Publié par Magali Marc le 14 février 2016

Papercraft - Bisounours

Depuis son assermentation le 4 novembre 2015, Justin Trudeau a été, malgré lui, projeté sur la scène internationale pour laquelle il n’était pas préparé. Il y a alors démontré sa naïveté et son incompréhension des grands enjeux internationaux.

Même s’il avait largement profité de l’appui des médias (surtout de Radio Canada) pendant la longue campagne électorale, le nouveau premier ministre du Canada a rapidement découvert que sa «lune de miel» avec eux n’était pas éternelle.

Maintenant, ceux-ci ne se gênent plus pour souligner ses moindres gaffes, et comme il est d’un naturel gaffeur, ce qui devait arriver arriva !

La plupart des journaux et chaînes télévisées font sans complaisance le bilan de ses cent jours au pouvoir, comme cela se fait traditionnellement au Canada et aux USA.

  • En ce qui concerne la politique intérieure, les vagues promesses électorales et les multiples initiatives de concertation et consultation qui leur succèdent (situation des femmes autochtones, pipelines, financement des municipalités et légalisation de la marijuana) semblent satisfaire les Canadiens.

Le taux de popularité du premier ministre canadien est plus élevé qu’il ne l’était le jour de son arrivée au pouvoir !

Rares sont les Canadiens qui s’intéressent vraiment à la scène internationale ou qui la suivent attentivement, c’est bien la chance de Justin Trudeau.

Pourtant, exceptionnellement, il n’est pas en phase avec les Canadiens dès lors qu’il décide de cesser les frappes canadiennes contre l’ÉI.

Le retrait des F18

Un nouveau sondage suggère que la majorité des Canadiens sont en désaccord avec la promesse du premier ministre Justin Trudeau de retirer les CF-18, les avions de combat du Canada, de la mission de bombardement américaine dirigée contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie, fin mars 2016.

Selon l’institut de sondage Angus Reid, lorsqu’on leur demande ce que le rôle du Canada devrait être dans la lutte contre l’ÉI, 27 pour cent se disent du même avis que Trudeau concernant l’idée d’arrêter la mission de bombardement du Canada et de se concentrer uniquement sur la formation des troupes locales en Irak et en Syrie.

Seulement 11 pour cent des répondants souhaitent arrêter tout à fait la participation du Canada dans la lutte contre ISIS.

Toutefois, la majorité des Canadiens est en désaccord avec le premier ministre : 37 pour cent estiment que le gouvernement libéral devrait continuer le niveau actuel des bombardements et de la formation fournie par le Canada, tandis que 26 pour cent veulent que les niveaux de frappes augmentent.

Lorsqu’on leur demande quel effet pourrait avoir le retrait des avions CF-18 de la mission contre l’ÉI sur la réputation internationale du Canada, 47 pour cent des personnes interrogées pensent que cela aurait un « effet négatif », ce qui est plus que le double des 18 pour cent qui pensent, au contraire, que cela aurait un « effet positif ».

Le retrait va se concrétiser sans que le gouvernement ait réussi à en expliquer la raison aux Canadiens

Selon un article de Michael Den Tandt paru le 9 février dans le National Post, Trudeau sera tenu entièrement responsable de ce remaniement de la participation canadienne à la guerre en Irak pour le meilleur ou pour le pire.

D’après Den Tandt, le retrait des frappes des CF-18 de la guerre aérienne en Irak et en Syrie, va se concrétiser sans que le gouvernement libéral ait réussi à en expliquer la raison aux Canadiens.

Lors de leurs longs bavardages à ce sujet, le premier ministre et ses ministres se sont pris les pieds dans les fleurs rhétoriques du tapis à force de vouloir à tout prix éviter d’embarrasser leurs alliés de l’administration Obama.

Cette attitude leur nuit bien plus que s’ils avaient choisi d’être plus directs.

S’il y a des raisons de retirer les combattants (au-delà du fait qu’il s’agit d’une promesse de campagne électorale), ce serait, autant que l’on puisse en juger, les suivantes :

  • Premièrement, l’idée que le carnage dans le nord de l’Irak et de la Syrie ainsi que l’émergence de l’Etat islamique seraient avant tout une responsabilité américaine.

