Publié par François Sweydan le 2 décembre 2015

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Le vendredi 20 novembre 2015, le CRCM (Conseil Régional du Culte Musulman) Rhône-Alpes, des Mosquées du grand Lyon et des imams du Rhône a lancé un appel dans un communiqué et proposé un prêche pour les quelques deux cent quatre-vingt-seize (296) mosquées de leur région.

Sous le titre : « Qui tue un être humain a tué toute l’humanité (Coran) », le communiqué fut aussitôt publié dans La Croix, la presse régionale et Le Monde a consacré un article (20.11.2015), sans aucun esprit critique ou au moins un minimum de lucidité salutaire.

Dans le texte du prêche il est dit :

« Et au lieu de déclarer la guerre au monde entier, l’homme devrait apprendre à mener un combat à l’intérieur de lui-même, dans son cœur, car l’homme est sur terre non pas pour détruire la vie, mais pour la donner : « Quiconque a tué un être humain non coupable de meurtre ou de sédition sur la Terre est considéré comme ayant tué l’humanité tout entière ; et quiconque a sauvé la vie d’un seul être humain est considéré comme ayant sauvé la vie de l’humanité tout entière ! (Coran 5/32) ». Et dans la tradition musulmane, on trouve cette parole du prophète (Psl) qui appelle au respect foncier de tous les croyants : « Quiconque fait du mal à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement » (rapporté par Muslim). L’homme n’est pas sur terre pour haïr mais pour aimer : « Nul d’entre vous n’a la vraie foi s’il ne désire pas pour son prochain ce qu’il désire pour lui-même » (hadith rapporté par Bukhârî). L’homme n’est pas sur terre pour prêcher la haine mais pour propager la paix : « Répandez la paix, donnez à manger à ceux qui ont faim, honorez les liens de parenté, priez alors que les gens dorment, vous entrerez au paradis en paix » (hadith rapporté par Tirmidhi). »

L’hommage aux Invalides du vendredi 27 novembre 2015 à la mémoire des victimes des attentats de Paris le vendredi 13 novembre 2015 – et leurs obsèques – n’avaient pas encore eu lieu que les imams de France passent aussitôt à l’offensive, celle du jihad idéologique qu’on a évoqué précédemment.

Le prêche sous-entend et propose le “jihad intérieur” : « l’homme devrait apprendre à mener un combat à l’intérieur de lui-même, dans son cœur », mais occulte sciemment le “jihad extérieur” (la guerre sainte) qui lui est intrinsèquement lié (lire : Le jihad n’est pas l’islam ?). Comme on le constate ici, les imams se situent plutôt dans la logique du “jihad extérieur” dont les premiers signes infaillibles sont l’action « par le cœur et par la langue ».

Premier mensonge et première inversion

Ensuite, le prêche propose le fameux verset hégirien du Coran 5:32 (“Le Banquet” ou “La Table est servie”) doublement tronqué de son début et de sa fin, et isolé du verset suivant (5:33). « C’est pourquoi [à cause du crime de Caïn] Nous avons prescrit pour les fils d’Israël que quiconque tuerait une personne [non en prix d’une personne, c’est-à-dire en vertu de la loi du talion] sans que ce soit contre une autre personne et sans [raison de] corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les humains. Quiconque la fait vivre [c’est-à-dire aurait sauvé une personne], c’est comme s’il faisait vivre tous les humains. Nos envoyés sont venus à eux avec les preuves. Puis, après cela, beaucoup d’eux sont excessifs sur la terre (Coran 5:32) ».

À considérer le verset suivant, Coran 5:33, la « corruption sur la terre » du verset précédent est clarifié : « La rétribution de ceux qui guerroient contre Allah et son envoyé, et qui s’empressent de corrompre sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupés leurs mains et leurs pieds opposées, ou qu’ils soient bannis de la terre. Il auront l’ignominie [dans la vie] ici-bas, et dans la [vie] dernière un très grand châtiment (traduction Sami Aldeeb) ».

Le verset a été “révélé” pour les juifs, les chrétiens (dans le Coran souvent interchangeables avec les « nazaréens » et vice versa) et les idolâtres païens, mais aussi aux musulmans rebelles qui seraient contre Allah et son envoyé. Ils seraient eux aussi considérés comme des « incrédules » et des « mécréants ».

Contrairement au contenu mystificateur du prêche, les versets condamnent globalement les juifs, les « fils d’Israël » et autres infidèles « idolâtres » qui oseraient s’opposer à la loi du Coran et à l’islam, ou du moins « beaucoup d’entre eux » qui n’auraient pas écouté les « envoyés » (prophètes). Il ordonne de les tuer, de les crucifier, de les amputer, ou de les condamner à l’exil, sauf les convertis et soumis au pouvoir des musulmans (lire : De la taqiyya des imams de France – À la mémoire de Hervé Gourdel ). Autrement dit, le meurtre est licite pour venger son honneur (en cas d’homicide) et pour défendre la cause d’Allah et de l’islam sur terre.

Nos imams de l’« islam de France » procèdent donc collectivement de la stratégie de la taqiyya : de la tromperie et de la dissimulation, du discours biaisé par omission et par désinformation, autorisés par le sunnisme (comme par le chiisme). Ils occultent intentionnellement le verset 5:32 de son début, de sa fin et du suivant, systématiquement tronqués des discours pour lui faire abusivement dire que le Coran et l’islam n’appellent pas au meurtre et à l’assassinat et nous faire croire du contraire.

Deuxième mensonge et deuxième inversion

Quant aux Hadiths cités dans le prêche et rapportés par Bukhârî (810-870), par Tirmidhi (824-892), et notamment : « Quiconque fait du mal à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement » (rapporté par Muslim : 821-875), j’épargne le lecteur d’une pléthore de paroles (hadiths) du prophète en contradiction totale avec les précédentes et conformes aux versets coraniques médinois. Ils condamnent sans appels juifs, chrétiens, nazaréens et païens, ordonnant même de les soumettre par la force ou de les tuer.

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Troisième mensonge et troisième inversion

À croire plutôt que ces rares Hadiths favorables aux juifs, aux chrétiens et autres non musulmans que citent les imams du Rhône sont des faux et composés à la demande de certains califes Abbassides de Bagdad (750-1258), notamment al-Ma’mûn (786-833). Il pratiqua le Mutazilisme (qui régna de 813 à 833) du Coran « créé », doctrine progressiste, éclairée et rationaliste officielle de l’islam d’alors, également adopté sous ses deux successeurs Al-Muʿtasim (833-842) et al-Wāṯhiq (842-847). Mais le calife al-Mutawakkil (847-861) abandonna le mutazilisme, le combattit avec férocité et revint à la doctrine dite “traditionnelle” du Coran « éternel », donnant naissance au sunnisme qui prévaut depuis et à nos jours.

Poursuivons. Les imams sont plus préoccupés par « le respect de la diversité » (sous-entendre : le multiculturalisme et le communautarisme islamique), leur « défi aujourd’hui », au nom du « vivre-ensemble ». Sous le sceau de la taqiyya assidue et généralisée et selon la loi inégalitaire du Coran et de la charia liberticide ?

Dans le prêche, les imams nous donnent donc le verset Coran 5:48 comme conseil à suivre à l’égard de l’ « islam de France ». En fait, ils nous égarent dans les dédales d’une fictive tolérance vis-à-vis d’une humanité plurielle, requise pour le fameux « vivre-ensemble » : « Si Allah [l’]avait souhaité, il aurait fait de
vous une seule nation. Mais [il veut] vous tester en
ce qu’il vous a donné. Devancez-vous donc dans les
bienfaisances. Vers Dieu sera votre retour à tous et
il vous informera alors de ce en quoi vous divergiez. »

Sauf que la tradition islamique répond unanimement qu’il s’agit dans ce verset uniquement de « vous » les musulmans et autorise un certain pluralisme à l’intérieur de l’islam seulement à l’exclusion des non musulmans.

Quatrième mensonge et quatrième inversion

Mais « comment lutter efficacement contre la barbarie, la terreur et la montée en puissance de la violence et du radicalisme ? », se demandent les responsables du CRCM, s’empressant de souligner que les « auteurs de ces crimes barbares [sont] souvent très loin de la pratique musulmane ». Vraiment ?

