Publié par Jean-Patrick Grumberg le 17 novembre 2015

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Islam, islam radical, je commence à douter de la distinction. Comme je doutais en 2010 de la distinction entre islamique et islamiste, maintenant abandonnée.

Je crois qu’il existe une minorité de quelques centaines de millions de bons musulmans qui suivent l’islam à la lettre, et sont prêts à commettre des attentats quelque part dans le monde, et une écrasante majorité de mauvais musulmans qui aiment les pays européens où ils vivent, respectent les lois et non le coran – qu’ils le connaissent ou pas n’est pas le sujet.

Les mots bon et mauvais déterminent la qualité du rapport à l’islam, et non la qualité du rapport des musulmans vis à vis de nos valeurs. Nous nous sommes pris les pieds dans la syntaxe, bon voulant dire « faire le bien », alors que respecter les préceptes de l’islam c’est faire le mal, et mauvais voulant dire « faire le mal » alors que ne pas obéir aux lois de l’islam – qui d’ailleurs sont contraires à nos lois – c’est faire du bien et respecter son prochain.

Je crois qu’il y a des bons pays musulmans qui vivent strictement selon le coran, lapident les femmes, pendent les homosexuels et les apostats, emprisonnent les femmes non voilées, et des mauvais pays musulmans qui prennent un peu du coran et beaucoup des droits de l’homme occidentaux.

Et les djihadistes sortent indifférement des uns comme des autres.

Je crois que volontairement ou pas, et pour ne pas évoquer l’islam, les dirigeants occidentaux et les journalistes ont brouillé les cartes en présentant les islamistes radicaux comme des déviants, et les musulmans européanisés comme de bons musulmans. C’est le contraire et cela change tout : il faut aimer les mauvais musulmans, remparts contre l’islamisation même s’ils ne descendent pas dans la rue dénoncer les attentats, et craindre les bons musulmans qui crient Allah Akbar.

Je crois que le piège ultime des islamistes est de faire en sorte que l’Occident se retourne contre ses mauvais musulmans (les musulmans respectueux des lois et non du coran), le message étant de leur dire :

« vous voyez, vous pourrez vous intégrer tant que vous voulez, perdre votre identité musulmane autant que vous voulez, vous fondre dans la masse, vous occidentaliser tant que vous le pourrez, « ils », les mécréants, les croisés, ne voudront jamais de vous. « Ils » ne vous accepterons jamais. Alors rejoignez l’islam le plus pur ».

Cela, afin de les inciter à devenir de bons musulmans (c’est à dire des djihadistes).

Je crois qu’il ne faut pas sous estimer l’ennemi, ni le surestimer non plus.

S’imaginer que les stratèges de l’Etat islamique n’ont pas vu cette piste mortelle est suicidaire. Elle est trop évidente, trop facile à mettre en œuvre sans grand effort.

Je suis stratège de formation, et le piège est limpide à mes yeux. Voici ce qu’ils pensent :

« Si les imams, les émissions par satellite, les prêches, les exploits de l’Etat islamique n’ont pas réussi à transformer cette écrasante majorité de mauvais musulmans européanisés et heureux de vivre dans la société occidentale, respectueux des droits de l’homme, en bons combattants pour Allah qui rejettent la démocratie, il faut que les valeurs occidentales qu’ils ont épousé se retournent contre eux, que les européens se retournent contre eux, et ils viendront naturellement à l’islam. »

Et je crois que la cible prioritaire des islamistes, la cible la plus facile à atteindre, pour dresser ce piège, ce sont bien entendu les islamolucides, les identitaires, les islamophobes déjà à cran, et dont chaque attentat exacerbe la défiance envers les musulmans.

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C’est le sujet de réflexion que je vous soumets.

J’espère que les plus réticents trouveront dans leur propre réflexion la lucidité de ne pas me lancer tout de suite : « vous aussi ! Vous nous dites « padamalgame », jamais je n’aurais cru Dreuz tomber aussi bas ! »

Je ne vous dis pas « padamalgame », je vous dis que le sujet est subitement très complexifié par la nouvelle donne de l’Etat islamique, et qu’il demande nuance, réflexion, analyse poussée, et donc d’être politiquement incorrect par rapport au politiquement incorrect.

Mais peut-être que je suis totalement dans l’erreur.

Et si je peux risquer une comparaison : observez ce qui se passe dans la société israélienne, avec 20% d’Arabes, des terroristes parmi eux, des terroristes à ses frontières, pas de langue de bois dans les médias : on appelle un arabe un arabe, un terroriste un terroriste et un arabe israélien un arabe israélien. Pas d’illusion sur le fait que la motivation des djihadistes palestiniens est de détruire l’Etat juif, et non la grogne contre « les implantations ».

Les juifs israéliens vivent en harmonie avec les arabes israéliens. Et pourtant, avant le passage à l’acte, rien ne distingue un arabe israélien d’un terroriste arabe israélien…

Mais les Israéliens ne sont pas tombés dans le piège. Ca rend fou les islamistes. Rendez-les fous vous aussi.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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