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Publié par Guy Millière le 13 novembre 2015

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Guy Millière – Le débat entre candidats républicains organisé par Fox Business, le 10 novembre dernier a été incontestablement le meilleur de tous ceux organisés jusque là. Des questions pertinentes ont été posées. Des réponses précises ont été apportées.

N’en déplaise aux démocrates, il y avait plus d’idées dans une seule phrase prononcée à cette occasion que dans un débat démocrate tout entier.

Il est apparu très clairement qu’il existe des lignes très différentes d’un candidat à l’autre, des aptitudes à convaincre très différente aussi.

Jeb Bush a montré que, décidément, il n’avait pas sa place à ce niveau de compétition. Non seulement il ne s’est pas éloigné de la ligne centriste qui est la sienne depuis le début de la campagne et a tenu à diverses reprises un discours qu’un démocrate non extrémiste aurait pu tenir, mais il est apparu mal assuré, pas du tout prêt à prendre la parole d’assaut et à s’affirmer. Il a été un bon gouverneur de Floride. Il semble être un homme sympathique. C’est insuffisant.

Rand Paul a, comme à son habitude, tenu des propos clairs, cohérents et pertinents en matière économique, mais a révélé ses penchants isolationnistes dès qu’il a touché la politique étrangère. Dans un moment où les effets délétères de la politique étrangère d’Obama se font de plus en plus flagrants, c’est rédhibitoire.

John Kasich a joué le rôle de l’intrus : il a, même, quasiment joué le rôle d’envoyé du parti démocrate et a tenté de démonter et de réfuter le discours de tous les autres candidats, jugés par lui trop extrémiste. Si Jeb Bush, qui était à côté de lui, l’avait poussé vers la sortie, il aurait bien fait. John Kasich n’a aucune chance et ne devra être traité avec égards que parce qu’il est gouverneur d’un swing State, l’Ohio, que les Républicains ne peuvent se permettre de perdre.

Carly Fiorina a répété les fragments de son discours de campagne : ce sont des fragments cohérents, pertinents. Mais à l’évidence pas du tout à même de la conduire beaucoup plus loin.

Il reste les quatre seuls candidats à être véritablement encore en lice.

Ben Carson continue à parler lentement, doucement : cela l’a mené loin. C’est un homme aux qualités remarquables et, sur bien des points, admirable. Il n’en a pas moins révélé, dès lors que des questions précises lui ont été posées, un très grand flou dans le domaine de la politique étrangère. Je ne pense pas qu’il est à même d’attirer davantage que les voix des électeurs attachés aux valeurs chrétiennes, qu’on appelle aux Etats Unis les social conservative. Il peut remporter quelques élections primaires : je doute qu’il aille jusqu’au bout des élections primaires.

Ce qui réduit la compétition à trois candidats.

Ted Cruz est à l’évidence le plus brillant et le plus cohérent intellectuellement. Il a tout pour attirer l’électorat conservateur. C’est un orateur remarquable. Je crains qu’il lui manque l’aptitude d’élargir son électorat au delà des conservateurs, mais je peux me tromper.

Marco Rubio est très brillant et précis lui aussi. Il est désormais, Jeb étant quasiment hors course, le candidat de l’establishment républicain. Son discours est convaincant. Je pense que les conservateurs lui reprocheront avec une insistance croissante d’avoir pris parfois des positions qui ont recoupé celles des démocrates au Congrès, sur l’immigration et sur l’accord de libre échange pour la région Pacifique. Mais je peux me tromper là encore.

Donald Trump a été lui-même, sur un mode plus consensuel, comme s’il était assuré de continuer à faire la course en tête et comme si le moment était venu pour lui de ne pas accentuer les aspérités qui peuvent diviser. Ses positions sont plus proches de celles de Cruz que de celles de Rubio.

Il est plus ferme que Rubio en matière d’immigration illégale. Il est en faveur du libre échange, mais, comme Cruz, contre tout accord qui permettrait à des pays d’user de subterfuges tels que la dévaluation de la monnaie, pour obtenir un avantage dans la concurrence économique avec les Etats-Unis. Il est clairement hostile au capitalisme d’accointances (crony capitalism) mis en place sous Obama.

Il est en faveur d’une armée forte, mais d’un interventionnisme pondéré en politique étrangère.

Il peut, par ses positions, tout à la fois attirer l’électorat des tea parties, les Reagan democrats, démocrates qui ont voté Reagan, en 1980 et 1984, et parvenir à rallier peu à peu l’électorat conservateur.

Il a suscité l’hostilité des Hispaniques par ses propos initiaux sur l’immigration illégale, et c’est un obstacle qu’il lui faudra surmonter.

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Il a contre lui l’establishment républicain et la majeure part des commentateurs conservateurs. C’est un autre obstacle qu’il lui faudra surmonter.

S’il surmonte les deux obstacles, il me semble à l’heure actuelle le candidat le plus à même de l’emporter et le plus à même d’affronter victorieusement Hillary Clinton.

Que les quatre candidats en tête soient un grand entrepreneur qui n’a jamais fait de politique, un grand neurochirurgien noir qui n’a jamais fait de politique, et deux sénateurs d’origine cubaine issus, au départ, des tea parties, montre la vitalité et la diversité du camp conservateur aux Etats Unis.

Qu’en face, il y ait un socialiste septuagénaire blanc du Nord Est du pays et la femme d’un ancien Président qui est passé tout au bord de l’impeachment et qui aurait davantage sa place en prison que dans la course à la présidence des Etats-Unis montre la stérilité du camp démocrate.

Qu’Hillary Clinton ait le soutien des féministes alors qu’elle a assumé toutes les turpitudes sexuelles de son mari pourrait prêter à sourire.

Qu’elle se présente en candidate des « pauvres » alors qu’elle a amassé une fortune par des actes de corruption flagrants est à même de rendre le sourire ironique.

Qu’elle soit susceptible d’être élu plonge dans la consternation.

Que dans la presse française, elle soit très bien traitée, au point que le public français ignore quasiment tout de l’extrême gravité de l’affaire Benghazi, du dossier « Fondation Clinton », et du dossier « emailGate », est logique.

Que le public français soit conduit à penser que les Républicains sont des abrutis simplistes est logique aussi.

Pour la plupart des journalistes français, Ronald Reagan était un mauvais acteur de série B, George Walker Bush un crétin fasciste, et Obama est un type absolument cool.

Comme aurait pu dire Michel Audiard, si tous les journalistes du monde étaient des cons, les journalistes français seraient chefs d’escadrille. Il reste des dissidents pour sauver l’honneur, tels Ivan Rioufol, ou divers rédacteurs de Valeurs Actuelles. Je leur rends hommage, mais c’est peu, trop peu dans un pays où la liberté de parole et le pluralisme sont censés exister encore.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

PS J’ai laissé de côté le débat entre petits candidats : aucun des participants à celui-ci n’a la moindre chance de compter.

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