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Publié par Abbé Alain Arbez le 18 février 2017

Au sein d’une Europe en cours d’islamisation, certains médias, associations, groupements politiques militent pour leur version volontariste du « vivre ensemble », tout en minimisant les racines judéo-chrétiennes de la civilisation occidentale.

Dans l’Eglise, des mots d’ordre répétitifs mettent en avant le « dialogue avec l’islam ». Or un dialogue de vérité nécessite – dans la réciprocité – des conditions de base élémentaires rarement exigées.

Même François d’Assise est appelé à la rescousse : il serait allé à la rencontre du Sultan pour instaurer un dialogue entre christianisme et islam. Si des relations qualitatives peuvent exister entre des chrétiens et des musulmans, il est illusoire de promouvoir un dialogue entre christianisme et islam. Le montage fictif consistant à présenter François d’Assise comme le pionnier du dialogue avec l’islam est donc un leurre !

Certes, historiquement, François d’Assise est réellement allé à la rencontre du Sultan Al Malik al Kamil en 1219, en pleine guerre entre chrétiens et Sarrazins. Il a fait cette démarche courageuse avec beaucoup de foi, mais il l’a indubitablement effectuée à la manière de son temps, et non pas avec les critères de notre époque postmoderne et laïciste. L’idéologie fantasmatique d’un vivre-ensemble relativiste et soumis n’avait pas encore embrumé les esprits.

Voyant les désastres de la dhimmitude gagner partout du terrain, François n’est certainement pas le naïf islamophile auquel on veut à tout prix nous faire croire, à l’ère d’un pseudo dialogue interreligieux focalisé autour des revendications de l’islam.

Ce qui est certain, c’est la détermination de François d’Assise pour tenter de convaincre le Sultan d’abandonner la mainmise islamique sur les lieux saints et de stopper la férocité infligée partout aux chrétiens. Cela concernait les malheureux habitants des régions où vivaient des chrétiens autochtones ou venus d’Occident en renfort (croisés). Car partout les avancées guerrières musulmanes s’accompagnaient de massacres, de pillages et de destructions, causant des dégâts considérables.

François d’Assise étant spirituellement attentif à ceux qui souffrent, il s’est donc lancé dans une tentative risquée de pacification pour stopper les horreurs du conflit islam-occident. En effet, n’oublions pas que les croisades n’avaient dès le départ rien d’une guerre coloniale. Suite à l’occupation violente des terres juives et chrétiennes par les musulmans dès le 7ème siècle, suite à la conquête des lieux saints, et aux enlèvements contre rançons, les armées d’autodéfense (ne s’appelant pas encore « croisades ») répondirent à un besoin tout à fait légitime, même s’il faut déplorer les dérapages sanglants collatéraux qui ont suivi, commis surtout par des aventuriers illuminés et des notables déchus infiltrés dans ces convois hétéroclites.

En prenant cette initiative, François d’Assise sait pertinemment que le tombeau du Christ à Jérusalem a été réduit en poussière par le sultan Al Hakim en 1009, qu’églises et synagogues ont été peu à peu détruites par les musulmans en Terre sainte. Il va donc à la rencontre d’Al Malik al Kamil en sachant que ce ne sera ni pour l’en féliciter, ni pour une gentille discussion autour d’une tasse de thé à la menthe. Le seul récit détaillé que nous possédions sur cet épisode est signé de Saint Bonaventure : un écrit bien postérieur qui se veut surtout une épopée à la gloire de François, aux accents fortement légendaires, avec des embellissements apologétiques évidents. Par exemple, il est écrit qu’à la fin de l’épisode, le sultan veut devenir chrétien, ce qui est trop beau pour être vrai et totalement invraisemblable!

