Publié par Ftouh Souhail le 19 juillet 2016

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Erdogan s’est appuyé sur des jihadistes salafistes du groupe syrien Ahrar al-Sham pour sauver son régime.

Les militaires nationalistes turcs devaient mettre fin à la dictature des Frères musulmans en Turquie, mais l’intervention de plusieurs milices armées qui, sous couvert de promouvoir les idées du parti au pouvoir, semblent surtout chargées d’aider la police, a fait échouer ce projet de redressement entrepris par des kémalistes laïques.

Des médias arabes ont révélé que des hommes du groupe rebelle salafiste syrien Ahrar al-Sham (Mouvement islamique des hommes libres de Syrie) sont apparus dans les rues d’Ankara pour aider les hommes de Recep Tayyip Erdoğan à reprendre le pouvoir aux militaires.

Un de ces fondamentalistes a été identifié, dans une photo prise à Ankara dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016, comme l’égorgeur d’un soldat truc putschiste (photo ci-dessus). Un rapprochement a été fait par rapport à une photo plus ancienne de lui prise cette fois à Alep (photo ci-dessous).

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L’homme barbu qui apparaît dans la photo n’est pas un citoyen turc venu défendre la légitimité électorale du gouvernement d’Erdogan, mais un fondamentaliste syrien membre d’Ahrar al-Sham, un des plus importants groupes rebelles de Syrie. Ce groupe salafiste opère principalement à Alep et Idlib. Il est financé par le Qatar et la Turquie.

Ahrar al-Sham joue un rôle de premier plan aux côtés de la branche syrienne d’al-Qaïda, Jabhat al-Nosra (Front al-Nosra), dans la coalition rebelle plus large Jaish al-Fatah (Armée de la conquête).

Il est classé dans la mouvance du djihadisme salafiste appartenant à l’islam sunnite tout comme l’État islamique et le Front al-Nosra, qui préconisent le retour à l’islam authentique.

Dans un récent rapport publié le 4 juillet 2016, Amnesty International avait accusé Ahrar al-Sham de crimes de guerre en Syrie et avait dénoncé des cas de tortures, d’enlèvements et d’exécutions sommaires commis par ses membres.

Pour rappel, début 2014, Ahrar al-Sham avait obtenu la libération de Mohammed Haydar Zammar, membre important d’al-Qaïda jusqu’alors emprisonné par le régime syrien, et qui avait fondé la cellule de Hambourg et recruté nombre des pirates des attentats du 11 septembre 2001.

C’est la première fois dans l’histoire de la Turquie qu’un chef de l’État élu fait appel à des terroristes étrangers pour tuer et humilier l’armée de son pays.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la panique s’est emparée d’Istanbul et d’Ankara, après la tentative de renversement du régime islamiste menée par des soldats nationalistes qui avaient annoncé vendredi la prise du pouvoir par l’armée, en raison de l’alliance implicite entre Erdogan, grand soutien aux Frères musulmans, et les terroristes de Daech dont il recyclait le pétrole volé en Irak et en Syrie, ainsi que de la dérive dictatoriale de ce Frère musulman en costume cravate.

De nombreux Turcs sont sortis dans les rues pour manifester leur satisfaction de se débarrasser de leur tyran, alors que les affrontements faisaient rage entre les militaires nationalistes-kémalistes et les loyalistes aux Frères musulmans.

Après 16 heures d’affrontement et d’incertitude, le basculement s’est produit avec l’intervention des miliciens islamistes venant aider la police. Au moins 100 personnes, dont 17 policiers d’Ankara, ont été tuées durant ces affrontements.

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A Ankara, six personnes ont été décapitées par les miliciens et une autre a été tuée à l’arme blanche durant la nuit du vendredi à samedi, alors que les grandes artères d’Istanbul et les ponts enjambant le Bosphore étaient bloqués par les militaires nationalistes.

Un total de 2983 militaires ont été arrêtés en lien avec cette tentative de renversement du régime islamiste. En outre, 103 généraux et amiraux soit 1/3 de l’ensemble des généraux de l’armée ont été démis de leurs fonctions. Le chef de l’armée, qui était pris en otage, a été libéré et conduit dans un lieu sûr, selon un haut responsable turc.

Sauvé par l’appui des miliciens islamistes grâce à son smartphone (Facetime) avec lequel il a demandé à « son peuple » de descendre dans les rues, Erdogan, qui était en vacance, a atterri à Istanbul juste avant l’aube et a déclaré que le gouvernement restait maître de la situation. S’il a choisi Istanbul, c’est qu’à Ankara, il aurait été instantanément emprisonné.

Le boucher d’Istanbul s’est senti menacé, ce qui explique que les rues d’Istanbul et d’Ankara regorgent de groupes armés et de milices. Des milices étrangères comme Ahrar al-Sham sont même utilisées comme supplétives de la police.

De sources rapportent que depuis la Doha, Youssef al-Qardaoui et ses acolytes n’ont pas dormi de la nuit de vendredi à samedi, car la chute du régime islamiste turc signifiait la fin des Frères musulmans en Turquie, dont ils ont pris le contrôle depuis 2011 grâce au Parti de la justice et du développement (AKP).

Al-Qardaoui, qui assure le leadership intellectuel des Frères musulmans, est aussi le président de l’Union Internationale des Savants musulmans, membre du Conseil européen pour la Recherche et la Fatwa, et leader suprême de l’UOIF en France.

L’influent chef religieux égyptien, par ailleurs homophobe, antisémite, et hostile aux droits de l’homme, a fustigé depuis le Qatar les putschistes turcs, les qualifiant d’« ennemis de la nation ». Il a appelé tous les musulmans à prier pour Erdogan.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Souhail Ftouh pour Dreuz.info.

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