Publié par Magali Marc le 28 mai 2016

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Le 24 mai dernier, le journal Le Devoir* publiait un article intitulé «Le Pape François est-il un imposteur?» signé par Louis Cornellier, chroniqueur à ce quotidien en matière d’éthique et de religion.

Cornellier y fait la recension du livre du politologue Paul Ariès, publié récemment et intitulé La face cachée du Pape François*.

Je trouve assez cocasse qu’au moment même où le Pape fait des pieds et des mains pour reprendre à son compte les thèmes favoris de la gauche, tels que la culpabilité post-colonialiste, l’anticapitalisme, la critique du consumérisme, l’importance des changements climatiques et des atteintes à l’environnement, le multiculturalisme et l’islamophilie, il s’attire les critiques les plus dures de la part d’un gauchiste qui va même jusqu’à l’accuser d’hypocrisie et de racolage !

Dernièrement, le Saint-Père s’est mis en frais de paraître islamophile au détriment des Chrétiens occidentaux et orientaux, en ramenant des musulmans de Lesbos, mais pas de Chrétiens, en fustigeant l’égoïsme des Européens face aux réfugiés syriens et en recevant avec effusion le Grand Imam Al-Tayeb.

Tout cela m’a profondément agacé, car même si je sais que les médias de masse laissent de côté les déclarations du Saint-Père qui seraient susceptibles d’éclairer les gestes qu’il pose, ce dernier ne peut pas ignorer qu’à la fin ce sont les Catholiques les plus pratiquants qui l’écoutent et l’observent régulièrement.

Or tous les Catholiques n’ont pas des diplômes en théologie et ne lisent pas nécessairement les textes de l’Abbé Arbez sur Dreuz (ils devraient !).

Au Québec, je ne connais personne capable de décrypter les faits et gestes du Pape François afin de les rendre compréhensibles pour l’ensemble des Catholiques.

En l’absence d’une grille théologico-politique, comment les Catholiques occidentaux sont-ils censés comprendre, par exemple, l’islamophilie du Saint-Père ainsi que ses plaidoyers insistants sur l’importance de l’accueil des réfugiés quand l’Allemagne, la Suède et le Danemark – entre autres – sont aux prises avec des «réfugiés» qui affichent leur désir d’islamiser l’Europe, leur antisémitisme, et qui commettent des viols, des vols et des attaques terroristes ?

Alors que les Chrétiens d’Orient continuent d’être persécutés non seulement par l’État Islamique mais aussi en Égypte ou au Pakistan, comment les Chrétiens occidentaux ne se poseraient-ils pas de questions sur l’Islam soi-disant religion-de-paix-et-de tolérance ?

Quand se multiplient les interventions de musulmans tels que Djemila Benhabib (Ma vie à contre-Coran*), Irshad Manji (The Trouble With Islam*) ou Karim Akouche (Allah au pays des enfants perdus) qui dénoncent les tentatives d’islamisation des sociétés occidentales et s’étonnent de la mollesse de nos dirigeants, pourquoi le Pape François insiste t-il autant sur une attitude conciliante contre-intuitive, pour ne pas dire destructrice et à la fin dangereuse pour tous les Chrétiens ?

À en croire l’entretien que Paul Ariès a accordé au journal Le Grand Soir (je vous laisse deviner la tendance de ce «journal»), les gauchistes (les pôvres !) seraient nombreux à être tombés tête première dans le piège du Saint-Père :

« ( … ) La papamania actuelle dans les milieux de gauche, qui dépasse même ce qu’elle fut lors du court règne de Jean XXIII, est d’abord une réponse à la propre crise des projets émancipateurs. La gauche aphone croit s’être trouvée un nouveau porte-parole, qui ne dirait pas tout, qui s’arrêterait en chemin, mais irait dans le bon sens.

Cette gauche décervelée est devenue l’idiot utile du Vatican. Il ne suffit pas de dire que les pauvres ont le droit d’exister pour être de gauche, (…) ni même que notre ennemi c’est la finance internationale (…) comme s’il suffisait de refuser certains colifichets pontificaux pour être à même de mettre l’Eglise au service de l’émancipation. (…)»

Toujours selon Ariès, il y aurait un «retour du religieux» et l’imposture du Pape François consisterait dans le fait qu’il opère une «droitisation» de l’Église en catimini :

« (…) le religieux ne revient jamais par la porte de gauche… La droitisation de la société existe aussi au sein de l’Eglise (…).

