Publié par Azénor le 20 juin 2016

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Dans son grand entrepôt quasiment vide, Hamam al-Yazjji se bat pour la survie de son entreprise. Gagner sa vie dans Gaza représente de dures difficultés quotidiennes, mais pas autant que la hausse des taxes imposée par le groupe islamiste du Hamas qui contrôle l’étroite bande côtière.

Par Rushdi Abdu Alouf – BBC News, Gaza

Le Hamas vient d’augmenter les impôts après avoir perdu le soutien financier d’alliés tels que l’Iran et les Frères musulmans, outre l’effondrement de ses échanges avec l’Égypte par les tunnels.

« J’importais des tonnes d’aliments du monde entier, mais durant les deux dernières années, il est devenu quasiment impossible de faire des bénéfices à cause des fortes taxes imposées par le Hamas », dit Hamam al-Yazjji, dont le commerce se trouve au nord de la ville.

Les consommateurs et les commerces triplement affectés par les impôts

Israël taxe les produits importés par Gaza et la Cisjordanie pour le compte de l’Autorité palestinienne et transfère le revenu à celle-ci après une déduction minime des frais administratifs.

« Nous payons trois taxes différentes sur tous les produits importés – en direction d’Israël, de l’Autorité palestinienne et du Hamas », dit Yazjji.

D’après l’agent du ministère des finances du Hamas, Youssif al-Kayali, les prélèvements fiscaux permettent au groupe de collecter 15 millions de dollars par mois – et comme personne ne reconstruit Gaza, l’argent part aux investissement terroristes.

Hausse des prix

Le Hamas et l’Autorité palestinienne se sont accordés pour constituer un gouvernement d’unité en 2014 pour mettre fin à des années de tensions, mais celui-ci n’a jamais été réellement mis en œuvre et le mouvement islamiste reste de facto le pouvoir en place à Gaza.

Celui-ci a également été confronté au blocus handicapant instauré par l’Égypte, et aux sanctions financières de la part d’autres pays depuis qu’il a remporté les élections palestiniennes en 2006.

Lorsque le Hamas a augmenté la fiscalité il y a près de trois mois, il a fait monter de 20% les prix de 400 produits d’importation en provenance d’Israël.

Acheter une voiture à Gaza

Les taxes représentent 42% du prix d’achat de la voiture :

  • La Skoda Octavia est la voiture la plus populaire à Gaza.
  • Une Octavia d’occasion (de 2013-2014) coûte 12 335 dollars en Europe.
  • Les taxes et les droits de douanes appliqués par l’Autorité palestinienne et dans une proportion minuscule par Israël) se montent à 7 220 dollars.
  • Les droits de douane prélevés par les autorités du Hamas à Gaza se montent à 1 805 dollars.

Parmi les produits les plus touchés, on mentionnera les cigarettes, dont le prix a augmenté de 35% depuis le mois de mars, et les voitures, qui sont plus chères de 25%.

Le Hamas a également imposé des licences annuelles d’un montant de 1 000 dollars aux cafés, aux restaurants et aux hôtels.

« Nous ne prélèverons de taxes que sur les produits n’étant pas de première nécessité – tels que les vêtements, les fruits ou les appareils électriques. La farine, le riz, le sucre, les médicaments et les autres produits de première nécessité ne seront pas taxés », avait déclaré Saïd Ahmad Abu Halbiya, membre du parlement du Hamas.

L’augmentation de la fiscalité « sera bénéfique aux citoyens de Gaza – surtout aux fonctionnaires et aux forces de sécurité qui ont besoin d’argent pour nourrir leur famille », disait-il.

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Perte d’appui

Le Hamas consacre des sommes inconnues aux armes et à l’infrastructure militaire, mais il connaît des difficultés sur ce plan aussi.

L’Iran a fourni une aide financière et militaire considérable au Hamas depuis le début de l’année 2006 – jusqu’à 23 millions de dollars par mois, d’après l’analyste politique palestinien Fathi Sabbah.

Mais Téhéran, principal bailleur de fonds du président syrien Bachar el-Assad, a spectaculairement réduit son soutien au début de l’année 2012, lorsque le Hamas a refusé de choisir son camp dans la guerre civile syrienne.

D’après Fathi Sabbah, le mouvement a également perdu 10 millions de dollars par mois lorsque le président islamiste égyptien, Mohamed Morsi, a été renversé en 2013.

Le Hamas, cherchant à se renflouer, les citoyens de Gaza paient l’addition

Après le renversement de Mohamed Morsi, le Hamas a perdu une deuxième source essentielle de revenus, lorsque les forces égyptiennes ont détruit les tunnels dont on disait qu’ils étaient utilisés par des militants pour faire passer vers le Sinaï des armes de contrebande. Le Hamas récoltait des millions de dollars en taxes sur les produits importés par les tunnels.

Mais la récente augmentation de la fiscalité a un prix :

« Le Hamas a beaucoup perdu en popularité depuis qu’il impose des taxes pour payer les salaires des fonctionnaires », dit Fathi Sabbah.

Et il est peu probable que la crise financière du Hamas se résoudra de sitôt, Israël et l’Égypte maintenant la fermeture de leurs frontières de peur d’attaques des militants de Gaza.

Ainsi le mouvement islamiste doit se débrouiller avec les moyens du bord, en espérant que les évènements au Moyen-Orient tourneront un jour en sa faveur.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © traduction et adaptation Azénor pour Dreuz.info.

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