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Publié par Gilles William Goldnadel le 5 avril 2016

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Gilles-William Goldnadel s’étonne que l’on présente la déradicalisation comme une solution miracle à l’islamisation de certains quartiers.

Il faut se méfier des maîtres mots. Ceux qui en usent et en abusent sont bien souvent nos maîtres. Les mots qui ne fâchent personne sont les plus vides de sens : la mode serait à la dé-radicalisation. C’est un mot passe-partout qui ne coûte pas cher. Et plus encore un concept commode.

Il signifie en creux que les coupeurs de tête et les poseurs de bombes sont moins des salauds que des malades, et qu’ils sont donc plus à plaindre qu’à détester. À la vérité, personne ne peut dire comment extirper le mal, une fois qu’il est entré dans la tête mauvaise, mais s’il faut dé-radicaliser utilement, c’est à la société française qu’il faut appliquer un traitement radical. C’est cette société, qui ignore son mal, la première responsable de la radicalité de ceux à qui elle enseigné le mépris de ce qu’elle est.

Que les fous d’Allah soient fous, la cause est entendue, eux-mêmes revendiquent leur sainte déraison, leur colère programmée, leur haine divinement ordonnée. Mais bien plus dangereux le malade qui s’ignore, le paranoïaque qui élabore, le schizophrène qui ratiocine, le sadomasochiste qui torture sa victime, le pervers narcissique qui vitupère le pauvre type au nom de la morale.

il est toujours interdit de détester l’ennemi

Les quelques jours passés fournissent leur comptant des éternels symptômes, des tristes signes cliniques du mal récurrent dont souffre depuis trente ans la société française. En dépit des dernières manifestations tragiquement purulentes de son mal, il court toujours, ou plutôt il rampe, il s’insinue. Rien n’y fait. Il progresse. Y compris dans les meilleurs esprits. C’est ainsi qu’il est toujours interdit de détester l’ennemi. Dans une interview, dans notre journal du soir, le psychiatre Serge Tisseron, insiste sur le fait que s’il faut détester leurs idées djihadistes, il ne faut surtout pas détester les hommes… Sans quoi, ajoute-t-il : «nous ferions exactement avec eux ce qu’ils font avec nous» ; «exactement»…. Comme si les détester impliquait qu’on les découpe en morceaux, qu’on les brûle vivants ou qu’on assassine leurs enfants innocents.

Étrange société humaine déshumanisée qui semble avoir perdu le sens de l’amour comme de la haine. Je ne veux pas douter que le psychanalyste précité soit parfaitement estimable dans sa spécialité, mais je doute qu’en dépit du fait qu’il soit «Président de la mémoire des catastrophes» il ait compris la psychopathologie collective dont meurt la société.

On a le droit et même le devoir de détester Hitler, Pinochet, Donald Trump, Viktor Orban, Le Pen père et même fille, mais pas question de détester l’Autre. Sauf à être détestable.

De même, il n’est pas question de faire du mal au mal. J’ai participé vendredi, en compagnie de mon ami Philippe Bilger, à un débat sur Paris Première dans la bonne émission de Natacha Polony, sur la possibilité d’appliquer une peine de détention réellement perpétuelle aux terroristes les plus sanguinaires. Je ne nommerai pas par humaine charité notre principal contradicteur qui croyait incarner l’intelligente humanité. Tous les vieux poncifs, «populiste, nauséabond, rétrograde, écoeurant…» nous aurons été gratuitement servis, à défaut d’idées. Notre esthète narcissique de la morale artificieuse, ne faisait certes pas œuvre d’originalité.

A la hauteur du crime se dissimule l’illégitimité de haïr et de punir, pour l’occidental coupable et détestable

Les débats de la semaine montrent qu’en dépit des bombes dans les jardin d’enfants de Lahore ou des cadavres empilés dans les églises ou les écoles, une bonne partie de l’inintelligentsia française ne se résout toujours ni à imposer la mort immédiate, ni même à ordonner la vie trop longue, à notre méchant Autre. Au fond, tout au fond, bien blottie dans le creux du non-dit indicible et de l’impensable impensé, dans cette haine interdite et dans ce châtiment proscrit à la hauteur du crime se dissimule l’illégitimité de haïr et de punir, pour l’occidental coupable et détestable. Pas question non plus, on l’a vu, d’ôter à l’Autre la nationalité dont il est indigne.

Impossible d’acter l’impossibilité de conserver dans le sein d’une nation qu’il déteste jusqu’à tuer ses enfants, celui qui a reçu la citoyenneté en cadeau forcément empoisonné. Car dans la veine de cet interdit là, coule doucement le poison de la haine pour la nation ancienne.

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D’autres signes, plus banals, de la radicalité, cette semaine encore ont été constatés. Ainsi, des jeunes longtemps gâtés sont devenus gâteux. Jouant les rebelles, les voilà bloquant les collèges avec des poubelles ou cognant impunément sur les forces d’un ordre républicain qu’hier encore on portait au pinacle.

Trente policiers auront été blessés, mais dans le désordre radical des choses, seul le fait qu’un manifestant ait été violenté par un policier renvoyé, lui, devant le tribunal correctionnel aura «choqué» notre ministre de choc.

Il paraît pourtant que c’est l’état d’urgence. Étrange état à géométrie idéologique variable. Il paraît que cet état d’exception constituerait une menace contre nos libertés. En l’espèce, la seule liberté qui paraît interdite, c’est celle de manifester contre la radicalité autorisée à Paris ou Calais. Pas de passer la nuit debout, dehors.

Ainsi aussi, un ministre de la ville aura reçu une volée de bois vert pour avoir proféré de radicales vérités sur l’état de nos villes et une ministre féministe nommée Rossignol des noms d’oiseaux pour avoir usé d’un mot trop coloré pour défendre vertement les femmes d’islam.

Laissons le dernier mot à Élisabeth Badinter : «L’islamophobie est une arme que les islamo- gauchistes ont offerte aux extrémistes.» Cet islamo-gauchisme, je ne me lasserai jamais de l’écrire, empoisonne la société française depuis trois décennies. Il a été véhiculé par tous les médias bien-pensants ou non-pensants. Il n’appartient plus à la pensée mais au réflexe conditionné. Chaque Français en a consommé chaque matin au petit déjeuner. C’est à l’inconscient collectif de la société française qu’il convient d’appliquer la dé-radicalisation. Le traitement radical sera douloureux et les médecins risquent encore la radiation.

L’islamo-gauchisme ou nous.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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