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Publié par Mireille Vallette le 1 juin 2017
L’équipe des collaborateurs, à droite le directeur Hansjörg Schmid

Le Centre islam de Fribourg étend son influence avec un succès fulgurant sur la sphère islamique et sur la société profane. En mêlant allègrement science, prosélytisme et croyance.

Pour éviter de s’égarer, voyons d’abord comment le Centre suisse islam et société (CSIS), contre lequel j’avais déjà mis en garde ici et ici, se présente:

«Son objectif est d’apporter, au travers de ses activités, une contribution au vivre-ensemble dans notre société plurielle, en soulevant les questions centrales de l’auto-interprétation religieuse des musulmans et en développant des solutions pour répondre aux défis sociétaux. D’une part, le CSIS encourage l’articulation scientifique de l’islam dans la société suisse. D’autre part, tenant compte des savoirs islamiques, il favorise la discussion académique d’une perspective musulmane sur les questions sociétales.»

Cette éclairante entrée en matière étant faite, voyons comment elle s’illustre dans le rapport annuel 2016 du centre. Il témoigne d’une activité débordante qui enthousiasme médias et autorités, et attire de plus en plus d’imams et d’acteurs des associations islamiques (qui gèrent les mosquées et leurs diverses activités). Le CSIS possède deux atouts maîtres pour séduire ces derniers: l’assurance d’un financement croissant de leurs activités par le contribuable, et une maîtrise parfaite du discours qu’apprécient médias et autorités, une maîtrise de la communication que les prosélytes de l’islam désirent tous ardemment posséder.

Les experts du CSIS ont commencé des coopérations avec les universités et les Hautes écoles, noué des liens avec tous les organismes qui s’occupent d’islam en Suisse, organisé des cours, conférences et colloques. Et proposé des ateliers de formation continue «de Lugano à Bâle et de Genève à Saint-Gall». Quelque 450 participants ont goûté à ces prestations gratuitement offertes aux musulmans (ce n’est pas précisé, mais c’était une demande du centre auquel les autorités ne peuvent rien refuser).

Les ateliers traitent notamment des «associations comme acteurs sociaux», de la sexualité et de la santé, de la prévention de la radicalisation (qui ne concerne bien entendu pas seulement l’islam), des jeunes. Et un thème récurrent: les aumôneries dans les hôpitaux et les prisons… qui représentent un bassin d’emplois très prometteur. Surtout qu’il va s’étendre: le CSIS évalue un projet-pilote d’aumônerie musulmane dans les centres fédéraux pour requérants d’asile. Il examinera la possibilité d’introduire cette aumônerie «à grande échelle». Soit une mine d’or pour le futur si l’on pense à tous les foyers susceptibles d’utiliser ces services, puisque les musulmans y logent en grand nombre et que les flux issus de sociétés déliquescentes, à la démographie insensée et aux conflits religieux millénaires ne sont pas près de tarir.

Injecte-t-on autant d’argent pour expliquer les attraits laïques de notre société? Le réfugié marocain Kacem Ghazzali qui a fait le parcours de l’intégration à Zurich n’en a rien vu.

Le contribuable finance sa propre islamisation

Le CSIS étend son pouvoir sur les 250 à 300 centres islamiques de Suisse, qu’ils soient wahhabites, turcs ou albanais, de même que sur la formation des professionnels en contact avec les musulmans: policiers, travailleurs sociaux, soignants, enseignants, personnel des prisons, collaborateurs des services de population et d’intégration, etc. Tous apprennent les bienfaits de l’islam sauce CSIS. Et les musulmans qui y participent s’initient aux moyens d’ouvrir des espaces religieux dans les domaines où travaillent tous ces publics.

