité, le fait que la guerre menée par les pays arabes pour détruire Israël dès 1948 n’avait pas d’autre objectif que de détruire Israël, le fait aussi qu’il n’y avait, à l’époque, pas un seul Arabe porteur, selon les mots du comte Folke Bernadotte (qui sera assassiné peu de temps après avoir écrit ces mots), d’un « nationalisme spécifiquement palestinien ».

Le livre rappelle qu’Abdallah de Jordanie « voulait créer un royaume hachémite palestinien » (si la Jordanie s’appelait Palestine, la situation présente serait sans doute moins envenimée), souligne le rôle de la « guerre froide » dans ce qui a mené les Etats Unis à se placer du côté d’Israël, et dans ce qui a conduit l’Union Soviétique à soutenir le mouvement national palestinien ».

Il décrit avec rigueur et précision les guerres de 1967 et de 1973, la fin de la « guerre froide » et ce que Charles Krauthammer appelé le « moment unipolaire » : celui où l’hégémonie américaine a pu faire penser à l’émergence d’un « nouvel ordre mondial ».

Il décrit l’enclenchement du « processus de paix » en ce contexte, les accords d’Oslo, le déferlement d’attentats qui a suivi, et les gains diplomatiques « palestiniens » qui ont découlé. Il souligne qu’en accordant à l’Autorité palestinienne un statut d’ « Etat observateur », l’ONU a reconnu une entité dont le but déclaré est d’ »anéantir un Etat reconnu et légitime ».

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Il se conclut en posant la question : le conflit est-il soluble ?

Esther Benfredj évoque, citant Emmanuel Navon, la fin du pétrole, qui pourrait obliger les pays arabes à devenir plus « pragmatistes et réalistes ». Elle évoque aussi, citant Elie Wiesel, le fait que ceux qui attaquent Israël sont « ceux qui glorifient la mort », face à « ceux qui défendent la vie ».

Envisager que le monde arabe devienne « pragmatique et réaliste » me semble un vœu pieux, et pas du tout le tracé d’une perspective à même de se vérifier. L’opposition entre « ceux qui glorifient la mort » et « ceux qui défendent la vie », me semble adéquate et pertinente.

Esther Benfredj demande en une dernière phrase si du sort d’Israël dépend le sort de notre civilisation. Je pense que la réponse est : oui.

Et je pense que la soumission graduelle de notre civilisation à « ceux qui glorifient la mot », et la diabolisation d’Israël qui découle ne sont pas des signes encourageants.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Esther Benfredj, Ismael Contre Israël*. Le conflit israélo-arabe depuis ses origines, Québec Amérique, 2015, 252p., $26.95

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