Publié par Christian Larnet le 12 novembre 2015

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Christiane Taubira est accusée de prise illégale d’intérêt dans le dossier Anticor depuis le 11 décembre 2012. Le dossier à charge est si lourd que la justice avance « très » lentement : en fait le dossier est totalement bloqué. Ah il fait bon être un puissant de gauche : sans la corruption le mensonge et la duperie, le socialisme n’existerait plus.

Et rebondissement, des emails embarrassants viennent de parvenir à un journaliste de France 3, et pas n’importe lequel…

A l’origine de l’affaire, explique Clément Weill-Raynal sur France Info (oui, la révélation du Mur des cons c’est lui) l’association Anticor dépose plainte contre Patrick Buisson, « Monsieur sondages de l’Elysée » sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy à qui elle reproche d’avoir empoché près de 1,4 million d’euros pour des sondages d’opinion, supposément sans respecter les règles de l’appel d’offres.

Anticor s’est fait une spécialité de traquer les malversations des responsables politiques, ce qui doit être applaudi des deux mains. Sauf qu’on tombe de haut lorsqu’on comprend qu’Anticor dirige surtout ses flèches vers la droite… sur la noble motivation sonne soudainement bien creux.

Donc Patrick Buisson est mis en examen.

Mais le retour de flamme est immédiat, et il fait mal : Buisson contre-attaque le 11 décembre 2012, défendu par l’avocat Gilles-William Goldnadel, car Christiane Taubira, alors ministre, a soutenu la décision d’Anticor … alors qu’elle est membre de son comité de parrainage !

Dépot de plainte contre Christiane Taubira pour « prise illégale d’intérêt » et immense silence dans les médias : beaucoup de rédactions sont dirigées par d’anciens trotskystes, et ils ont décidé – sans même avoir besoin de se consulter – que les Français ne doivent pas savoir.

Mais pour Patrick Buisson, la situation est claire : la garde des Sceaux est l’autorité hiérarchique du parquet, elle est donc à la fois juge et partie.

Une juge d’instruction a donc été saisie – pour la pure forme – car depuis, le dossier est au point mort. Surtout ne comparez pas avec la rapidité des tribunaux dans les affaires qui impliquent la droite ou le FN, vous risqueriez de vomir sur votre clavier.

Des emails très compromettants

Rebondissement, des emails viennent d’être versés au dossier d’instruction, que le journaliste, qui rareté dans la profession, fait décidément bien son boulot d’enquête, a pu consulter.

Et ils alourdissent le dossier de « prise illégale d’intérêt ».

Dès que Buisson dépose plainte, l’inquiétude monte entre les dirigeants d’Anticor.

On peut lire par exemple que les dirigeants de l’association sont très gênés aux entournures par la présence de Christiane Taubira au conseil d’administration d’Anticor.

« Des membres du gouvernement dans notre comité de parrainage, c’est se tirer inutilement une balle dans le pied »

Le 13 novembre 2012, soit quelques heures après les déclarations de Patrick Buisson accusant Taubira, Suzanne Devallet, membre du bureau, écrit :

« Au-delà de ‘l’affaire Taubira’, je continue de penser que, permettre à des personnalités politiques membres du gouvernement de faire partie de notre comité de parrainage, c’est se tirer inutilement une balle dans le pied. (…) Je suis convaincue qu’il ne faut pas réagir maintenant face à cette question, sous peine de donner l’impression que nos accusateurs fallacieux ont raison, mais je persiste à croire qu’il faudra éclaircir ce point dans le moyen terme. »

Philippe Petit, le trésorier, et une autre responsable, Gabrielle Audefroy, sentent bien qu’ils naviguent en eaux très troubles :

« Je n’ai rien contre avoir des élus au sein d’Anticor, dit Petit dans un email, mais, quand ils rejoignent un gouvernement, leur présence au sein du comité de parrainage devrait être mise automatiquement entre parenthèses. »

Le 19 décembre 2012, après le dépôt de la plainte de Patrick Buisson, Suzanne Devallet panique et écrit :

« Il me paraît plus qu’urgent que Taubira sorte du comité de parrainage ».

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Ne sachant pas à quel point la Ministre au bras long tient la justice comme jadis les Rois de France – les socialistes réclament la disparition des inégalités, mais jamais pour eux-mêmes – Devallet ajoute :

« Buisson ne pourrait-il pas invoquer et avec risque de succès la CDEH [Cour européenne des droits de l’Homme] (droit à un procès équitable) … et pour avoir bûché certains arrêts de la CDEH… Taubira risque de faire de nouveau la une des journaux… »

Et elle termine ainsi confirmant les soupçons de Buisson :

« La présence de la Garde des Sceaux dans notre comité de parrainage alors qu’Anticor est en justice dans des affaires politico-financières sensibles me paraît vraiment juste suicidaire … »

Dans la soirée de ce 13 novembre 2012, l’ancienne présidente (aujourd’hui décédée) Catherine Le Guernec regrette qu’aucune décision n’ait été prise par le conseil d’administration : « Nous avons eu une discussion à la dernière CA sur le sujet mais quelques réticences ont fait que nous ne sommes pas allés au-delà, ce fut un tort. »

Et puis c’est le feu d’artifice, l’email qui montre la collusion entre Anticor et la Garde des Sceaux :

Un email révèle qu’Anticor est de connivence avec le cabinet de Christiane Taubira

Jean-Luc Trotignon, alors délégué national de l’association, écrit :

« Suite à la mise en cause des liens de Christiane Taubira avec Anticor ce matin dans plusieurs médias par Patrick Buisson (…), Jérôme Karsenti [l’avocat d’Anticor] trouvait impératif que nous communiquions à ce sujet en liaison avec Christiane Taubira. Mais le cabinet de celle-ci nous a devancés en nous joignant ce matin via Séverine… Ils souhaitaient faire un communiqué de presse (que nous reprendrons) et avaient besoin des informations suivantes au préalable que je viens de leur donner. »

Mais Taubira n’hésitera pas à lâcher ses petits camarades pour sauver sa peau, les mettant dans une situation très inconfortable :

Jean Luc Trotignon, par exemple écrit :

« Elle [Taubira] affirme sa fierté de faire partie de notre comité … Nous ne pouvons pas l’en retirer, ce serait la désavouer. »

La présidente Catherine Le Guernec, furieuse d’avoir été trahie, va même plus loin :

« Sa réponse [celle de Taubira] est très bien mais quelque part elle nous ‘coince’. Nous ne pouvons plus à ce stade la mettre de côté du comité. »

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Et lorsque la présidente Le Guernec suggère de rencontrer officiellement la ministre, Jean-Luc Trotignon lui répond :

« la moindre fuite d’un tel contact servirait tous ceux qui prétendent que nous agissons de connivence »

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« Je pense qu’au contraire il ne faut avoir aucun contact actuellement et pour un long moment avec CT [Christiane Taubira]. La moindre fuite d’un tel contact servirait tous ceux qui prétendent que nous agissons de connivence. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Christian Larnet pour Dreuz.info.

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