L’on ne demande pas au contribuable s’il est d’accord de financer ces prosélytes afin qu’ils deviennent les rois de la communication tout en s’abstenant soigneusement de dire ce qu’ils enseignent de ces versets et hadiths qui indignent et inquiètent tant d’entre nous. La lutte contre l’islamophobie fait partie du kit proposé, mais pas, bien sûr, les raisons légitimes de cette hostilité. Le prosélytisme par le foulard et la dissimulation du corps est partout.

Esma Isis, diplômée et doctorante en «sciences islamiques» et collaboratrice du centre, illustre parfaitement que le fait de porter le foulard islamique va bien au-delà d’un simple signe d’identité religieuse. Elle témoigne aussi de son impossibilité d’être croyante et de faire preuve d’objectivité. Selon elle, par exemple, on ne trouve nulle part dans le Coran, une discrimination ou une hiérarchie entre les sexes! Il s’agirait là de normes et de valeurs culturelles.

Minona, dans son site Brisons le Mythe, donne une liste des versets sexistes du Coran, de même que les  nombreuses paroles de Mahomet  qui les renforcent. Ils montrent l’inanité de cette obsession de musulmans modernistes non pas de rejeter ce que le Coran contient d’inacceptable, mais de lui faire dire ce qu’il ne dit pas et qu’ils aimeraient tant qu’il dise! On imagine qu’Esma Isis ne trouve pas non plus dans sa vision du Coran le moindre verset qui condamne au feu éternel tous les non-musulmans.

Notre croyante peut donc imprégner de sa vision des musulmanes un forum d’entrepreneurs, une paroisse réformée, ou introduire l’islam à des élève d’un cycle bernois. Et faire en sorte que son public se demande pourquoi il avait tant de préjugés à l’endroit de cette religion si méconnue.

Par ailleurs, les chrétiens sont très utiles à ces activistes pour laisser croire qu’islam et christianisme, c’est du pareil au même. Quelques thèmes de l’année glanés ici ou là:

«Pour ou contre la croix dans les écoles? Pour ou contre la burqa?» «Quel rôle la religion doit-elle jouer dans l’espace public? «Critique, contradiction, blasphème: questions au christianisme et à l’islam»…

Islamisation du radicalisme ?

Entre la thèse de Gilles Kepel et celle d’Olivier Roy, le CSIS a choisi: Roy soutient que la radicalité des candidats au djihad préexiste à l’islam, c’est «l’islamisation de la radicalité». Une analyse qui exonère cette religion de sa violence intrinsèque. Roy a été l’un des invités du CSIS en 2016.

Gilles Kepel défend la thèse inverse: il faut partir de l’islam, de l’hégémonie du discours salafiste pour comprendre les terroristes. Pour lui, le terme «radicalisation» comme celui d’«islamophobie» empêchent de mener le débat sur cette religion dont il rappelle par ailleurs que depuis le Xe siècle chez les sunnites, «la porte de l’interprétation du Coran est fermée, et les salafistes s’en emparent pour tenter d’imposer leur interprétation aux autres musulmans.» Kepel ne connait pas encore le CSIS qui à lui tout seul a secrètement rouvert la porte de l’interprétation du livre saint et essaie subrepticement d’en faire passer le seuil à son public.

Les bâtisseurs de pont ont besoin de passeurs

Selon le centre, les imams sont des «bâtisseurs de ponts», des médiateurs, des passeurs culturels. Il reste cependant à ces religieux quelques passerelles à franchir. Presque tous ont appris l’islam orthodoxe et ne parlent pas une des langues du pays. Les bâtisseurs de ponts ont donc un fort besoin d’intégration. Voilà encore une lourde tâche dont se charge le CSIS qui par ailleurs ne verrait pas d’un mauvais œil qu’on lui confie une formation d’imams.

Le centre est un institut interfacultaire: théologie, droit et lettres, dédié «à la formation de la relève scientifique et à la formation continue dans le domaine islam et société». Les doctorants sont des croyants musulmans. Ils acquièrent «des connaissances dans le canon classique des disciplines scientifiques islamiques». Ce doux mélange de croyances et de science est permanent. Et vu qu’il y a partout des néophytes à éclairer et des musulmans à intégrer, former, rendre conscients de leurs capacités, le savoir de ces experts prosélytes sera très apprécié. Pour eux, l’avenir professionnel est radieux. Le programme souligne ces opportunités.

