Publié par Abbé Alain Arbez le 30 juillet 2016

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Télés et radios nous annoncent avec lyrisme que ce vendredi, jour de la prière, musulmans et chrétiens ont prié ensemble à la mosquée de St-Etienne-du-Rouvray pour le Père Jacques Hamel, assassiné de façon barbare par deux jeunes musulmans pendant la messe qu’il célébrait à l’église.

Que signifie prier Allah avec des musulmans alors que cette religion a pour cible principale d’attaquer l’essentiel de la foi chrétienne ?

(Rappelons que le Père Hamel avait été très engagé dans le dialogue interreligieux, et qu’avant d’avoir cédé pour 1 euro le terrain attenant à l’église pour la construction de la mosquée, c’est la salle paroissiale qui servait de lieu de prière aux musulmans du village).

Musulmans et catholiques ont donc « prié ensemble » à la mosquée : le curé Moanda a même lancé : « le vrai islam, c’est pas ça ! ». Un prêtre africain qui sans doute ignore le sort des chrétiens du Nigéria, du Soudan, du Kenya et autres pays meurtris par les attentats au nom d’Allah. Voici comment l’émotion et l’affect, doublés du manque de connaissances, conduisent des gens (sans doute sincères de part et d’autre) sur des voies sans issue. Signe aggravant, l’absence de parole éclairante sur le sujet, de la part d’évêques focalisés sur le « vivre ensemble » inconditionnel, ajoute encore à la confusion ambiante.

Il est tout de même utile de rappeler ce que l’ancien président du Conseil pontifical pour l’Interreligieux, le cardinal Tauran, répondait récemment à la question de savoir si chrétiens et musulmans peuvent ou non prier ensemble :

« Non, on ne peut pas prier ensemble, ce serait alors du syncrétisme ! »

Syncrétisme signifie mélange religieux des genres entièrement inapproprié, et même confusion entre deux options contradictoires. En effet, que signifierait prier Allah avec des musulmans alors que cette religion a pour cible principale l’essentiel de la foi chrétienne ? Car le coran affirme que le plus grave péché à ses yeux est le « shirk », la reconnaissance par les chrétiens de la plénitude de la présence de Dieu en la personne du messie juif Jésus. Les musulmans ne croient pas que Jésus est mort en croix, ils nient Pâques et la résurrection, tout en clamant que juifs et chrétiens ont falsifié les saintes Ecritures.

Certes, aujourd’hui, des chrétiens sont allés prier Allah dans une mosquée avec des musulmans, tous sans doute sincères et affectés par la tragédie, mais n’est-ce pas là un marché de dupes ?

L’imam de la mosquée locale pose la question du commanditaire de l’acte odieux : mais l’inspiration de ce crime djihadiste n’est-elle pas tout simplement en termes sacralisés présente au sein même de sa tradition ? Du fait que le coran ne s’interprète pas, que sa lettre doit être respectée sans être critiquée, quelle perspective réelle pour l’avenir peut-elle être tirée des bonnes intentions de cette assistance islamo-chrétienne ?

Prier ensemble Allah : alors que l’islam est à la fois religion et politique, sans distinction possible… On cherche ainsi à faire croire à un « islam de France » qui serait potentiellement différent du milliard et demi d’autres musulmans répandu ailleurs sur la planète…

La tradition chrétienne a une autre approche du divin dans la vie humaine : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! » disait Jésus. Cette séparation des domaines spirituel et temporel ne peut exister pour le musulman le mieux disposé. La vérité, c’est que musulmans et chrétiens ne croient pas au même Dieu unique. Jamais des chrétiens ne retrouveront en Jésus Fils de Dieu le fils d’Allah ! Alors que les hadiths nous disent que Jésus (Issa) reviendra à la fin des temps proclamer la victoire de l’islam et « briser les croix en tuant les porcs ».

La prière du musulman, c’est d’abord la prière rituelle cinq fois par jour. Quand des chrétiens parlent de « prière » à la manière biblique, le musulman entend le mot « salat », ce qui veut dire que, pour lui, une prière de dialogue avec Dieu à travers l’Esprit de Jésus n’a pas grand sens. Il ne s’engage pas de manière personnelle dans sa prière mais actualise simplement la récitation de la oumma, la communauté mondiale des soumis, en se tournant vers la qibla, vers la Mecque. Par conséquent, lorsque les chrétiens personnalisent leur prière et l’humanisent, ils sont déjà haram dans la logique du « shirk », ils sont des « associateurs » coupables, car ils mettent trop d’humain dans cet espace incréé réservé à Allah et à ses exigences.

Prier, pour le chrétien, c’est prier Dieu le Père avec Jésus et selon l’Esprit. C’est se laisser inspirer et engendrer par un Dieu, bon, généreux envers tous, et plein de tendresse. Dieu est à la fois le Transcendant et la Présence à nos côtés.

Pour toutes ces raisons, on ne peut pas prier ensemble, chrétiens et musulmans, sans trahir gravement l’authenticité des spécificités théologiques et historiques. Cela explique pourquoi le pape Benoît XVI, lors de ses voyages en terre musulmane, prenait bien soin de préciser qu’il priait Dieu aux côtés de ses hôtes musulmans (qu’il respectait en tant que personnes), mais qu’il ne priait pas avec eux.

Tout cela n’empêche évidemment pas les chrétiens de prier pour les musulmans, afin qu’ils ouvrent les yeux sur les réalités factuelles, qu’ils fassent en conséquence des choix courageux et publics pour se dissocier des dimensions agressives de leur religion, pour autant qu’ils puissent le faire.

Abbé Alain René Arbez

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