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Publié par Mireille Vallette le 16 septembre 2016
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Mathieu Bock-Côté

L’utopie de l’après 68 est culturelle. Les minorités ont remplacé le prolétariat et les partis conservateurs n’ont plus droit de cité. Mais les citoyens qui refusent la disparition programmée de leur culture -et d’eux-mêmes- ont des raisons de résister.

Vous est-il arrivé de penser à un ouvrage dix fois par jour, tous les jours, pendant des jours ? C’est mon cas avec «Le multiculturalisme comme religion politique*» de Mathieu Bock-Côté. J’y pense en parcourant les médias, en découvrant telle nouvelle statistique sur les discriminations, en apprenant la parution du 150’000e roman décrivant les «douleurs de l’exil».

Que savons-nous des nouveaux dogmes de notre société ? Notre passé implique une pénitence assidue, être patriote est raciste, rester attaché à son patrimoine culturel est réactionnaire, applaudir la diversité est obligatoire… Et la gauche mène le bal ! Dans un essai saisissant, Mathieu Bock-Côté lie ces attributs de la «société diversitaire» au type de démocratie que dessine la gauche depuis les années 70.

La gauche a constaté l’échec du marxisme traditionnel. Elle a abandonné sa croyance dans le potentiel révolutionnaire du prolétariat et dans l’idée de renverser le capitalisme. La politique est cependant toujours vue comme «activité rédemptrice faite pour régénérer l’humanité et la délivrer du mal».

Son nouveau combat, sa nouvelle utopie sont culturels. L’égalitarisme en est la valeur-clé, les minorités et leurs droits brillent au firmament de son projet politique. La majorité blanche et hétérosexuelle marquée du sceau infamant de sa domination passée et présente doit se dissoudre. La modernité vue de gauche s’exprime par une critique obsessionnelle de la civilisation occidentale et de son histoire, par la célébration de la multiculturalité, de l’ouverture aux autres, par la reconnaissance des droits des minorités ethniques, culturelles, sexuelles.

C’est une société dénationalisée, vidée de ses traditions, où l’école ne transmet plus la culture du pays et bien peu les connaissances, mais diffuse la haine de soi. La gauche disqualifie les institutions et les valeurs traditionnelles : famille, travail, mérite, autorité, différentiation sexuelle, patrimoine. Tout doit être déconstruit, «plus rien ne tient, le monde est friable».

Cette idéologie entraîne l’affaiblissement du politique et de ses institutions.

La droite tient la plume de la gauche

Pourquoi attribuer cette évolution à la gauche alors que la droite est si souvent au pouvoir ? Parce que la droite a adhéré à cette idéologie. Elle a «entrepris de transcrire dans le droit et les institutions les revendications culturelles issues de mai 1968». Elle renonce à faire autre chose qu’une «application modérée des principes de la gauche idéologique dans sa pratique gouvernementale».

Elle capitule devant la défense des valeurs traditionnelles ou la question nationale, elle rejoint le discours «humaniste» à propos de l’immigration. «La droite occidentale (…) devenait un autre parti progressiste. Il ne lui restait plus qu’à occuper la seule case du libéralisme gestionnaire.» Et ceci sous peine de diabolisation telles que les accusations de «lepénisation » -en Suisse blochérisation- ou «de faire le jeu de l’extrême droite».

Mais qu’implique l’idéologie de cette «société diversitaire» ?

  • Une vision hypercritique de notre passé jugé au travers du prisme des discriminations. Ce passé exige une constante repentance, voire des excuses et des demandes de pardon officiels. Pour résumer une citation d’Alain Finkielkraut, il existe plein de détectives qui poursuivent «une même et implacable enquête : l’étude des méfaits commis depuis que le monde est monde par les hétérosexuels d’Occident».
  • La vision du présent comme un vaste système de domination. Tout doit être passé à la moulinette : place de l’«étranger», race, sexe, âge, orientation sexuelle, sous l’angle de la discrimination et de l’exclusion. Il faut documenter, mobiliser les sciences sociales, entreprendre des recherches, élaborer des statistiques, engager de multiples projets qui rendent transparents les mécanismes de domination et l’hégémonie de l’homme blanc occidental. Et créer des institutions publiques qui les combattent : organismes antiracistes, services d’intégrations, de représentation des minorités. Mettre en œuvre une «politique des identités». Et dès la petite école, promouvoir la diversité, éduquer au pluralisme, à la diversité, à l’antiracisme…
    Bock-Côté cite Patrick Simon pour lequel il faut «rendre concret le système de hiérarchisation ethnico-racial ou sexué masqué derrière l’édifice égalitaire formel». C’est la citation qu’a choisie la «chercheuse» Eva Marzi dans «La Suisses des mosquées*», qu’elle illustre par un groupe de militantes islamiques de la périphérie genevoise. L’ouvrage qui résume cinq enquêtes colle parfaitement aux thèses de Bock-Côté.

L’hégémonie de la «sociologie anti discriminatoire» comme savoir étatique est acquise.