Commentaire

Les dirigeants du CSIS ont une approche plutôt novatrice l’islam. De quoi donc nous plaignons-nous? A vrai dire de pas mal de choses.

De ce centre «interfacultaire» de niveau universitaire, on attendrait quelques recherches réellement scientifiques: sur la nature de l’islam, la fabrication du Coran, la production de ses hadiths, l’empire croissant de la littéralité des textes dans le monde musulman et en Europe et ses dramatiques conséquences, la fidélité des exégètes depuis un millénaire à cet islam fossilisé et intolérant.

La présentation du centre citée en tête de cet article montre à quel point ses responsables entretiennent la confusion entre sciences et religion. Dans un premier article, le directeur Hansjörg Schmid m’expliquait la signification de l’expression «sciences islamiques»: «Il s’agit de l’exégèse du Coran, des Hadiths, du droit islamique, de la mystique et de la théologie systématique, donc une pluralité de disciplines, comme dans les théologies chrétiennes.» Soit aucun fondement scientifique. Et, si l’on passe le récit musulman au filtre de l’histoire, de l’archéologie, de l’épigraphie ou de la linguistique, il ne reste pas grand-chose de ces «sciences».

Autre étrange expression: «l’auto-interprétation scientifique islamique». «C’est l’idée de la modernité, me précisait le directeur,  de la réflexion critique que des penseurs musulmans pourront mener dans notre centre.» Je maintiens ma remarque à ce propos : «Alors que les Occidentaux réfléchissent, critiquent et interprètent, les musulmans évolués «autoréfléchissent» et «autointerprètent»… Pour ne pas donner l’impression qu’ils remettent en cause l’orthodoxie de leur religion?»

Selon la vision du centre, la Suisse doit engager des moyens financiers extraordinairement élevés pour renforcer une religion déjà en pleine phase de conquête et d’occupation de l’espace public, et pour rendre plus efficaces ses zélateurs.

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Les chrétiens (auxquels on n’a jamais appris gratuitement à mieux communiquer et à rendre leurs actions plus efficaces) se laissent instrumentaliser dans cette opération-suicide avec une complaisance qui laisse pantois.

Le CSIS, qui veut amadouer ses cibles, fait comme si les centres islamiques étaient préservés du radicalisme et du littéralisme, alors que les deux y sont présents en force (cf. mon livre, « Le radicalisme dans les mosquées suisses »). Ils le sont aussi dans son «Conseil consultatif».

Le CSIS détruit doucement mais sûrement le caractère séculier de notre société. Sous couvert d’intégration, il forme des travailleurs sociaux «musulmans», des animatrices «musulmanes», des éducateurs «musulmans», des chercheurs «musulmans». Nous souhaitons nous, dans tous les domaines, des professionnels profanes, comme c’était le cas jusqu’à l’arrivée de cette immigration. Et ne pas verser un kopek pour rendre plus efficace le bourrage de crâne que pratiquent les mosquées et en partie le CSIS lui-même.

L’implicite de ce vaste dispositif que met en place le centre, c’est que contrairement à ce que pourraient laisser penser les atrocités et les sociétés liberticides qu’il produit, l’islam n’est que peace and love. Nous sommes en pleine ère de l’imposture.

Le pire, c’est que toutes les autorités étant entraînées dans ce mouvement, on ne peut compter sur personne pour surveiller les activités de ce centre. Jusqu’à maintenant, pas le moindre contre-pouvoir, pas de vision contraire, pas d’examen critique. La Suisse s’islamise discrètement, dans l’enthousiasme des politiques et l’ignorance des populations.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mireille Vallette pour Dreuz.info.

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