Au lieu d’avouer et de reconnaitre qu’il existe en effet de gros problèmes avec le texte coranique, ils nous égarent dans les dédales de considérations secondaires mais significatives : « Ce travail [de « renouveau », de l’ijtihad, l’ « effort intellectuel » afin de moderniser la lecture du Coran] nous permettra de voir combien est importante la place de l’interprétation des textes de l’islam, combien les avis sont abondants et combien les lectures de ces textes sont diverses et variées. L’instrumentalisation du coran et de la tradition du prophète (Psl) par des organisations terroristes comme « Daesh » rend urgent ce travail institutionnel de contextualisation de ces textes qui demeurent une référence spirituelle indéniable pour les musulmans. » Pourquoi cela n’a pas été fait depuis le Mutazilisme éradiqué aux XIe et XIIe siècles, ses adeptes assassinés ou condamnés à mort ? Non plus en plein XXe siècle avec le théologien libéral soudanais Mahmoud Mohamed Taha qui fut condamné à mort par pendaison en 1985 à l’instigation d’Al-Azhar pour avoir osé proposer une nouvelle lecture du Coran.

Quoi qu’il en soit, si le Coran est incréé et éternel, les imams nous trompent et tentent de nous égarer dans le conflit insurmontable des interprétations (lire : Coran : l’abrogeant et l’abrogé … ou la stratégie du caméléon). Car, la contextualité, comme nous l’avons déjà suggéré, serait plutôt la permanence métahistorique et de toute éternité de la parole d’Allah. Ici, les imams pratiquent la diversion, de plus en sous-entendant que l’organisation islamiste jihadiste « Daesh » ne procèderait ni de l’islam des origines, celui du temps du prophète et de ses successeurs, les califes, ni du texte coranique et des Hadiths.

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Cinquième mensonge et cinquième inversion

Voilà comment sommes-nous abusés, leurrés et dupés par l’islam de France ! Ce cas de figure n’est pas isolé. Il est généralisé et avec assiduité dans toutes les mosquées de l’Hexagone sous l’emprise de l’UOIF, les Frères musulmans de France !

Néanmoins, dans une sorte de fausse lucidité de la réalité déformée, les imams du Rhône déclarent solennellement : « il nous faut savoir faire preuve de clarté et d’honnêteté, de franchise et de transparence quels que soient les enjeux. Et cela commence par apprendre à considérer notre époque, comprendre la société dans laquelle nous vivons ; son histoire, sa culture et ses institutions. » Parce que jusque-là ce n’était pas le cas ?

Que conclure à lecture raisonnée de ce communiqué officiel intentionnellement truffé de contrevérités et issu du CRCM et des Mosquées/imams de la région Rhône-Alpes/Lyon ?

Mis à part les déclarations solennelles en totale contradiction avec le vrai contenu du prêche, les imams déplacent la problématique que pose le texte coranique. Sans doute fort embarrassés par sa violence nihiliste incontestable, ils n’ont qu’un seul recours celui du déni schizophrène radical quitte à multiplier les mensonges réitérés dans le prêche à la limite du pathologique ou de la panique intellectuelle ; déni pavlovien dont les formules clichés sont ânonnées à souhait dans les médias depuis de longues années.

Mais c’est également là un aveu clair que le dit « dialogue interreligieux islamo-chrétien » est jusque-là entaché de zones d’ombre et d’obscurantisme, de malhonnêteté et de duplicité, de dissimulation et d’opacité ; tout le contraire de leur déclaration solennelle.

Deux semaines avant l’hommage à la mémoire des victimes des attentats de Paris, les mensonges, la mystification et les inversions mises en évidence dans ce prêche proposé à quelques deux cent quatre-vingt-seize mosquées dans la région Rhône-Alpes sont la meilleure preuve d’une monumentale imposture doublée de la pire ignominie au nom du « vivre-ensemble » cruellement abusé et vicié. Parfaitement scandaleux !

François Sweydan

Source :

Prêche du vendredi 20/11/2015 proposé aux mosquées du Rhône

http://www.crcm-ra.org/2015/11/19/preche-du-vendredi-20112015-propose-aux-mosquees-du-rhone/

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © François Sweydan pour Dreuz.info.

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