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Publié par Guy Millière le 12 mars 2017

Des articles ayant été publiés récemment disant que la sortie de l’euro serait, pour la France, un désastre, et l’un de ces articles ayant été publié ici même, je pense utile de procéder à une mise au point, et de dire : non, la sortie de l’euro ne serait, pour la France, pas un désastre du tout.

Ce qui est un désastre pour le moment, c’est l’euro. Et pas seulement pour la France.

Initialement, l’euro, monnaie unique, était conçu comme devant être partie intégrante d’une Europe unifiée disposant d’un gouvernement économique commun, d’une fiscalité commune, de règles de droit communes. Cette Europe là n’a jamais vu le jour.

Elle ne verra jamais le jour, et il y a à cela une raison fondamentale.

Les peuples européens ne constituent pas un seul peuple. Ils ont des cultures différentes. Ils ont des rapports au politique, à l’économie, à la fiscalité et au droit différents.

La volonté d’imposer un même modèle, de force, à tous les pays d’Europe a existé. Elle a échoué. Elle ne pouvait qu’échouer.

Imposer une vision colbertiste, étatiste et dirigiste de l’économie (vision française) à l’Allemagne ou à d’autres pays, tels ceux d’Europe du Nord, était impensable. Imposer une fiscalité et un droit tels ceux existant en Europe du Nord à l’Europe du Sud et à la France ne pouvait fonctionner non plus. Cela n’a pas même effectivement été tenté.

Même si cela avait été effectivement tenté, d’autres facteurs auraient fait obstacle. Les rapports au travail, à la productivité, et à la vie quotidienne ne seront jamais identiques, disons, en Grèce et en Allemagne, ou en Finlande et en France. Compenser ces facteurs en disant aux Allemands ou aux Finlandais qu’ils doivent payer pour les Italiens, les Grecs ou les Français est inenvisageable : les Allemands ou les Finlandais ne sont pas des Italiens, des Grecs ou des Français, c’est une évidence, et quand il a été demandé aux Allemands de payer pour les Grecs, les Allemands ont fait savoir leur réticence.

Avant l’euro, des variables d’ajustement existaient : taux d’intérêts, et taux de change. La monnaie d’un pays tel que la Grèce ou la France pouvait se trouver dévaluée, celle d’un pays comme l’Allemagne ou la Finlande réévaluée. Avec l’euro, ces variables d’ajustement n’existent plus.

L’ajustement se fait autrement : par déficits commerciaux et déficits de la balance des paiements, par chômage et destruction d’entreprise dans les pays moins productifs et moins bien disant fiscalement.

La France n’est pas le pays le plus sinistré de la zone euro, mais elle est sinistrée parce que moins productive que l’Allemagne, la Finlande, quelques autres pays d’Europe, et moins bien disante fiscalement, entre autres, que l’Allemagne. Chômage et pauvreté ont nettement augmenté sous Sarkozy et sous Hollande (il y a huit millions de pauvres en France aujourd’hui, et près de cinq millions de chômeurs en chiffres réels).

Baisser impôts, taxes, charges en France autant qu’il le faudrait pour remédier à la situation susciterait une révolution et aucun dirigeant politique ne le proposera.

Il faudrait, de surcroît, pour vraiment remédier à la situation, diviser par deux, au minimum, le nombre de fonctionnaires, abolir l’essentiel du droit du travail, et ce serait encore sans doute insuffisant. Il faudrait endetter le pays bien davantage pendant plusieurs années avant que viennent des résultats qui ne viendraient sans doute pas, car des émeutes auraient lieu un peu partout.

Ce serait donc un désastre seulement pour les eurocrates

Sortir de l’euro conduirait à une nette dévaluation de la monnaie française par rapport au mark et au dollar, entre autres. Cela impliquerait un contrôle des changes temporaire, car une fuite de capitaux surviendrait qui pourrait accentuer la dévaluation. Les produits importés coûteraient plus cher. Les exportations, elles, pourraient redevenir compétitives, les entreprises travaillant pour l’exportation aussi. La dette du pays s’accroîtrait d’un seul coup, et les prêteurs internationaux demanderaient des garanties avant de prêter encore, et un gouvernement devrait donner ses garanties en donnant l’assurance de prendre des décisions pertinentes. Taux d’intérêts et taux de change redeviendraient des variables d’ajustement. Chômage et pauvreté pourraient diminuer, si la sortie de l’euro était bien gérée.

