Publié par Nancy Verdier le 10 février 2016

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Le meilleur moyen de comprendre l’Etat Islamique (ISIS) est de voir qu’il est la phase suivante d’al-Qaeda.

Tous les groupes musulmans sunnites terroristes — Boko Haram, ISIS, les Talibans, al-Shebab, al-Qaeda, Hamas — partagent les mêmes motivations qui reposent sur une lecture littérale et orthodoxe de l’histoire de l’Islam et de sa doctrine : contribuer à la résurrection d’un califat (qui a existé sous des formes diverses entre 632 et 1924) pour installer et répandre dans son intégralité la Charia, la loi islamique.

Les atrocités commises par ISIS — décapitations, crucifixions, meurtres de masse, esclavage sexuel, destruction de lieux de cultes non-sunnites — sont aussi commises par d’autres groupes jihadistes (par exemple Boko Haram et al-Shebab, qui ont juré allégeance à ISIS) et même par certains pays musulmans (Arabie saoudite) et des individus musulmans partout dans le monde.

Inversement, bien qu’al-Qaeda (aQ) adhère à la même Charia que celle appliquée par ISIS, le groupe mène depuis longtemps une guerre de propagande contre l’Occident. Al-Qaeda décrit toutes les attaques terroristes contre l’Occident, y compris le 9/11, comme le prix à payer par l’Occident pour ses politiques injustes contre les musulmans, pour son soutien à Israël et aux dictateurs arabes.[1]

Pour entretenir ce mythe des “griefs”, aQ sait que les aspects innés violents et suprématistes de la Charia — par exemple la destruction par ISIS des églises et la soumission des minorités chrétiennes “infidèles” — doivent être tronqués ou cachés du monde occidental. Sinon, les efforts d’AQ de dépeindre les jihadistes comme des “combattants de la liberté” en résistance contre un Occident oppresseur risquent d’être sapés.[2]

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Quoiqu’il en soit, la stratégie d’aQ de retourner l’opinion occidentale semble avoir porté ses fruits dans une zone charnière : la remise en cause du soutien traditionnel de l’Occident aux dictateurs arabes laïcs.

Dans le contexte du “printemps arabe,” l’administration Obama a rompu son alliance de 30 ans avec l’Egypte d’Hosni Mubarak ; a aidé les jihadistes affiliés à ISIS à renverser Kadhafi en Libye (malgré son attachement à Washington) ; et a soutenu les “modérés” [3] affiliés à ISIS qui tentent de renverser Assad en Syrie. Les idéalistes, d’un côté comme de l’autre, et les médias, ont oublié la raison principale de l’ancien soutien américain aux dictateurs arabes : chacun de ces dictateurs faisait barrage aux jihadistes.

Le résultat s’est traduit par le regain d’un jihadisme décomplexé, sous le nom d’ISIS.

Né et enraciné précisément dans ces nations où les leaders américains voulaient apporter “la liberté et la démocratie” —Irak, Syrie et Libye —ISIS (al-Qaeda 2.0) est indifférent à l’opinion occidentale.

Entre 63 millions et 287 millions de musulmans soutiennent ISIS dans seulement 11 pays

En diffusant largement son triomphalisme au nom de l’Islam, ISIS perd dans son jeu “sa carte des griefs” mais joue son “atout maître” qui est d’inspirer des millions de musulmans. Selon le Centre de recherche Pew, rien que dans 11 pays, entre 63 millions et 287 millions de musulmans soutiennent ISIS.[4]

Cependant, même ISIS travaille par étapes.

Quand des critiques lui sont adressées par des musulmans parce qu’il tue des musulmans mais n’attaque pas Israël— l’ennemi suprême —ISIS réplique en disant qu’il suit le modèle du califat historique fondé en 632.[5]

A cette époque, le calife Abu Bakr décapitait et crucifiait des dizaines de milliers de musulmans pour apostasie. Ce ne fut qu’une fois les tribus rebelles ramenées au sein de l’Islam que la voie fut libre pour conquérir les territoires chrétiens européens, dès le début des conquêtes musulmanes de l’histoire (634–750). On pense donc que le calife d’ISIS, Abu Bakr al-Baghdadi, a pris ce nom pour signifier son objectif, qui est de terroriser tous les “hypocrites” et “apostats” jusqu’à ce qu’ils se rassemblent derrière la bannière du califat.

Il reste encore à voir si la stratégie d’ISIS — qui inspire les musulmans mais rebute l’opinion occidentale — réussira.

Selon les sondages, “l’islamophobie” grandit en Occident, tout particulièrement depuis la montée d’ISIS, incitant plusieurs politiciens à parler plus franchement des catalyseurs de la violence terroriste.

La réponse timorée de l’administration Obama a renforcé le narratif d’aQ que le terrorisme islamique est en partie la traduction des griefs des musulmans ; et elle refuse de relier les actions d’une quelconque organisation jihadiste — que ce soit ISIS, al-Qaeda, Boko Haram, ou autres — aux préceptes de l’Islam.

Nous verrons avec le temps si la prochaine administration ignorera volontairement la nature de son ennemi jihadiste — ce qui est fatal dans le domaine de la guerre selon le vieux dicton de Sun Tzu, “connais ton ennemi”— ou si la réalité l’emportera sur la rectitude politique.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : Raymond Ibrahim, traduction et adaptation, Nancy Verdier pour Dreuz.info.

Hoover Institution’s Strategika

[1] Voir “An Analysis”  of Al-Qa’ida’s Worldview: Reciprocal Treatment or Religious Obligation?.

Aussi, The Al Qaeda Reader, qui classe les communiqués de l’organisation en deux groupes : les messages de “propagande” en direction de l’Occident, décrivant les terroristes jihadistes comme de simples combattants de la liberté et les messages de “théologie” en direction des musulmans, qui prêchent le même Islam qu’ISIS.

[2] Voir “Al-Qaeda: Defender of Christians?” pour une explication plus complete de ce thème.

[3] Pour le rôle de l’ASL, l’armée syrienne libre: “Largest Massacre of Christians in Syria Ignored.”

[4]Pew poll:  Between 63 million and 287 million ISIS supporters in just 11 countries.”

[5]New Islamic Caliphate Declares Jihad on … Muslims.”

 

 

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