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Publié par Alain Rubin le 10 août 2016

mbayang-diop

La semaine passée, je vous informais de la situation tragique de Mbayang Diop, jeune femme sénégalaise de 22 ans vendue comme domestique en Arabie saoudite.

Au Sénégal, il existe un syndicat des domestiques, pour cette partie du prolétariat vendant sa force de travail en Arabie saoudite ; c’est dire le grand nombre de Sénégalais (et d’autres Africains) concerné par les effets du caractère souvent quasi esclavagiste de l’utilisation de la force de travail étrangère, séquestrée de grandes maisons riches dans ce pays.

Depuis qu’avec des amis nous avons cherché à alerter autour de nous, la mobilisation pour sauver Mbayang Diop a pris d’importantes proportions au Sénégal même : c’est ainsi que la femme du Président sénégalais a déclaré prendre — beaucoup disent tardivement —, fait et cause pour sauver Mbayang Diop et la faire revenir saine et sauve parmi les siens, et faire que cette cause devienne celle de tous les Sénégalais et Africains.

La manifestation convoquée devant le parvis de la grande mosquée de Dakar a rassemblé des milliers de dakarois ; une amie me faisait savoir que dans l’assemblée de son village, qui s’est tenue hier, on a évoqué la question et discuté de l’adoption d’une prise de position du village en tant que tel ; telle autre amie qui fait passer l’information, se sent d’autant plus concernée par l’injustice vécue par Mbayang Diop que quatre de ses sœurs travaillent elles aussi comme domestiques en Arabie saoudite, et qu’un de ses frères y est jardinier.

De la « hache à la pierre »

C’est la résolution de telle assemblée villageoise, soutenant de la « hache à la pierre », pour le retour au bercail saine et sauve de Mbayang Diop.

Depuis la semaine passée, la situation a beaucoup évolué

  • La famille de la « victime » (la patronne qui séquestrait, humiliait, et frappait Mbayang Diop, et qui est morte, tuée par le couteau dont elle menaçait sa domestique réduite à un état d’esclave de fait) a fait savoir qu’elle pardonne.
  • Dans la société saoudienne, la combinaison des lois tribales (les lois de vendetta que l’on retrouve dans toutes les sociétés gentilices ou claniques) et de la charia (la loi islamique) fait que : le « pardon » de la famille peut éviter l’exécution de la peine de mort, moyennant le rachat du sang (le « prix du sang »). Ce prix n’est pas une petite somme : ce qui suppose que le compromis payant ouvert par la prise de position de la famille et des autorités saoudiennes puisse trouver à se concrétiser côté sénégalais.

Tout le Sénégal discute de cette affaire et la suit pas à pas

Tout le pays a effectivement pris fait et cause. Il reconnaît, dans les misères vécues par Mbayang Diop, la manière dont l’Africain noir est traité dans la société d’Arabie saoudite, ainsi qu’au Maroc, comme en témoignait une auditrice. Télévision, radio, journaux, personnes ayant vécu et souffert cette condition, tous sont focalisés par cette affaire. Beaucoup se reconnaissent dans le vécu de Mbayang Diop, y retrouvant ce qu’ils ont douloureusement subi.

Certains témoins, intervenus dans les échanges radiophoniques, sont restés anonymes et vivent cachés, certains ont appelé à l’aide.

Il y a bien d’autres Mbayang Diop, dont certaines ont été tuées sans qu’on n’en sache rien.

On ne parle plus de contrat de travail en Arabie saoudite, mais d’achat d’esclave 

L’utilisateur saoudien verse deux millions de francs CFA (un peu plus de 3000 euros), au rabatteur sénégalais de main-d’œuvre appelée à devenir servile. Ce dernier, souvent, sillonne les différents pays d’Afrique.

Le rabatteur-revendeur de femmes négociera le plus souvent avec la mère de la jeune fille, le père n’intervenant généralement qu’en fin de course pour signer ; le rabatteur-revendeur s’occupera de tout, passeport, visa… Ce faisant, il obtient ainsi une propriété de fait sinon de droit de la personne de la jeune fille pour laquelle il a fait signer un parent.

Quand la future domestique arrive dans le pays du futur maître, son passeport lui est retiré, confisqué ; quand elle se retrouve chez l’employeur, chez le « maître », chez l’esclavagiste est-il plus juste de dire, elle n’a pas l’autorisation de sortir de la maison ; elle dormira dans un coin qui est tout sauf un lieu accordant un minimum de confort, de décence et de respect de la dignité humaine.

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La défense de Mbayang Diop passionne toute la société sénégalaise

Les témoignages, relayés par les médias, montrent que la condition servile rencontrée par les Sénégalais travaillant en Arabie saoudite est aussi trop souvent rencontrée au Maroc, en a témoigné une auditrice.

Que va-t-il advenir ?

La famille de la « victime » demande le prix du sang. Qui va le payer ? Qui peut le payer ? Est-ce la modeste famille de Mbayang Diop ?

Convient-il de payer le prix du sang ou faut-il simplement que les autorités saoudiennes ramènent Mbayang Diop, sans plus tarder, parmi les siens ?

Cette affaire n’est pas que sénégalo-saoudienne

Elle interpelle. Elle concerne tout humain possédant une conscience.

Je vous invite donc, vous qui lirez ces lignes, à vous adresser, seul ou avec des amis ou des collègues, aux autorités saoudiennes, ainsi qu’à vos représentants ou connaissances disposant de relations avec des gens de pouvoir : disant cela je pense ici à Michelle Obama, je pense bien sûr à Christiane Taubira. Elles sont des femmes, mais aussi des femmes fières de leur qualité de femme noire, affirmant, régulièrement, leur légitime détestation de la défunte traite négrière : or, peut-on abhorrer la traite négrière passée sans s’élever contre la traite négrière présente et modernisée ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Alain Rubin pour Dreuz.info.

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