Sortir de l’euro ne serait pas un désastre pour la France, non : si la sortie de l’euro est bien gérée.

Ce ne serait pas un désastre pour les autres pays d’Europe.

Cela créerait une situation plus difficile pour des pays comme l’Allemagne ou la Finlande, dont la monnaie serait réévaluée, mais une situation potentiellement meilleure pour l’Espagne ou l’Italie.

Cela signifierait sans doute la fin de l’euro et celle de l’Union Européenne telle qu’elle est, et ce serait donc un désastre seulement pour les eurocrates.

Ayant toujours considéré l’Union Européenne comme une monstruosité technocratique, cela ne me semblerait pas un problème. J’ai contribué, au temps de Margaret Thatcher, à disséminer le discours qu’elle a prononcé à Bruges il y a une trentaine d’années, qui proposait une Europe des nations.

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Des trois candidats à l’élection présidentielle qui ont une chance de l’emporter, deux, Emmanuel Macron et François Fillon, sont pour le maintien de la France dans l’euro et pour l’Union Européenne et sont donc des eurocrates. Les mesures économiques proposées par Emmanuel Macron sont, en ce cadre, un simple rafistolage, et ne sont pas du tout à même de faire baisser le chômage et de rendre la France à nouveau compétitive (et je laisse de côté d’autres facteurs, tels l’islamisation du pays, qui feraient de l’élection d’Emmanuel Macron une abomination) : Macron sauverait l’Euro et l’UE pour quelque temps, mais ne sauverait pas du tout la France. Les mesures économiques proposées par François Fillon sont aussi un rafistolage, et ne sont pas elles non plus à même de faire baisser le chômage et de rendre la France à nouveau compétitive : tout juste permettraient-elles de freiner le déclin en cours en donnant une brève bouffée d’oxygène à l’économie par une légère baisse des charges et des impôts et par une infime déréglementation.

Un seul candidat propose une éventuelle sortie de l’euro, Marine Le Pen. Ce n’est pas sur ce point qu’il me semble impératif de critiquer son programme.

Bien plus délétères me semblent ses propositions protectionnistes et colbertistes parlant d’ »Etat stratège », et sa volonté de coupler l’éventuelle sortie de l’euro avec un maintien de diverses pesanteurs et rigidités françaises.

Marine Le Pen est la seule à poser directement et clairement le problème de l’islamisation et du terrorisme, ce qui est un atout pour elle, mais ne change rien aux réserves que peut susciter son programme économique. Ses positions sur l’OTAN, la Russie, l’Iran sont très ambiguës et suscitent mes réserves.

Si Macron est libéral, c’est que je suis bonne soeur dans un couvent du Massif Central

La décrire comme d’ »extrême droite », cela dit, me paraît relever de l’abus de langage, et la décrire comme porteuse d’apocalypse économique est grotesque. Elle est nationaliste, étatiste, chevènementiste, teintée de gaullisme.

Agiter à son propos le spectre de l’antisémitisme me paraît aussi relever de l’abus de langage : il y a des antisémites au Front National. Il y en a chez ceux qui rallient Macron et chez certains de ceux qui soutiennent Fillon, et l’antisémitisme qui agresse et tue en France aujourd’hui est islamique.

Décrire Emmanuel Macron et François Fillon comme des libéraux relève aussi de l’abus de langage.

Il n’y a pas un seul candidat libéral dans cette élection. Et si Macron est libéral, c’est que je suis bonne soeur dans un couvent du Massif Central. Alain Madelin, pour qui j’ai estime et amitié, trouve du libéralisme chez Macron : il y en a, effectivement, à dose homéopathique, mais le mal français résiste à l’homéopathie, d’autant plus qu’il est aggravé par un mal européen.

Emmanuel Macron a toutes les chances d’être élu. La France a toutes les chances de continuer à décliner. Si Fillon remonte et passe devant Macron, et est élu, la France continuera à décliner aussi.

Le désastre qu’est l’euro, lui, va continuer à être un désastre. La question qui se pose est : l’euro explosera-t-il avant d’avoir provoqué bien plus de ravages ou les ravages se poursuivront-ils indéfiniment ?

J’aurais tendance à penser que les ravages se poursuivront indéfiniment.

Comme le dit la vieille plaisanterie : quelle est la différence entre un train qui déraille et une autocratie technocratique ? Elle est que lorsque le train déraille, lui, il s’arrête.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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