Publié par Sidney Touati le 9 février 2017

Front national : encore un effort pour devenir républicain !

Je me suis rendu en qualité de journaliste de Dreuz à l’invitation d’une organisation juive, la Confédération des Juifs de France et des Amis d’Israël (CJFAI), qui revendique 40 000 adhérents, à une réunion inédite ce mercredi 8 février 2017.

Pour la première fois en effet, officiellement, une importante organisation juive, sinon la plus importante, brise un véritable tabou, et invitait à son petit déjeuner rituel au restaurant Chez Françoise à Paris, cantine des députés de l’Assemblée nationale, et sous les micros et caméras des journalistes, des représentants du Front national : Maître Gilbert Collard, Louis Aliot.

Le but était bien entendu de clarifier leur position face aux Juifs de France et d’Israël. Etaient également présents Nicolas Lesage, directeur de cabinet de Marine Le Pen, Jean-Richard Sulzer, conseiller économique, et Michel Thooris, responsable de l’Union des patriotes français juifs.

L’organisation d’une telle rencontre transgressait le veto des autres organisations juives, notamment la plus connue d’entre elles, le CRIF.

Dans son discours introductif, le président de la CJFAI, monsieur Richard C. Abitbol, s’expliquait sur le sens de sa démarche, laquelle s’inscrit dans une rencontre avec tous les candidats à l’élection présidentielle prochaine. Il prenait acte de l’évolution plutôt positive du Front national, avec notamment l’éviction de son fondateur, Jean-Marie Le Pen.

Le Président n’hésita pas à poser les questions qui fâchent, notamment le fait que des éléments très marqués par leur antisémitisme délirant étaient toujours membres du Front national. (les gens de Rivarol et Frédéric Chatillon, entre autres).

Il invitait le Front national à clarifier ses positions sur les demandes de Bruxelles visant à interdire l’abattage rituel et la pratique de la circoncision, ainsi que sur les relations avec Israël.

  • Gilbert Collard, avec la verve et la passion qu’on lui connaît a fait un vibrant plaidoyer en faveur de la reconnaissance pleine et entière du rôle des Juifs dans la construction de l’identité française. Pour lui, leur place dans la nation est essentielle et il ne peut concevoir leur éviction. La civilisation française, martèle-t-il avec une profonde conviction, a des racines judéo-chrétiennes qu’il serait criminel de nier.Il fit part de ses vives inquiétudes sur la tendance à vouloir déconnecter la France de son histoire, de ses riches traditions judéo-chrétiennes. Il ne veut pas, dit-il, que ce grand et glorieux passé de la France devienne une ombre. Il nota qu’il comprenait l’importance de la circoncision pour les Juifs, et qu’il avait failli lui-même être circoncis accidentellement lors d’un séjour en Israël.
  • Monsieur Aliot évoqua son origine juive par son grand-père d’Algérie, et rappela avec humour que les gens de la droite extrême dont le président dénonçait la présence au sein du Front national le surnommaient « le sépharade » ou le « juif ».Il précisa que le problème de l’abattage rituel mettait en jeu des questions importantes liées à la prise en compte d’un vaste mouvement international concernant la souffrance de l’animal, et qu’il était lié à la question de l’endormissement. Il fit part de la volonté du Front national, dans un souci de transparence, de rendre obligatoire l’étiquetage du mode d’abattage.

Pour ce qui est des relations avec Israël, il précisa qu’il traitait Israël comme n’importe quel pays ami, telle l’Espagne par exemple, mais qu’il privilégiait d’abord les intérêts de la France.

Les deux intervenants validèrent le fait que le port de la Kippa n’était pas un élément essentiel et qu’il pouvait être remplacé par le port d’une casquette ou d’un chapeau.

Le président donna ensuite la parole aux participants et notamment aux journalistes présents dans la salle.

  • Sur l’interdiction du port de la kippa et de la Burqa ou voile islamique intégrale :

Comparer la kippa et la Burka, n’est-ce pas faire une confusion entre un signe « politico-religieux  » (la burqa) et un symbole religieux, la kippa ? Interdire cette dernière dans l’espace public, n’est-ce pas supprimer la présence du signe juif et aller ainsi dans le sens des revendications de l’islam politique qui veut imposer les seuls signes (vestimentaires et autres) d’appartenance à l’Islam dans l’espace public ?

Il n’a pas été répondu à cette question.

  • Sur les relations avec l’Iran :


L’Iran est un grand pays et le Front national entend maintenir des liens avec lui. Pas de condamnation de l’Iran pour les propos négationnistes ou la volonté de ses dirigeants de détruire Israël.

  • Sur la sortie de l’Euro :


L’économiste du Front national a dit qu’il entendait revenir à l’ECU et conserver le Franc, procéder à une dévaluation compétitive. Réponse trop rapide pour être réellement comprise.

  • Sur le rôle de l’Etat et la politique sociale de « gauche » du Front national :


Monsieur Aliot a précisé qu’il entendait renouer avec un certain dirigisme étatique (par l’intermédiaire d’une sorte de planification) pour favoriser le passage d’une économie mondialisée à une économie centrée sur les intérêts nationaux. Pas de remarque sur l’emprise des bureaucraties sur l’économie interne qui étouffe littéralement sous le carcan d’une réglementation proliférante, les TPE et les PME.

  • Sur la retraite à 60 ans :


Monsieur Aliot a précisé que l’on avait déformé les propositions du FN. Oui à la retraite à 60 ans mais pour avoir droit à une retraite pleine il faut justifier de 40 années de cotisations. A défaut, si départ à 60 ans, retraite proportionnelle possible.

  • Sur les 35 heures :

 

Pas question de demander aux salariés de travailler 39h et d’être payés sur la base de 35h. Le FN ne se pose pas la question : et si on demandait aux salariés leurs avis sur la question ?

  • Sur les voyages des élus du Front en Israël :

 

Les délégations du FN qui ont fait le voyage en Israël sont dans une sorte de semi-clandestinité. Le FN est demandeur d’une réception officielle. Le rejet de leur demande est imputable, selon lui, aux pressions exercées par la gauche française.

Le Front national ne devrait-il pas prendre une position claire sur la reconnaissance d’Israël comme Etat juif et sur la reconnaissance de Jérusalem comme capitale ?

Quelques personnes dans la salle sont intervenues pour dire qu’elles étaient juives et qu’elles votaient Front national.

Un intervenant a demandé : qu’est-ce qui nous prouve que les propositions du Front national seront respectées une fois celui-ci au pouvoir, notamment pour ce qui est des relations avec les Juifs et les musulmans, ces derniers étant d’un poids électoral et économique sans commune mesure avec celui des Juifs, ne reprendraient-ils pas une place privilégiée ?

Maître Collard a vivement combattu cette thèse précisant qu’à l’instar du Président Trump, le Front national fera ce qu’il a dit et promis, s’il était porté au pouvoir.

Que ferez-vous du Quai d’Orsay a demandé un participant ?

Conclusion :

Alors ? Le Front national un parti comme un autre ?

Un parti que les Juifs peuvent rencontrer sans complexe ?

Doit-on poursuivre dans la culture de la méfiance ? De la mise à l’index prônée par tous les grands partis politiques ? Ne pas tenir compte des éléments douteux qui encombrent encore ce parti ?

Cette réunion, au demeurant intéressante, fut trop brève pour que ces questions soient analysées en profondeur.

Peut-on, après cette rencontre « historique » affirmer que la politique de dédiabolisation du FN est en marche ? Est-elle souhaitable ? Est-elle nécessaire dès lors que le Front national représente le quart de l’électorat ?

« Contre Marine Le Pen, rien à dire » avait déclaré le président du CRIF… Alors ? Cette dernière est-elle parvenue à sortir son parti du « ghetto » ? A faire taire les craintes et les doutes ?

Il est encore trop tôt pour répondre à ces questions.

Il est intéressant de constater que les demandes réitérées de dialogue avec les juifs de la part de la présidente du Front national montrent que la clé d’une dédiabolisation du Front national passe par la reconnaissance pleine et entière de ce parti par les membres de la communauté juive de France et d’Israël.

La question est posée. A nous d’y réfléchir. A chacun, en son âme et conscience, de se prononcer sur cette question.

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Une seule certitude : il n’est plus possible de fuir. Il faut lucidement faire face à ce problème clé où se jouent et l’avenir du pays et notre place en son sein. Elle est indissociable de la question : les juifs ont-ils encore un avenir en France et en Europe ?

Ultime question de fond : Le Front national est-il à même de garantir la sécurité des personnes et des biens juifs quand tous les autres partis ont plus ou moins échoué à le faire ? Quand tous ont cédé et cèdent aux sirènes de l’Islam politique ? Quand tous nous demandent de nous cacher ?

Quand le signe juif est interdit dans l’espace public, que cette interdiction est validée par tous, n’est-ce pas le prélude à l’interdiction pure et simple de la présence juive en France ?

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des juifs, disait Sartre.

Ce sont les non-juifs attachés à l’idéal républicain et à la civilisation française qui doivent se saisir de cette question. Or, que constatons-nous ? Le clan républicain est rongé par des contradictions insolubles… comme paralysé face au triomphe à peine voilé de l’islam politique qui marque chaque jour de nouveaux points en s’emparant de la quasi-totalité de la représentation des musulmans de France.

Quant au Front national, même si son évolution vers la normalité républicaine est indéniable, son discours est brouillé par la présence en son sein d’éléments douteux, voire ouvertement antisémites.

Il y a encore, note le journaliste du journal Le Monde, Olivier Faye, « des gens peu fréquentables au FN. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

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