    L’ÉI, anciennement al-Qaïda en Irak, anciennement membre de la garde prétorienne sunnite de Saddam Hussein, n’existerait pas si on avait laissé le dictateur irakien pourrir dans son coin.

    «Ce que vous cassez vous appartient», disait le général Colin Powell le commandant en chef avant l’invasion de l’Irak. Par conséquent, ce serait à l’armée américaine qu’il reviendrait d’éliminer l’ÉI.

  • Deuxièmenent, si l’on prend en considération les détails de la nouvelle mission canadienne, l’objectif d’Ottawa est de tripler la composante des forces spéciales. Le nombre de soldats envoyés sur le terrain passera de 650 à 830, et les dépenses se monteront au total à 1,6 milliard $ dans la région sur trois ans.Cet argent doit forcément venir de quelque part.

    Le premier ministre a fait allusion à ce problème lundi (le 8 février), en réponse à une question en français des journalistes : « Dans toute mission, il y a des choix à faire. Nous ne pouvons pas tout faire ».

    Comme la première, cette deuxième raison est politiquement piégée et c’est pourquoi Trudeau ne l’a mentionnée qu’en passant.
    Le gouvernement attache t-il plus d’importance à quelques sous qu’à la préservation de la vie humaine ?

    La véritable réponse est que les ressources sont limitées et qu’aucun parti politique à Ottawa n’appelle à une augmentation des dépenses militaires (même s’ils le devraient).

  • Enfin, la troisième raison est liée aux deux premières : le gouvernement Trudeau a décidé de faire sa marque en politique étrangère.

    Il souhaite se montrer sur les plans national et international comme un gouvernement plus intéressé à aider les nécessiteux qu’à combattre les «méchants» pour parler simplement.

    Par conséquent, il dépose symboliquement le marteau de Thor, les CF-18, et ajoute des mains secourables, ce qui lui a valu des félicitations des agences telles que l’UNICEF et CARE Canada, tout en apportant suffisamment de nouvelles forces à la lutte pour tranquilliser le Pentagone.

    Cela s’explique, du point de vue du parti libéral canadien, par le fait que de cette façon, il se place carrément au centre de l’échiquier politique, vu que le gouvernement se fera autant vilipender sur sa gauche (pacifiste) que sur sa droite (patriotique).

    Le hic et le grand risque pour Trudeau et son gouvernement, c’est précisément que cette nouvelle stratégie est plus symbolique que réelle.

    Pour le soi-disant bellicisme tant vilipendé du gouvernement Harper, six CF-18 constituaient un bien petit marteau dans le contexte de cette guerre contre l’ÉI et les pilotes n’étaient pas systématiquement exposés au risque de se faire tirer dessus.

    C’est cela que Trudeau a réellement changé. Avec la nouvelle mission, le risque de pertes a au moins triplé. L’aide doit être transportée et protégée et elle est vulnérable aux attaques.

    Ce qui est nouveau ce n’est pas la suppression des attaques des CF-18, c’est plutôt le fait que d’une façon modeste mais délibérée, le Canada retourne en guerre.

La question des réfugiés syriens

J’ai déjà traitée dans un article pour Dreuz de la question des réfugiés au Canada (voir sur Dreuz : Le « beau défi» de Justin Trudeau, 15 novembre 2015).

Tout le monde comprend que même s’il a continué à parler de recevoir 25 000 réfugiés syriens, le gouvernement Trudeau a dû se résoudre à un objectif beaucoup plus modeste.

Les organismes d’aide se disent déjà débordés en ce qui concerne la santé et les logements et en plus, il semble que certains réfugiés fassent la fine bouche.

Sur le site de Radio Canada, on trouve cette perle concernant des réfugiés syriens installés à Ottawa :

« Le directeur du Centre catholique d’immigration d’Ottawa, Carl Nicholson, mentionne que les familles qui arrivent dans la capitale ont aussi quelques exigences… [il] admet que certaines familles de réfugiés syriens vont jusqu’à refuser les logements qui leur sont présentés, notamment par crainte de la criminalité dans certains quartiers ou parce que celles-ci préfèrent habiter à proximité d’une mosquée… »

Ces messieurs-dames veulent des mosquées à proximité et craignent la criminalité ? À Ottawa, la ville la plus sécuritaire du Canada ? Le plus gros risque que court un Canadien en ce moment c’est de se casser la margoulette sur un trottoir enneigé.

