Publié par Magali Marc le 24 janvier 2016

Civils palestiniens ©Dreuz

J’ai pris connaissance de cet article du journaliste palestinien Khaled Abu Toameh*, publié le 21 janvier sur le site du Gatestone Institute. Ses critiques ne sont pas sans rappeler les textes de Matti Friedman l’an dernier. Je l’ai traduit pour les lecteurs de Dreuz.

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La « souffrance » palestinienne et le « malheur » de « l’occupation » israélienne sont les seuls sujets admissibles

« Les journalistes étrangers basés à Jérusalem et à Tel-Aviv ont refusé pendant des années de faire état de la corruption et des violations des droits financiers qui sévissent sous les régimes de l’Autorité palestinienne (AP) et du Hamas. La « souffrance » palestinienne et le « malheur » de « l’occupation » israélienne sont les seuls sujets admissibles.

Une entrevue avec Yasser Arafat

Un collègue basé à Ramallah m’a fait part il y a quelques années d’une demande qu’il avait reçu d’un correspondant, un stagiaire néophyte qui demandait son aide afin d’organiser une entrevue avec Yasser Arafat.

Sauf qu’à ce moment-là, Arafat était mort depuis plusieurs années.

Fraîchement sorti de l’école de journalisme et bien informé (sic) sur le Moyen-Orient, ce journaliste avait donc été considéré par les éditeurs comme un candidat parfait pour la couverture du conflit israélo-palestinien.

Les colons juifs de Gaza

Deux journalistes occidentaux ont récemment demandé à être accompagnés dans la bande de Gaza pour interviewer les colons juifs qui y vivent.

Non, ceci n’est pas le début d’une blague. Ces journalistes étaient en Israël, fin 2015, et ils étaient très sérieux.

Imaginez leur embarras quand il leur a été souligné qu’Israël s’est complètement retiré de la bande de Gaza il y a dix ans.

On doit éprouver une certaine pitié pour eux.

Ces collègues étrangers sont des recrues qui tentent de faire bonne impression en se rendant dans un endroit «dangereux» tel que la bande de Gaza pour faire un reportage sur les «colons» qui y vivent.

Leur demande, cependant, n’a pris personne par surprise, même pas mes collègues locaux.

Ces « journalistes parachutés», comme ils sont parfois appelés, sont catapultés dans la région sans avoir été informés sur les faits de base du conflit israélo-palestinien.

Malheureusement, les correspondants tels que ceux-ci constituent la règle plutôt que l’exception.

Un journaliste britannique désemparé, en particulier, me vient à l’esprit.

Reportage de guerre … au bar de l’Hôtel American Colony

Lorsque Israël a assassiné le fondateur du Hamas et chef spirituel Ahmed Yasmin en 2004, un journal britannique a dépêché ce journaliste spécialiste des enquêtes criminelles, à Jérusalem pour couvrir l’événement.

Pour ce journaliste, la région, ainsi que le Hamas, était un territoire vierge. Ses éditeurs l’avaient envoyé au Moyen-Orient, a t-il dit, parce que personne d’autre n’était prêt à y aller.

Eh bien, notre héros a écrit ses reportages sur l’assassinat de Ahmed Yassine … à partir du bar de l’Hôtel American Colony.

En signature, il affirmait qu’il était dans la bande de Gaza et avait interviewé des proches du chef du Hamas tué.

Ils lisent un article ou deux dans le Times et se sentent prêts à parler en expert du conflit israélo-palestinien

Au cours des trois dernières décennies, les journalistes de ce type me sont devenus très familiers. Ils montent à bord d’un avion, lisent un article ou deux dans le Times et se sentent prêts à parler en expert du conflit israélo-palestinien.

Certains d’entre eux m’ont même assuré qu’avant 1948, il y avait un Etat palestinien ici avec Jérusalem Est comme capitale.

À l’instar des jeunes collègues mal informés qui souhaitaient interviewer les colons juifs inexistants dans la bande de Gaza en 2015, ils ont été quelque peu surpris d’apprendre qu’avant 1967, la Cisjordanie était sous le contrôle de la Jordanie, tandis que la bande de Gaza était gouvernée par l’Egypte.

  • Y a t-il une différence entre un citoyen arabe d’Israël et un Palestinien de la Cisjordanie ou de la bande de Gaza ?

Mes collègues étrangers seraient incapables de le dire.

  • Est-ce que la charte du Hamas déclare vraiment que le mouvement islamiste cherche à remplacer Israël par un empire islamique ?

Si oui, mes collègues internationaux n’en savent rien.

Visiter la ville détruite de Jénine

Une journaliste mémorable, il y a plusieurs années, a demandé à visiter la ville « détruite » de Jénine, où « des milliers de Palestiniens avaient été massacrés par Israël en 2002».

Elle faisait allusion à l’opération de Tsahal dans le camp de réfugiés de Jénine, où près de 60 Palestiniens, dont de nombreux hommes armés, et 23 soldats de Tsahal ont été tués lors d’une bataille.

La pitié mise de côté, ce degré d’incompréhension – et cette paresse professionnelle – sont difficiles à admettre à l’ère d’Internet.

Mais concernant la couverture du conflit israélo-palestinien, l’ignorance est apparemment un état de grâce.

Les idées fausses sur ce qui se passe ici gangrènent les médias internationaux.

Nombreux sont les journalistes qui n’éprouvent même pas le besoin de dissimuler leur haine pour les Juifs

L’aspect binaire des bons contre les méchants vient en tête de liste.

Il faut que quelqu’un soit le bon (c’est le rôle des Palestiniens) et quelqu’un doit être le méchant (les Israéliens obtiennent ce rôle-là). Et tout est vu à travers ce prisme.

En fait, le problème est beaucoup plus grave.

Nombreux sont les journalistes occidentaux couvrant le Moyen-Orient qui n’éprouvent même pas le besoin de dissimuler leur haine pour Israël et pour les Juifs.

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Mais quand il s’agit des Palestiniens, ces journalistes ne voient aucun défaut.

Les journalistes étrangers basés à Jérusalem et à Tel-Aviv ont refusé pendant des années de faire des reportages sur la corruption et les violations des droits financiers qui sévissent sous l’Autorité palestinienne (AP) et sous le régime du Hamas. Ils craignent d’être éventuellement pris pour des «agents sionistes» ou pour des «propagandistes» d’Israël.

Enfin, il y a les journalistes locaux embauchés par des journalistes et des médias occidentaux pour aider à couvrir les conflits.

Ces journalistes peuvent refuser de coopérer à un reportage qu’ils considèrent comme étant « anti-palestinien ».

La « souffrance palestinienne » et le « malheur » de « l’occupation » israélienne sont les seuls sujets admissibles.

Les journalistes occidentaux, pour leur part, sont soucieux de ne pas fâcher leurs collègues palestiniens : ils ne veulent pas se voir refuser l’accès à des sources palestiniennes.

J’aurais bien du mal à trouver un journaliste occidental se référant aux assaillants palestiniens comme à des « terroristes »

Ainsi, l’indifférence des médias internationaux face à la vague actuelle de coups de couteau et de voitures-béliers contre les Israéliens ne devrait pas surprendre.

J’aurais bien du mal à trouver un journaliste occidental ou une organisation de médias se référant aux assaillants palestiniens comme à des « terroristes ».

En fait, les manchettes internationales montrent souvent plus de sympathie envers les assaillants palestiniens tués lors de leur agression que vers les Israéliens qui ont été attaqués en premier lieu.

Bien sûr, ces remarques ne s’appliquent à tous les journalistes étrangers. Certains correspondants des États-Unis, du Canada, de l’Australie et d’Europe sont à la fois compétents et justes.

Malheureusement, ceux-ci ne représentent qu’un petit groupe au sein des médias traditionnels de masse occidentaux.

Les journalistes occidentaux, en particulier ceux qui sont « parachutés » au Moyen-Orient, feraient bien de se rappeler que le journalisme dans cette région ne devrait pas consister à être pro-israélien ou pro-palestinien.

Il consiste plutôt à être « pro » vérité, même quand la vérité va à l’encontre de ce qu’ils voudraient croire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

* Khaled Abu Toameh est un journaliste arabe basé à Jérusalem qui a été récompensé par de nombreux prix. Souvent cités par Honest reporting, ses articles paraissent régulièrement sur le site du Gatestone Institute où il est un auteur attitré.

 

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