Publié par Père Henri Boulad le 19 août 2016

Père-Henri-Boulad-ancien-directeur-du-Centre-culturel-jésuite-dAlexandrie-Photo-Jacques-Berset-2

Vous êtes en train de dîner le soir en famille. On frappe à la porte, vous ouvrez. Un inconnu se présente : j’ai faim, est-ce que vous n’auriez pas quelque chose à manger ?…

– Euh, oui, bien sûr… entre donc ! Tu vas partager notre repas.

Le bonhomme s’installe et dévore avec appétit. A la fin du repas il vous déclare qu’il a raté son train et ne sait où dormir.

– N’auriez-vous pas un lit où je puisse passer la nuit ?…

Les parents se regardent hésitants puis lui répondent : bon, on va s’arranger.

Ils installent les enfants au salon et offrent au visiteur la chambre ainsi libérée.

Le lendemain, ils l’interrogent sur ses plans.

– Voilà, j’ai décidé de passer la journée avec vous.

– Ah, tiens, c’est gentil ! Bon… Petit déjeuner, déjeuner, dîner… Le soir, ses hôtes lui demandent ce qu’il compte faire…

– Bon, j’ai un petit problème de logement. Est-ce que je ne pourrais pas passer une deuxième nuit chez vous ?… Les parents se regardent interloqués.

– Bon, tu es le bienvenu !..

Au matin du troisième jour, il leur déclare : vous savez j’ai une femme et des enfants… permettez-moi de les amener avec moi ici…

La réponse fuse, brutale : Alors ça non, vraiment vous exagérez. Plus que ça nous ne pouvons plus rien faire.

Cette petite histoire illustre ce qui se passe aujourd’hui en Europe. L’Europe est un continent accueillant, à l’instar du Canada, des États-Unis et du reste de l’Occident. Ces pays ont comme principe d’ouvrir leurs portes à l’étranger, comme nous l’avons chanté au début de cette messe : « Ouvre ton cœur à l’étranger… ouvre tes portes à l’étranger ». Cette idée biblique a profondément pénétré cette Europe que l’on dit incroyante ou athée.

Mais où s’arrête l’hospitalité ? Où s’arrête le devoir d’accueil ? Certains me poseront la question : « y a-t-il des limites ?… »

– Mais bien sûr qu’il y a des limites ! La priorité est à ma famille, ma femme, mes enfants. Je puis ouvrir ma maison pour un dîner, et même pour une ou deux nuits. Mais si cet hôte essaie de s’incruster chez moi, je lui dirais : non. Si alors il passe aux menaces et que, terrorisé par ses propos, je lui réponds : « bon, bon, d’accord, calme-toi. Nous allons tous déménager pour te laisser la place… » c’est que je suis un parfait imbécile ! Ce n’est plus alors de la charité, c’est de la pure bêtise ! Or c’est un peu ce qui se passe aujourd’hui en Occident. Des immigrés de plus en plus nombreux accueillis par l’Europe veulent lui imposer leurs lois, leurs principes, leurs valeurs, leurs coutumes, leur culture, leurs habitudes…

Et à ma grande surprise l’Occident va de concessions en concessions. Il recule, accepte, pactise, bat en retraite… Mais jusqu’à quand l’Europe continuera-t-elle à s’aplatir et à s’écraser ?… Penser que telles sont les exigences de la charité évangélique, c’est défigurer le message de Jésus.

La priorité est aux miens, à ma famille, à ma femme et mes enfants. Je ne puis ouvrir mes portes sans discernement. Il y a des limites à respecter, une intimité à sauvegarder. L’Europe est en train de se perdre, de se vendre, de se suicider. Si le Seigneur nous a donné un cœur pour aimer, il nous a également donné une tête pour penser. Et quand les deux ne vont pas ensemble, c’est la catastrophe !

Il y a ce qu’on appelle ‘le seuil de tolérance’. Le seuil de tolérance c’est l’incapacité pour un organisme de dépasser certaines limites sans mettre en danger son existence. Par exemple, on dit que le vin est bon. Bien sûr qu’il est bon… Allez-y pour un verre, deux verres, trois verres à la rigueur… Mais au-delà, ce qui était bon devient nocif !

Sur le plan social, c’est la même chose. Je me dois d’accueillir avec bonté et gentillesse le prochain, le voisin, l’inconnu, le pauvre, l’étranger… Mais si celui-ci se comporte en grossier personnage, refuse avec arrogance et mépris ma nourriture sous prétexte qu’elle n’est pas « halal », et s’installe chez moi comme en pays conquis, eh bien, je dois le remettre à sa place. La charité ne consiste pas à se laisser marcher sur les pieds. Il y a des limites à garder, des règles à respecter.

L’Europe ne doit accueillir le flot d’émigrés attendant à sa porte que dans la mesure de ses possibilités. Qu’à la condition que ceux-ci soient prêts à s’intégrer, et à accepter les valeurs et principes du pays qui les accueille. Sinon, oust !… C’est justement ce que l’Europe ne sait pas faire. Je vise en particulier ici certains de ses dirigeants vendus et corrompus.

