Publié par Magali Marc le 27 décembre 2015
Monument au Multiculturalisme de Francesco Pirelli à Toronto, Canada.
Monument au Multiculturalisme de Francesco Pirelli à Toronto, Canada.

Au Canada, le multiculturalisme n’est pas seulement une idéologie, c’est une loi. Mais peut-on à la fois encourager les différences religieuses et culturelles et encourager la nécessaire intégration des nouveaux arrivants ?

La Loi Canadienne sur le multiculturalisme a été adoptée le 21 juillet 1988.

Dans son préambule il est dit que la politique du gouvernement fédéral en matière de multiculturalisme consiste :

«… à reconnaître le fait que le multiculturalisme reflète la diversité culturelle et raciale de la société canadienne et se traduit par la liberté, pour tous ses membres, de maintenir, de valoriser et de partager leur patrimoine culturel, ainsi qu’à sensibiliser la population à ce fait … »

Cette loi reconnaît que le multiculturalisme est une caractéristique fondamentale de l’identité et du patrimoine canadiens.

La Charte canadienne des droits et libertés est la première partie de la Loi constitutionnelle de 1982 dans laquelle elle a été enchâssée à l’occasion du «rapatriement» de la constitution canadienne.

Auparavant, il existait une Déclaration canadienne des droits introduite en 1960 par le premier ministre John Diefenbaker, mais celle-ci n’était qu’une loi fédérale sans portée constitutionnelle.

Le premier ministre Pierre Eliott Trudeau, le père du premier ministre canadien actuel, a voulu faire en sorte que les tribunaux, confrontés à des violations des droits de la Charte, soient en mesure d’invalider certaines lois fédérales et provinciales.

On comprend que pour le premier ministre Justin Trudeau, le multiculturalisme et la Charte des droits soient des vaches sacrées. Il s’agit de l’héritage paternel.

En 2008, le Rapport Bouchard-Taylor, rédigé par des commissaires du gouvernement québécois, a défini le multiculturalisme comme étant : «…dans son acception la plus courante, (un) système axé sur le respect et la promotion de la diversité ethnique dans une société (pouvant )conduire à l’idée que l’identité commune d’une société se définit exclusivement par référence à des principes politiques plutôt qu’à une culture, une ethnicité ou une histoire …» .

D’après Jean-François Lisée (voir sur son blogue : Le Recul du multikulti), la Cour suprême, a validé en 2009 la législation de l’Alberta imposant la photographie obligatoire sur les permis de conduire, même pour les membres d’une communauté religieuse s’y opposant, estimant que :

«Étant donné les multiples facettes de la vie quotidienne qui sont touchées par la religion et la coexistence dans notre société de nombreuses religions différentes auxquelles se rattachent toute une variété de rites et de pratiques, il est inévitable que certaines pratiques religieuses soient incompatibles avec les lois et la réglementation d’application générale.»

La Cour ajoutait:

…(La) Charte garantit la liberté de religion, mais ne protège pas les fidèles contre tous les coûts accessoires à la pratique religieuse. Plusieurs pratiques religieuses entraînent des coûts dont la société juge raisonnable qu’ils soient supportés par les fidèles.

D’après Lisée, la Cour affirmait donc « le primat de règles sociales communes sur la liberté religieuse. Elle indiquait clairement qu’il appartient aux citoyens qui choisissent une pratique religieuse exigeante de s’accommoder des règles communes, et non l’inverse.»

«Sans toutefois rejeter le concept de multiculturalisme — la Cour ne le peut pas, ce concept est constitutionnel — les juges commencent à intégrer et à traduire en termes juridiques le ressac provoqué par une approche jusqu’au-boutiste de la valorisation des différences.»

« Le multiculturalisme canadien n’est pas mort, écrit Lisée, mais il n’est plus triomphant. Ni dans l’opinion, ni dans l’intelligentsia, ni au gouvernement, ni même dans les hautes sphères du droit.»