Le succès de François est d’abord celui d’une Eglise qui veut sa part de gâteau du retour du religieux, quitte à accepter en son sein des mouvements sectaires ou des alliances douteuses avec l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) (…) ».

Intéressant de voir que notre politologue marxiste ne trouve pas l’UOIF à son goût ! Hou, que c’est très pas beau un islamophobe de gauche !

Paul Ariès se lance dans un réquisitoire contre les prétentions progressistes de Jorge Mario Bergoglio.

Le Pape François est peut-être anticapitaliste, dit-il, mais il l’est dans une logique réactionnaire.

Son encyclique Loué sois-tu, serait « … pitoyable, car elle ne trouve rien d’autre à dire qu’espérer des riches qu’ils ne se comportent pas trop comme des riches ». Comme son ancêtre Léon XIII, François se contenterait d’appeler « les patrons à être plus gentils et les ouvriers à accepter leur sort ». Plus encore, il attribuerait notre indifférence envers l’environnement au péché originel, et non au capitalisme, et ne verrait de solution que dans la conversion à la foi chrétienne.

Toujours selon Ariès, Bergoglio a été élu par ses pairs conservateurs pour liquider la théologie de la libération en singeant son vocabulaire, c’est-à-dire en substituant à la radicale option préférentielle pour les pauvres une inoffensive « option évangélique préférentielle pour les pauvres », qui nie l’idée de la lutte des classes au profit d’un sermon sur l’amour universel et la bonne entente.

François, ne serait pas « un pape de gauche » et il « ne réforme pas l’Église pour en faire une Église pauvre au service des pauvres, il réforme l’Église pour lui permettre de passer le mauvais cap actuel et la mettre en état de remporter sa part de marché du retour du religieux».

«Le pape François aurait-il roulé toute la gauche occidentale dans la farine en se faisant passer pour un écologiste anticapitaliste?» s’interroge le journaliste québécois, Louis Cornellier.

Ce dernier conclut que le livre d’Ariès :

«… qui s’en prend avec virulence à la droite catholique française drapée dans l’écologie pour faire avancer son programme dangereusement réactionnaire, n’est pas toujours convaincant et n’évite pas les procès d’intention contre le pape. Il a toutefois la vertu d’une douche froide : une expérience désagréable, mais tonique.»

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Conclusion

Si le Pape François s’est mis en frais de racoler les gauchistes européens, généralement athées et qui l’écoutent plus distraitement que ne le pense Ariès, on peut dire que c’est râpé.

Le Saint-Père en sera pour ses frais, car les gauchistes «papamaniaques» se font dire qu’ils comprennent mal ses intentions.

Bien malin qui peut dire ce que pense réellement le Pape François dont la communication est déficiente, pour dire le moins. [NDLR: Israël et le Vatican ont cette déficience en commun, mais comme ils sont égalitairement détestés par les médias, ces derniers ont peut-être plus d’implication dans cette « déficience » qu’on le suppose]

Les conservateurs sont rassurés qu’il s’oppose à l’avortement mais n’apprécie guère ses ouvertures vers les homosexuels ; les féministes sont intriguées par son ouverture en direction de l’ordination des femmes diacres ; les Catholiques s’interrogent et les gauchistes se méfient.

Le 27 mai dernier, l’Abbé Arbez écrivait :

« … au-delà des formules de courtoisie, le pape François tiendra … un langage de vérité et de par sa mission, il mettra logiquement l’accent sur la paix, le respect mutuel, la promotion des droits de l’homme. C’est à cela qu’il appellera les responsables musulmans qui oppriment les croyants de l’alliance dans les territoires qu’ils ont soumis aux lois de la violence destructrice de l’islamisation. »

L’Abbé Alain Arbez a peut-être raison, mais qu’il lève la main celui qui avait compris ça tout seul !

Magali Marc (@magalimarc15)

* Le Devoir est un journal québécois indépendant dont les positions sont le plus souvent considérées comme nationalistes et social-démocrates.

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