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Publié par Guy Millière le 9 janvier 2016

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Il y a trois ans, j’ai perdu ma mère. Elle est décédée brutalement, d’une crise cardiaque. L’état de santé de mon père a, depuis, rapidement décliné. Il était atteint de la maladie d’Alzheimer. Il a vécu ses dernières années chez moi. Il vient de décéder à son tour.

Ce qui vient d’arriver pour moi arrive un jour à tous les êtres humains sur terre, parfois de façon bien plus effroyable. Je puis me dire au moins que mes parents ont vécu chacun une longue vie.

Et au delà de ma tristesse présente, je pense à ceux dont la vie a été volée par le terrorisme, par la guerre, par le meurtre. Je pense aux morts de Paris en janvier et en novembre 2015. Je pense aux morts de Sousse ou de San Bernardino. Je pense aux morts en Israël, tués par l’ignominie islamique. Je pense aux morts de la Shoah.

Je songe que mes parents ont eu la chance de vivre vieux, et que j’ai eu la chance de les garder près de moi jusqu’au moment où j’ai atteint la sixième décennie de mon existence.

Je songe que ma douleur n’est rien à côté de celle de ceux qui ont perdu un enfant ou qui doivent survivre en songeant à l’irrémédiable barbarie subie par un frère, une sœur, un fils, une fille, un père, une mère, tombé simplement parce qu’il était là au moment où un assassin a décidé de frapper. Je songe à ceux qui doivent survivre mutilés après un attentat ou après avoir frôlé l’indicible.

Et j’ai presque honte d’être triste et de ressentir un immense vide.

J’ai presque honte de songer que moi aussi, je suis mortel.

Je me dis que je dois veiller sur ma famille, sur ceux que j’aime et qui sont vivants.

Je me dis que je dois continuer à faire ce que je sais faire : écrire, parler, créer, faire ce qu’un de mes amis philosophe disparu depuis une décennie appelait le métier de penseur.

Je me dis que je dois continuer à me battre contre les forces de l’oppression, de la haine et du mensonge, pour les valeurs qui me sont chères et qui sont chères aussi à ceux qui me lisent et qui m’écoutent, et c’est ce que je vais faire. Le combat n’a pas de fin. La quête, comme l’a noté Karl Popper, est toujours inachevée.

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Je voulais juste en cet instant rendre un bref hommage à ma mère. Elle s’appelait Josette. Elle m’a donné le goût de la lecture dès mon plus jeune âge. Elle m’a appris le courage de me battre en évoquant ses actes de résistance, en Lorraine, au temps de l’occupation allemande. Elle était jeune institutrice, alors. Sans elle, je ne serais pas devenu ce que je suis.

Je voulais rendre un bref hommage à mon père. Il s’appelait Louis. C’était un homme d’une culture immense. Il m’a fait découvrir la littérature et le cinéma, la musique et les sciences. Il m’a, sans que j’aie encore alors découvert le monde, offert des livres sur les cinq continents et sur des contrées que je n’ai découvertes concrètement que bien plus tard. Lui aussi m’a fait devenir ce que je suis, et lui qui n’a jamais pris l’avion de toute sa vie, m’a conduit à faire dix fois au moins le tour de la planète. C’était un homme bon et droit. Il m’a appris la générosité et la droiture.

Je m’efforcerai de rester fidèle à ce qu’ils m’ont apporté. Je ferai ce que je dis. Jusqu’au bout.

Et si quelques uns des mots que j’ai posé sur le papier , sur un écran d’ordinateur ou sur un enregistrement sont utiles à quelque chose et à quelqu’un, et servent la liberté et la dignité sur terre, je pourrai me dire, quand la nuit viendra pour moi, que ma vie n’a pas été vaine.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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