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Publié par Gaia - Dreuz le 16 novembre 2015

Louis Caprioli, ex-DST, spécialiste du terrorisme analyse les attentats comme des faits de guerre. Il rejoint le chef de l’Etat François Hollande: le jihad a déclaré la guerre à la France

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Ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance du territoire (DST), Louis Caprioli est un spécialiste des réseaux terroristes. Il est désormais conseiller dans une entreprise de sécurité de sécurité Geos.

Dès le lendemain des attentats de janvier contre Charlie Hebdo, il avait été très pessimiste: «La question, c’est qu’elle est la prochaine cible?» La réponse est tombée hier soir. Interview de Louis Caprioli.

Les attentats de vendredi portent-ils la signature de djihadistes de retour du Syrie?

C’est ce que tout le monde redoutait. Effectivement, ces gens qui reviennent ont pour certains des compétences techniques du maniement des armes, de la fabrication d’explosifs et de l’organisation d’opérations minutieusement préparés qui les rendent extraordinairement dangereux. De plus, ils sont déterminés et prêts à se sacrifier. Ce qui apparaît dans le déroulement de l’attentat du Bataclan, puisque les terroristes n’ont ni négocié ni livré de combat contre les forces du BRI et du RAID. Ils ont choisi de se faire exploser. Comme ceux de Saint-Denis où quelque chose n’a pas fonctionné.

Ne faudrait-il pas surveiller tous ces individus?

C’est fait. Mais c’est une démarche légale qui demande des moyens énormes. Ces revenants de Syrie ou d’Irak sont interrogés et contrôlés. Mais la loi dit qu’il faut établir qu’ils aient participé à des activités militaires terroristes. C’est évidemment un véritable défi vu l’ampleur. On estime entre 300 et 400 ceux qui seraient revenus du djihad et il y aurait 1800 ressortissants français concernés.

Par ailleurs, vous dites que l’opération au Stade France a raté?

C’est surprenant que ces individus aient choisi de se faire exploser dans des endroits où il n’y avait personne. Heureusement, il y a eu un dysfonctionnement quelque part. Car, même sans entrer dans l’enceinte, s’ils s’étaient fait exploser avant ou après le match dans un lieu où les spectateurs sont massés, il y aurait sans doute eu des morts par dizaines au Stade de France.
Au-delà de l’horreur de ces attentats, qu’est-ce qui vous a frappé dans le mode opératoire?
Louis Caprioli: C’était avant tout des kamikazes qui voulaient mourir en martyrs. Ils étaient motivés – ils l’ont prouvé – et bien coordonnés avec deux grands objectifs: Le Stade de France et le Bataclan dans cette région des 10e et 11e arrondissements de Paris.

Vous en déduisez quoi?

C’est préoccupant pour la suite. Cela me fait penser à l’année 1954, la Toussaint rouge quand a commencé une guerre qui ne disait pas son nom, la guerre d’Algérie. Aujourd’hui, c’est cela: la communauté des djihadistes est en guerre contre la France.

Selon vous, le pire est à venir?

Le pire ne cesse d’arriver. Nous étions déjà choqués en 1995 lors des attentats (ndlr: huit attentats en tout) qui avaient fait huit morts et des centaines de blessés. Avec Merah et les attaques de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher début 2015, il y avait encore eu une gradation. Mais désormais, les civils sont devenus les cibles. Nous sommes dans une guerre qui implique, et c’est nouveau, des milliers d’individus qui sont sur notre propre territoire et qui composent les réseaux djihadistes. La guerre sera difficile à gagner mais tant que nous n’aurons pas éradiqué Daech (ndlr: l’état islamique), nous ne réglerons rien. Il faudra aussi demander des comptes aux alliés objectifs du discours salafiste dans le monde: l’Arabie saoudite et le Qatar.

A vous entendre, le fait que les victimes ne soient ni journalistes, ni caricaturistes, ni juifs fait entrer le conflit dans une logique différente?

Oui. Désormais c’est la France, et tout ce qui peut représenter la France, qui sont menacées. C’est d’ailleurs le paradoxe de la réponse sécuritaire de janvier dernier. En protégeant certaines personnes – les journalistes et la communauté juive – on a rendu les autres plus vulnérables.

A quoi sert justement d’avoir décrété l’état d’urgence?

L’état d’urgence est une limitation des libertés individuelles. Elle permet notamment d’assigner à résidence des individus et de procéder à des perquisitions dès que nous avons des soupçons.

C’est un moment symbolique fort dans cette lutte. Car la France ne peut pas mettre un pays entier sous surveillance mais elle peut aller contrôler de manière plus active. Reste à savoir si nous oserons neutraliser un maximum d’individus en lançant une opération du type chrysanthème (ndlr: En 1993, Charles Pasqua avait organisé une véritable rafle dans les milieux islamistes algériens).

Quel rôle d’amplification de la menace ont joué les frappes contre l’Etat islamique en Syrie décidées en septembre?

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni aussi frappent en Syrie. Mais il est vrai la France est devenue le symbole que les djihadistes veulent combattre. Notre passé colonial, le fait que nous soyons engagés au Sahel, en Irak et désormais en Syrie motive plus particulièrement une population française d’origine maghrébine. Elle veut se venger de la France.

La France a-t-elle les moyens de mener cette guerre, hors sol comme sur son territoire?

Non, nous manquons de moyens. Mais la France n’a pas d’autre perspective que de mener cette guerre contre les djihadistes au Sahel, en Syrie, en Irak et en France. Sinon, ils nous frapperont encore plus fort. Il faut agir au cœur du mal. Maintenant, les messages de soutien des autres pays affluent, mais il faut davantage. Car eux aussi sont en guerre même s’ils n’en ont pas envie de faire la guerre.

Revenons à la sécurité en France et à Paris. N’est-ce pas étonnant que des hommes, lourdement armés et avec des bombonnes de gaz, ont traversé Paris sans souci. A quoi sert Vigipirate?

Vigipirate ne sert pas à grand-chose. Surtout face à des gens qui ont la volonté d’aller jusqu’à la mort. Nous devrons trouver d’autres solutions pour sécuriser la société civile. Les CRS sont saturés. Les policiers sont saturés. Mobiliser 7000 soldats pour surveiller de manière statique des points stratégiques est une erreur. Les soldats doivent combattre. Nous en avons besoin sur les terrains d’engagements et non plantés sur les trottoirs parisiens.

Selon vous, le discours salafiste est la source du problème?

C’est du moins le centre du mal, car ce salafisme alimente le djihad. Et non, ces gens ne sont pas des fous! Ils sont au contraire extrêmement cohérents dans une doctrine fondée sur le Coran. C’est un texte qui a une autre portée que le marxisme ou même le nazisme. Aussi funestes que sont ces doctrines, elles ne sont que des idées. Là, nous touchons au sacré. Nous avons affaire à une religion, pratiquée par plus d’un milliard de personnes et qu’une minorité interprète, mal selon nous, mais qui motive leur guerre contre nous.

http://www.tdg.ch/monde/europe/civils-devenus-cibles-pire-venir/story/29636772

© Gaïa pour www.Dreuz.info

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