Le sociologue Mathieu Bock Côté voit les choses d’un autre oeil. Concernant les accommodements raisonnables qui deviennent nécessaires lorsqu’on applique la politique de multiculturalisme, il écrit :

«Le critère utilisé pour justifier un «accommodement raisonnable» est celui de la sincérité de la croyance de celui qui l’exige. L’ordre politique est appelé à se dissoudre dans la subjectivité de chacun. De ce point de vue, les symboles religieux ostentatoires sont déculturés et présentés comme la simple expression de préférences personnelles. »

Pour Mathieu Bock Côté, le multuculturalisme canadien a été inventé par Trudeau (le père) pour faire échec au nationalisme québécois qui était en plein effervescence dans les années 70-80.

Il est vrai que Pierre Eliott Trudeau associait le nationalisme au nazisme et considérait le nationalisme québécois comme une sorte de maladie honteuse qu’il fallait éradiquer.

Il fallut attendre les premiers ministres conservateurs Brian Mulroney et Stephen Harper pour que le nationalisme québécois soit reconnu comme légitime et que les Québécois soit reconnus comme formant une nation (en 2006) sans toutefois que cette reconnaissance soit constitutionnalisée (échec de l’Entente du Lac Meech en 1990).

Le défaut principal du multiculturalisme c’est qu’il prône l’acceptation et l’intégration de toutes les ethnies, les cultures et les religions considérées comme équivalentes alors que des intellectuels tels qu’Allan Bloom dans The Closing of the American Mind, ( L’Âme Désarmée, 1987) montrait que ce relativisme n’existe que dans l’Occident judéo-chrétien.

Le relativisme est nécessaire à l’«ouverture d’esprit» propre au multiculturalisme mais les autres groupes culturels et religieux ne s’en soucient guère et soutiennent que leur façon de vivre est la meilleure, leur dieu le seul dieu, leurs coutumes et traditions sacrées et non-négociables.

Grâce à l’attitude multiculturaliste, les immigrants qui en théorie ont quitté leurs pays d’origine pour mieux gagner leur vie et être plus à l’aise dans la démocratie canadienne ont le droit de reproduire les mêmes schémas archaïques considérés comme de charmants us et coutumes «traditionnels».

Le multiculturalisme est destiné à se heurter aux fondamentalismes qui n’acceptent pas du tout les principes de diversité

Mais qu’on le veuille ou non, le multiculturalisme est destiné à se heurter frontalement aux fondamentalismes qui n’acceptent pas du tout les principes de diversité, d’ouverture aux autres et de relativisme des croyances.

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Dans la pratique le multiculturalisme est une illusion, un mensonge.

Les nationalistes identitaires au Canada et ailleurs dans le monde veulent que leur peuple soit reconnu comme peuple à part et différent (Irlandais, Écossais, Québecois, Autochtones, Inuits, Catalans, Corses, etc) et sur le plan politique recherchent une forme ou une autre d’indépendance, de souveraineté ou d’auto-gestion.

Les fondamentalistes religieux qu’ils soient Évangélistes, Quakers, Mormons, Témoins de Jéhovah, Adventistes du Septième Jour, Catholiques, Protestants ou Juifs veulent avoir le droit de pratiquer leur religion en respectant à la lettre les écrits et préceptes qu’ils considèrent comme les fondements de leur religion.

Cette diversité fonctionne très bien tant que personne ne cherche à imposer ses croyances aux autres.

Dans le multiculturalisme canadien qui se veut ouvert et tolérant, il n’y a pas de place pour la remise en question des droits garantis par la Charte des droits et libertés.

Les femmes juives cherchent à obtenir l’abolition du «guet» , les musulmanes de l’Ontario ont refusé que le divorce se fasse selon la Charia et les chrétiennes ont obtenu des lois décriminalisant l’avortement.

Les féministes canadiennes ne se sont pas mobilisées sur la question du voile islamique (foulard, niqab, hijab, burqua, etc), mais de là à accepter les préceptes mysogynes du Coran ou l’application de la charia, il y a une marge!

Les religions et le multiculturalisme au Canada

Poste de Veille nous affirme qu’il y a au Québec des fondamentalistes musulmans, des sympathisants de la mouvance des Frères Musulmans et les nomme.

Dans le contexte du multiculturalisme canadien, ces islamistes ne sont que des militants d’une religion parmi d’autres. Leur religion est acceptée mais en tant qu religion minoritaire (environ 2% de la population en 2001), elle se trouve sur le même pied que celle des Hindoues, des Baha’is, des Zoroastriens, des Sikhs, des Djaïns, des Panthéistes, des Nouvel-Âgistes, des Shintoïstes, des Taoistes, des Scientologues, des Raéliens et autres soucoupistes qui se maintiennent autour de 5% de la population canadienne.

Selon Statistiques Canada, les Chrétiens devraient passer de 75% à 65% de la population canadienne en 2031.

Alors qu’entre le recensement de 1991 et celui de 2001, le nombre d’immigrants de religion musulmane était de 15%, le nombre d’immigrants Hindoues, Bouddhistes et Sikhs étaient de 15.8% (respectivement 6.5%, 4.6% et 4.7%) alors que les immigrants qui se déclaraient sans religion (principalement des Chinois) étaient de 21.3% !

Cela donne plus de 37% d’immigrants issus de pays où les musulmans font face à une forte hostilité.

Au Québec, l’imam Charkaoui qui se plaint constamment de l’islamophobie des Québécois, sait très bien qu’il trouvera, du moins pendant un certain temps , une oreille compatissante, auprès de quelques «rednecks» canadiens anglais qui pensent que la «priests ridden province» est peuplée d’arriérés catholiques traditionnels, xénophobes de surcroît.

Quand Stephen Harper a osé parler en pleine campagne électorale de «old stock Canadians» à propos de soins de santé (qui devraient être les mêmes pour les immigrants, les réfugiés et les Canadiens «de souche»), les Libéraux et leurs amis journalistes ont poussé des cris d’orfraie, et ont accusé Harper de chercher à diviser les Canadiens en tenant des propos racistes.

Pourtant, Stephen Harper a réussi à fédérer une majorité de Canadiens sur la question du port du niqab lors de l’assermentation à la citoyenneté. Les commentateurs étaient moins surpris de voir sa côte remonter que de constater le fait que pour une fois, les Canadiens anglais et les Canadiens français étaient au diapason !

Certes, cela ne lui a pas permis d’être réélu car après 10 ans de pouvoir conservateur, une majorité de Canadiens souhaitait tourner la page.

Justin Trudeau, quant à lui, a du renoncer à sa folle promesse d’accueillir 25 000 réfugiés syriens avant la fin de l’année devant une levée de boucliers générale d’un océan à l’autre. C’est sans doute pourquoi il n’a pas pu utiliser le nationalisme québécois comme repoussoir ou s’en prendre à l’islamophobie des Québécois.

Les réfugiés syriens viendront quand même, mais moins nombreux et plus tard et surtout après moultes vérifications.
Au moindre incident, la côte de popularité encore élevée de Justin Trudeau risque de chuter très rapidement.

C’est la raison pour laquelle je crois que la chanson chantée en arabe et choisie par des musiciens et non par Trudeau lui-même, n’est qu’une erreur de parcours qui ne permet pas de présumer de la suite des événements.

Nous sommes au Canada. À part apprivoiser nos hivers, ce qui n’est déjà pas rien, les nouveaux arrivant devront se rendre compte rapidement qu’ils sont en Amérique du Nord.

Même la meilleure volonté multicuturaliste des Libéraux et de leurs relais dans les médias ne pourra pas empêcher qu’ils aient à s’adapter à ce contexte et apprendre :

  • que non seulement l’égalité homme/femme n’est pas négociable, mais que nous sommes en fait une société matriarcale ;
  • qu’ici nous avons des quartiers gais, des bars gais, des parades de la «fierté gaie» où s’affichent les politiciens ;
  • que le mariage gai et les gais qui sortent du placard comme la mairesse de Toronto sont devenus banals ;
  • que les enfants sont encouragés à s’exprimer et on ne les fait jamais taire (parfois on devrait) ;

La liberté d’expression est importante au Québec comme le montre le fait que face à l’indignation générale, le premier ministre Couillard a renoncé à interdire autre chose que les appels à la violence avec sa loi 59 sur les «discours haineux» dont la première mouture inspirée par l’islamophile, Jacques Frémont, le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec, avait été applaudie par les islamistes.

On note en passant, que Jacques Frémont qui, en septembre, a du ravaler ses propos sur l’islamophobie au Québec et affirmer qu’on avait le droit de critiquer les religions, a été choisi pour devenir recteur de l’Université d’Ottawa à partir du 1er juillet 2016. On peut y voir une promotion ou …une mise au rancard !

Conclusion

À propos de la chanson de bienvenue chantée en arabe lors de l’arrivée d’un premier contingent de réfugiés syriens, Ftouh Souhail écrivait dans son article du 16 décembre sur Dreuz :

«Celui qui a choisi cet hymne musulman ne savait pas ce qu’il signifie (ce qui me semble le sommet de l’incompétence !), par contre les dits « réfugiés syriens » qui l’ont entendu ont très bien compris le message ! Ils entrent en terrain conquis ».

Bien entendu, Ftouh Souhail a totalement raison de souligner la naïveté et l’incompétence des organisateurs qui ont fait chanter ce chant , Tala al-Badru ‘Alayna’, aux enfants canadiens.

Mais comme autant les organisateurs que les enfants de la chorale et la population canadienne ne connaissaient absolument pas le contexte de la création et de l’interprétation de ce chant en 622 , soit il y a 13 siècles, les réfugiés syriens, qui ont bien d’autres soucis en ce moment, seraient encore plus naïfs d’en conclure qu’ils sont là pour instaurer un quelconque califat au Canada !

Ces réfugiés sont très loin de chez eux. Ils ont connu des moments difficiles et peut-être même l’enfer.

Pour être heureux au Canada, ils vont devoir s’adapter. Le plus vite sera le mieux.

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Nous avons des quartiers montréalais où la diversité est grande, mais si nous avons une «Petite Italie» et un «Quartier chinois» (copiés sur la ville de New York) nous n’avons pas de ghettos.

Les arabes ne sont pas concentrés dans un quartier en particulier et ils ne sont pas tous musulmans.

Les musulmans de Montréal sont d’origines très diverses, comme l’écrit Ali Daher dans la revue Relations du Centre Justice et foi:

« …l’islamité québécoise diffère … de celle qui se construit dans les autres pays occidentaux, à cause de l’implantation récente de la communauté musulmane au Québec, de l’absence de domination d’un groupe ethnique sur les autres groupes (comme c’est le cas des Maghrébins en France, des Turcs en Allemagne et des Indo-Pakistanais en Grande-Bretagne), de la faiblesse et de la dépendance du leadership.»

Daher mentionne les zélotes islamistes qui selon lui donnent des interprétations inadaptées du Coran et ne comprennent pas la situation des musulmans dans les pays où ces derniers sont minoritaires.

Le plus visible de ces zélotes est certainement Adil Charkaoui, dont j’ai souvent parlé dans mes articles pour Dreuz, un fanatique très mal vu des Québécois.

Cheikh Said Rageah, fondateur d’une mosquée à Montréal, affirme que les immigrants musulmans ont le devoir de propager l’islam en Occident

Poste de Veille nous met en garde contre certains islamistes moins connus tels que le Cheikh Said Rageah, fondateur d’une mosquée à Montréal, qui a récemment affirmé en Suède que les immigrants musulmans ont le devoir de propager l’islam en Occident.

Reste à voir si les musulmans canadiens, d’origines diverses, divisés, sans leadership autre que des imams qui ne représentent qu’eux-mêmes, peu habitués à s’exprimer en tant que groupe social, vont choisir de s’en remettre à des individus tels que Charkaoui ou le Cheikh Said Rageah.

On constate tout de même que le Centre de prévention de la radicalisation de Montréal, mis sur pied par le maire Coderre reçoit de nombreux appels de parents musulmans inquiets de la radicalisation de leurs enfants.

En janvier 2015, l’imam Chaoui s’est fait montrer la porte par la communauté musulmane de la ville d’Anjou (une banlieue de Montréal) à cause de son fondamentalisme et de son rejet de la démocratie.

D’après Poste de Veille (24 juillet 2015), le régime saoudien finance des projets islamiques au Québec via la Ligue islamique mondiale (LIM), dont les agents locaux n’hésitent pas à s’associer de près à des sectes déclarées terroristes par le régime saoudien, telles que les Frères musulmans et les Khomeinistes.

L’Arabie saoudite avec les millions qu’elle dépense pour propager le wahabisme est bien plus dangereuse que les familles de réfugiés syriens.

Les Canadiens doivent rester vigilants.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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