Pour faire avancer la cause : de nouveaux droits pour les uns, de nouveaux bâillons pour les autres

  • La négation de la patrie, le rejet de l’Etat nation. Ces notions sont disqualifiées, comme l’est l’aspiration des peuples à se gouverner eux-mêmes. «Les valeurs encore hier prises en charge par l’ensemble des institutions sociales» en sont désormais expulsées.
  • La disqualification de la souveraineté populaire et la judiciarisation du politique. Permettre au peuple de s’exprimer, c’est prendre le risque qu’il conteste des éléments de la société diversitaire. Au contraire, mitonner des législations nouvelles et s’adresser à des juges pour faire avancer la cause permet d’engranger les succès : de nouveaux droits pour les uns, de nouveaux bâillons pour les autres.
  • La disparition du conservatisme comme expression politique légitime. «Le conservatisme s’est traditionnellement présenté comme le parti de l’héritage de la mémoire et des ancrages.» S’y référer sous le régime diversitaire est disqualifiant. C’est un mal dont l’origine tient à une peur irrationnelle devant la modernité, au sentiment d’être des laissés-pour-compte du progrès. Se adeptes représentent une droite radicale et frustre, complotiste et raciste qui rejoindra les rangs de partis favorables au repli identitaire.

Le conservatisme n’est jamais vu positivement, par exemple comme «une inspiration liée à cette part de l’homme qui veut s’inscrire dans un monde qui le précède et qui lui survivra». Il est aussi défini comme une inclination psychologique au fascisme qui nécessite de réactualiser la lutte antifasciste. Telle cette définition d’un rapport antiraciste suisse :

«Le populisme de droite est une stratégie de mobilisation dont l’enjeu est de créer au sein de la population un état d’esprit défavorable aux plus faibles afin de parvenir au pouvoir démocratiquement et transformer ensuite la société de manière autoritaire.»

C’est toute une sensibilité politique qui est désormais proscrite de l’espace public.

Mais pour la faire vraiment disparaitre, il faut fabriquer un nouveau peuple. La majorité doit vouloir la fin de ses privilèges, elle doit désirer ardemment céder la place. Il ne s’agit pas seulement de modifier les institutions, mais de changer les hommes, de les rééduquer.

Dans ce but, l’impérialisme humanitaire et droit-de-l’hommiste étend sa toile. Agences gouvernementales et internationales se multiplient. L’Union européenne se fait le chantre de la nouvelle démocratie. Mais son attitude face aux petites nations de l’Est est l’indice d’un «impérialisme humanitaire actualisant à demi-mot la vieille doctrine soviétique de la souveraineté limitée».

Les résistants cernés

Une partie du peuple n’est pourtant pas enthousiaste à l’idée de se laisser dissoudre. Il résiste. La gauche hégémonique a donc mis en place des moyens pour la réduire.

Des lois sans cesse plus nombreuses cernent les récalcitrants, des propos offensants pour les minorités sont criminalisés, leurs auteurs désignés à la vindicte publique. L’expression de réticences à la diversité se fait taxer de «propos haineux»…

Des leaders et de nouveaux groupes prennent en charge les préoccupations des adversaires de la démocratie diversitaire. Des positions traditionnellement de droite sont désormais désignées par des appellations convergentes : extrême droite, populiste, droite radicale, droite extrême… Leur attribution s’étend à toute défense des valeurs traditionnelles ou nationales.

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La gauche -et la droite- utilisent une palette de mesures : disqualifier, interdire de débat, expulser de la discussion démocratique, criminaliser. Voire, pour l’extrême gauche, agresser. Il faut s’assurer de n’admettre le pluralisme idéologique que dans la mesure où il respecte les dogmes de la gauche. Le progressisme s’autorise ainsi une intolérance à prétention vertueuse qu’embrassent les médias. Elle se donne le droit d’user de la violence ou de la censure pour empêcher le débat. La gauche idéologique a obtenu ce pouvoir immense de définir la légitimité politique, d’édicter les critères démarquant les opinions acceptables des intolérables.

Le totalitarisme en embuscade

Selon l’auteur, l’État multiculturaliste est un État théocratique et «c’est le propre des religions politiques que de conduire au totalitarisme.»

Oui, c’est bien ce qui menace. Aux dogmes est associé le blasphème. Tout citoyen critique de la société multiculturaliste risque de s’entendre dire au mieux qu’il «fait le jeu de l’extrême droite».

«Comme il fallait à l’époque de l’URSS se taire sur ses crimes pour ne pas faire le jeu de la droite (…), il faudrait aujourd’hui se censurer devant les dérèglements de plus en plus graves du régime diversitaire pour ne pas crédibiliser la critique populiste.»

Au lieu de vouloir aménager la cité, réformer ses institutions, la gauche a pour prétention de «créer le monde, ou d’en déconstruire un pour le recréer». Mais l’homme sans culture et sans histoire n’est pas libre. Il est seul, sans repères. Or, «la question anthropologique réintroduit dans la vie politique la part de l’héritage, de la mémoire, de la culture.»

C’est peut-être cette prise de conscience qui s’opère dans les nations européennes avec le rejet croissant de la prétention intrusive de l’islam et de sa culture.

C’est peut-être cette prise de conscience qui produit dans tous les pays un désir de retour à la nation et un refus de l’immigration incontrôlée. La gauche diversitaire, malgré les immenses moyens qu’elle a réussi à s’accaparer, n’a pas encore réussi à faire adhérer l’ensemble des citoyens à sa nouvelle utopie.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mireille Vallette pour Dreuz.info.

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