En une seule année, l’Allemagne a accueilli plus d’un million de réfugiés. La Belgique, la France, la Suède et d’autres nations européennes pratiquent elles aussi une politique d’immigration totalement irresponsable ! Les problèmes de vols et de viols, de meurtres et d’agressions se multiplient. Jusqu’à quand les Européens toléreront-ils cela ?

Ne ratez aucun des articles de Dreuz, inscrivez-vous gratuitement à notre Newsletter.

Quand je tiens de tels propos, certains me traitent de fanatique. Ce n’est pas du fanatisme, c’est du simple bon sens. Charité bien ordonnée commence par soi-même, par sa famille et sa maison. Il y a un discernement à opérer, un seuil de tolérance à respecter. Dépasser ce seuil, c’est se saborder.

Un petit exemple personnel que j’ai vécu cette semaine. En Égypte on pousse la climatisation au maximum et nos trains sont souvent de véritables frigidaires. Si bien qu’il y a quelques jours j’ai attrapé une bonne grippe parce que la température du wagon avait largement franchi le seuil de tolérance de mon organisme.

Ce que je dis de l’Europe, je pourrais aussi bien le dire de toute vie en commun.

L’acceptation mutuelle que suppose le vivre ensemble a des limites. Si l’autre les dépasse, je dois avoir le courage de lui dire : stop, arrête, tu exagères !… Il faut être bon, mais pas bête. Pour que nos rapports mutuels demeurent harmonieux, il faut avoir parfois le courage de remettre l’autre à sa place et de lui dire : ça suffit, tu dépasses les bornes. S’il ne comprend pas, alors, montez d’un cran, puis d’un cran, puis d’un cran. S’il ne comprend toujours pas, alors il ne reste plus que la confrontation.

Ma thèse de psychanalyse que j’ai présentée à l’Université de Chicago il y a cinquante ans et que je cherche en ce moment à publier, portait sur le comportement oral. J’ai essayé d’analyser longuement la signification de la bouche sous ses divers aspects. Il existe dans la bouche deux éléments majeurs et antithétiques : les lèvres et les dents. Les lèvres, c’est doux, c’est mou, c’est tendre, c’est gentil, ça embrasse… Mais derrière les lèvres se tiennent les dents. Si quelqu’un ne comprends pas le langage des lèvres, du baiser et du sourire, les dents le lui feront comprendre. S’il abuse de ma bonté et de ma gentillesse, je le mordrai. Humm !!! Eh oui, je le mordrai carrément.

Il y a toute une sagesse dans la physiologie du corps et c’est dans la dialectique de réciprocité entre éléments antithétiques que réside l’harmonie. C’est un équilibre à trouver.

Vous me direz que ce que j’affirme n’est pas très évangélique. Je vous répondrai que lorsque Jésus a été giflé par le serviteur du grand prêtre la veille de sa mort, il ne lui a pas tendu l’autre joue, mais lui a répliqué avec fermeté : « Si j’ai mal parlé, dis moi en quoi j’ai mal parlé. Mais si j’ai bien parlé, alors pourquoi me frappes-tu ?… » Jésus a protesté, réagi.

Beaucoup de problèmes psychologiques tiennent au fait que nous avons souvent peur de faire face. Nous comprimons notre colère au fond de nous et celle-ci nous détruit intérieurement.

Au nom du « vivre ensemble » et de la gentillesse, au nom de la tolérance et de la charité, on se laisse écraser, on accepte tout, on avale des couleuvres. Eh bien, non ! Sauve ton identité, tu sauveras ta relation. Existe d’abord, affirme-toi, sois pleinement toi-même… Alors tu pourras aimer sans mensonge.

Ce que je vous dis là, je l’ai moi-même vécu à l’âge de vingt-deux ans. N’en pouvant plus de me faire humilier et marcher sur les pieds, j’ai réagi un jour de façon violente et brutale. Ce fut pour moi un tournant radical dans ma vie, une nouvelle naissance, une véritable résurrection. Je vous raconterai ça un jour. Mais vous pouvez le trouver dans internet où je raconte brièvement cet incident.

Il m’arrive parfois de dire à telle personne écrasée par sa femme ou son mari, par son copain ou sa copine… Réagis donc… Fais sauter le couvercle, fais éclater ta colère… Pas de refoulement. La répression tue. Il faut être libre pour aimer. Autrement, c’est une démission, une trahison.

Pour conclure, je dirais que l’hospitalité c’est très beau et très bien… que l’accueil de l’autre c’est très beau et très bien… que la charité c’est très beau et très bien… Mais à côté du cœur faites place au cerveau pour que votre amour soit marqué au coin du bon sens et de la sagesse. Amen.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Henri Boulad, s. j. Église des Jésuites d’Alexandrie.

Soutenez Dreuz en partageant cet article

Partagez ce message !

21
0
Merci de nous apporter votre commentairex
()
x
Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz