Publié par Sidney Touati le 2 février 2017

Il a fallu des siècles pour remplacer la vendetta et les crimes politiques de toutes sortes, par une justice digne de ce nom qui garantisse à chacun, quel que soit son rang, le respect de ses droits fondamentaux.

Nous assistons en France à un curieux phénomène qui vient fausser le jeu démocratique au moment où le peuple est appelé à choisir son représentant. Il s’agit du lynchage politique par médias interposés.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, cette pratique qui consistait à « donner aux chiens » un homme politique, était l’apanage des milieux d’extrême droite qui, il est important de le noter, en faisant usage de tels procédés, étaient cohérents avec eux-mêmes. Ne rejetaient-ils pas avec véhémence la « gueuse » c’est-à-dire le système parlementaire et la démocratie ?

On se souvient de la terrible campagne de presse menée par les milieux bellicistes contre Joseph Caillaux qui était avec Jaurès, un farouche opposant à la guerre ; on se souvient de la non moins terrible campagne menée par les milieux d’extrême droite et ceux de la collaboration contre Jean Zay, ancien ministre du Front populaire, qui aboutira à sa condamnation et à son assassinat… celle menée contre Léon Blum, contre Georges Mendel, contre Pierre Mendès-France, contre Valéry Giscard d’Estaing, contre Pierre Bérégovoy et aujourd’hui, contre François Fillon…

Il est troublant et triste de constater que la gauche politique est devenue l’héritière des mœurs de l’ancienne extrême droite. Le Canard enchaîné, Mediapart, sont les officines patentées par lesquelles les accusés sont traduits sur la scène médiatique. Sous le parrainage de ces censeurs insoupçonnables, mus c’est bien connu, par l’unique souci de dire la vérité, le lynchage peut se donner libre-court.

Peut-on ignorer que les informations divulguées dans un contexte de tension politique prennent immédiatement un relief particulier dont l’effet dévastateur est bien souvent irréparable ?

Peut-on ignorer, en jetant sans prendre la moindre précaution des informations partielles, qu’on rassemble en un même acte révélation-accusation-condamnation-élimination ? Qu’on est à la fois juge et partie ?

Peut-on ignorer qu’il suffit de trouver les mots ou les chiffres qui font mouche pour obtenir le résultat escompté : l’exécution de l’accusé ? Que devant ce « tribunal des médias » où tout se joue dans l’instant, aucune défense n’est réellement possible ? Qu’être nommé c’est être sali et donc ipso facto condamné ?

Que peut faire le cerf face à la meute sinon subir la curée ?

Informer-calomnier ? La frontière entre ces deux démarches est floue ; sans une rigoureuse éthique, elle est vite franchie.

Le lynchage médiatique est certes un drame pour celui qui en est directement la cible, mais c’est aussi un crime commis et contre la démocratie et contre la justice que l’on instrumentalise à des fins de basse cuisine.

Il occulte le débat d’idées au profit d’attaques personnelles.

Une telle pratique devrait être interdite et sévèrement prohibée en période électorale, car elle est l’expression d’un immense mépris du peuple dont elle veut orienter les choix sur la base d’accusations sommaires, partielles, non respectueuses du principe du contradictoire sans le respect duquel aucune justice n’existe.

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Les mœurs politiques d’aujourd’hui ressemblent à celles des sinistres années 30. Mais il faut prendre garde. Les mêmes causes engendrent les mêmes effets. Les campagnes de dénigrement permettent d’éviter le débat d’idées et alimentent le terrible « tous pourri ». Pour éliminer un rival, c’est finalement le corps politique tout entier que l’on finit par discréditer.

Combien furent éliminés par ce genre de procédé ? Combien de personnalités de qualité qui n’entreront jamais en politique pour ne pas tomber dans ce « panier de crabes » et subir cette mise à mort programmée ? Combien d’électeurs qui se détournent écœurés d’une arène politique qui ne respecte plus aucune règle si ce n’est celle du plus fort qui est par définition, du non-droit.

Encore une fois, en ces temps troublés, notre pays illustre la terrible sentence de Saint-Just : « La plupart des arts ont enfanté des chefs d’œuvres. L’art de la politique n’a engendré que des monstres. »

Nul doute possible : au regard du lamentable spectacle qui nous est offert, les « monstres » sont aux manettes.

A quand le coup de torchon ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Sidney Touati pour Dreuz.info.

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