Mais à quelles réalités factuelles correspond cette démarche aventureuse de François auprès du Sultan ? Pourquoi s’ingénie-t-on encore à en faire un exemple de « dialogue islamo-chrétien », au sens moderne… D’abord, même si l’on s’en tient au récit littéral de St Bonaventure, ce ne semble pas être le cas, car, dit-il, François et son compagnon de route s’attendent explicitement à être parmi les musulmans « comme des brebis au milieu des loups » (sic). Il n’est donc pas question de paisibles discussions philosophiques ou de simple partage de connaissances métaphysiques avec les mahométans.

D’ailleurs, à leur arrivée, les deux routards se font « saisir brutalement par les Sarrazins avec haine et cruauté, injurier, rouer de coups ». En réalité, François vient annoncer au chef politico-religieux que la seule vraie voie de salut est celle du Christ, en raison de l’attitude pacifique et respectueuse qu’il demande à ses disciples. François lui annonce même le Dieu unique et trinitaire, c’est-à-dire que le Christ est l’expression vivante de l’amour divin incarné sur terre. Bonaventure insiste dans son récit : François invite le Sultan à se convertir à cette vision-là de l’humain, lui et son peuple, car seul Jésus et son enseignement peuvent sauver du gouffre de l’iniquité et du malheur.

Le récit de Bonaventure ajoute encore un passage où François propose au Sultan de témoigner devant lui de sa sincérité par l’épreuve du feu, mais ce n’est là qu’un ajout inspiré de la Bible, évoquant la période des persécutions par Antiochus Epiphane en Israël, où les croyants au vrai Dieu l’ont emporté sur la dictature païenne (épisode des maccabîm). Le texte précise aussi que finalement, en le laissant partir, le Sultan propose à François des dons pour ses pauvres, mais celui-ci refuse, « parce qu’il ne décèle pas en lui les racines authentiques de la vraie foi ».

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Conclusion : où voit-on, dans cette séquence, la moindre trace de ce que l’on désigne aujourd’hui par « dialogue islamo-chrétien » ? François a-t-il posé une seule question sur l’islam et ses merveilles ? Non. A-t-il manifesté la moindre estime pour cette religion ? Non.

Logique à l’égard de sa foi humaniste, il a certes exprimé du respect devant la personne du sultan, mais à aucun moment il n’a porté d’appréciation positive sur la foi mahométane elle-même. Il était si persuadé que c’était une aventure belliqueuse – aux effets désastreux partout visibles – qu’il lui a ouvertement proposé la voie pacificatrice de la posture évangélique !

Contrairement aux chantres actuels du pseudo « dialogue », François n’attend rien de l’islam, il sait quelles sont les réalités de cette religion en amont et en aval. En bon chrétien, il tient certes à respecter les personnes, mais il n’entretient aucune illusion tendant à faire croire que le coran apporterait quoi que ce soit de nouveau ou de créatif à ceux qui ont en mains la tradition biblique et ses riches expériences humaines. Le coran ne revêt aucun caractère sacré pour les chrétiens, la révélation étant close à la mort du dernier apôtre. Contemporain de François d’Assise, le pape Innocent III déclare : « l’amour du prochain oblige les chrétiens à libérer les milliers de frères et de sœurs livrés à la merci des Sarrazins, écrasés et peinant sous le joug du plus sévère esclavage ! ».

Dans le même esprit, et au-delà des formules de courtoisie, les papes successifs contemporains tiendront eux aussi un langage de vérité en mettant logiquement l’accent sur la paix, le respect mutuel, la promotion des droits de l’homme. Ils rappellent à maintes reprises qu’aucune religion digne de ce nom n’a le droit de massacrer « au nom de Dieu ». C’est à une éthique de respect et de coopération constructive qu’ils appellent les responsables musulmans oppresseurs des croyants de l’alliance dans les territoires régis par les lois de l’islamisation.

Ce qui ne devrait pas empêcher les chrétiens d’offrir, sans prosélytisme, la voie des valeurs judéo-chrétiennes aux adeptes du coran, comme l’a fait courageusement et sans aucune servilité François d’Assise.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez prêtre, pour Dreuz.info.

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