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Alors qu’ils ont subi des bombardements, des persécutions et que sais-je encore dans leur pays d’origine à cause de fanatiques islamiques, ils vont se sentir plus en sécurité à proximité d’une mosquée ?

Pourquoi ont-ils accepté de venir au Canada si la présence de mosquées est si réconfortante pour eux ?

Ils n’avaient qu’à aller chez leurs nombreux voisins musulmans largement pourvus en mosquées, en tapis de prière, oulémas, mollahs et autres imams de tout acabit.

Cerise sur le gâteau, toujours sur le site de Radio Canada (25 janvier 2016), une mère syrienne, Zaneb Adri Abu-Rukti, raconte que ses enfants n’ont nulle part où jouer.

« On va dans une pièce, on mange. On retourne dans l’autre pièce et on dort. C’est comme si on était en prison» dit-elle. « Peut-être que [le Canada] n’est pas là où on devrait être », ajoute cette mère de famille.

Selon Zaneb Adri Abu-Rukti, plusieurs familles recevaient plus d’aide lorsqu’elles étaient dans des camps de réfugiés au Liban ou en Jordanie.

Elle est trop habituée à ne rien foutre ?

Peut-être que si les enfants allaient à l’école et si les parents se trouvaient du travail, tout le monde se sentirait mieux ?

En tout cas, ce n’est pas la gratitude qui les étouffe !

Trudeau et Ban Ki Moon : rencontre des deux naïfs

Justin Trudeau a reçu Ban Ki Moon, le secrétaire général de l’ONU, à Ottawa le 10 février dernier.

Lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement, Ban et le Premier ministre ont dit qu’ils ont discuté des changements climatiques, du maintien de la paix et de la crise des réfugiés, entre autres choses.

Un ancien premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, a été le premier à proposer l’idée d’une force de maintien de la paix dirigée par l’ONU, au cours de la Crise de Suez de 1956 alors qu’il était ministre des Affaires étrangères du Canada, ce qui lui a valu de recevoir l’année suivante le Prix Nobel de la Paix.

Toutefois, un coup d’œil sur les chiffres actuels montre que le Canada ne dispose que de 113 policiers, d’experts militaires et de soldats actuellement déployés dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies, en comparaison avec plus de 3.000 casques bleus en février 1993.

Le mandat de M. Ban au Canada se termine en décembre et l’ONU fait face en ce moment à « un nombre sans précédent de conflits et de crises» auxquelles se rajoutent les critiques persistantes sur la pertinence de l’ONU.

Ban s’est dit enthousiasmé par l’idée de Trudeau de réengager le Canada dans les idéaux et les objectifs des Nations Unies.

Le chef de l’ONU ne manquait pas d’éloges pour le projet du Canada de réinstaller 25.000 réfugiés syriens déplacés par les combats.

Ban a dit qu’il aimerait voir d’autres pays imiter le genre de « leadership compassionnel montré par le Premier ministre.»

Ban aurait également soulevé la question du financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA), qui aide exclusivement les réfugiés palestiniens à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Jordanie et en Syrie.

Après un sommet de 32 millions $ CAD en financement en 2007, le Canada a cessé de contribuer entièrement en 2013 (voir les articles récents de Mme Verdier sur Dreuz sur les millions d’aide envoyés aux «Palestiniens»).

Le Canada est l’un des membres fondateurs de l’organisation mondiale, mais les diplomates estiment que son statut à l’ONU a été diminué par l’ancien premier ministre Stephen Harper, qui a souvent choisi d’esquiver l’Assemblée générale annuelle ainsi que d’autres réunions de haut niveau.

Justin Trudeau veut tellement se démarquer de Stephen Harper et montrer qu’il est complètement différent qu’il en devient ridicule.

La où il est vraiment différent, c’est au niveau des parlottes qui ne servent à rien sauf à le différencier de Harper, qui ne parlait pas beaucoup aux médias dont il se méfiait. Peut-être que Justin devrait commencer à se méfier un peu des médias lui aussi ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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