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Publié par Magali Marc le 6 juin 2017

Héros médiatique de la grève étudiante québécoise de 2012, ( les fameux Carrés Rouges), Gabriel Nadeau-Dubois est devenu le 29 mai, député du parti Québec solidaire (QS) pour la circonscription électorale provinciale de Gouin (à Montréal) lors d’une élection partielle.

La grève étudiante, connue sous le nom de «Printemps érable» était une grève étudiante générale, organisée dans certains établissements d’enseignement supérieur québécois, qui a duré de février à septembre 2012.

Cette longue grève étudiante, se voulait une contestation de l’augmentation projetée des droits de scolarité universitaires dans le budget provincial 2012-2013 du gouvernement du Parti libéral de Jean Charest.

L’emblème des étudiants contestataires devint le «carré rouge» épinglé sur la poitrine, d’où l’appellation de «Carrés Rouges» pour ces étudiants «grévistes».

Invité tous les jours en studio aux heures de grande écoute par Radio Canada, Gabriel Nadeau-Dubois, âgé à l’époque de 22 ans, fût consacré leader et principale figure médiatique du mouvement étudiant opposé à la hausse des frais de scolarité, la CLASSE (Coalition Large de l’Association pour une Solidarité syndicale Étudiante).

Radio Canada en a littéralement fait une vedette. D’autres chaînes télévisées ont suivi. Or les journalistes de Radio Canada (et de nombreux autres médias) sont membres d’un syndicat affilié à la même centrale syndicale, la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN).

J’ai su plus tard (par un syndicaliste de ma connaissance) que la CSN avait formé pendant un an des leaders étudiants qui devaient être les meneurs de cette révolte étudiante «spontanée». Gabriel Nadeau-Dubois faisait partie du groupe.

Le financement et la manipulation par la CSN ayant fait son œuvre, les assemblées générales de la CLASSE étaient dûment noyautées et fonctionnaient par soi-disant «démocratie directe» (vote à main levée). En fait, plusieurs étudiants qui n’étaient pas des suiveurs ont dû faire face à des tactiques d’intimidation.

Dans le but d’éliminer du vote ceux qui ne souhaitaient pas faire la «grève» (c’est à dire s’absenter de leurs cours), les meneurs tenaient des assemblées interminables afin d’exclure sans avoir l’air d’y toucher ceux qui venaient pour s’opposer aux votes de grève.

La CLASSE n’avait pas de leader, mais deux «porte-parole» égaux, Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds lesquels organisaient des manifestations qui se voulaient pacifiques mais qui finirent pas dégénérer quand des casseurs et des anarchistes se mirent à infiltrer le mouvement.

Les policiers durent intervenir et les gauchistes dans les médias accusèrent la police de violenter les pauvres étudiants pacifiques.

À l’époque, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp et le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, ont reproché à Nadeau-Dubois son incapacité « à lancer un appel au calme ou à condamner la violence de façon claire».

Le gouvernement Charest adopta en mai 2012, la Loi 78 qui restreignait le droit de manifester en plus de prévoir de fortes amendes pour ceux qui entraveraient le droit des étudiants d’assister à leurs cours. Elle exigeait aussi que les organisateurs d’une manifestation d’au moins 50 personnes dans un lieu public fournissent leur itinéraire à la police au moins huit heures à l’avance. La loi prévoyait également la suspension de la session dans les cégeps et les universités dont les étudiants étaient toujours en grève.

La ministre de l’Éducation, Line Beauchamp démissionna en mai, en grande partie à cause de la crise causée par les manifestations quotidiennes.

Dès juillet 2012, le gouvernement Charest annonça la tenue d’élections générales alors qui lui restaient encore 15 mois avant la fin de son mandat, en décembre 2013.

Les élections eurent lieu le 4 septembre 2012. Le Parti Québécois (PQ) de Pauline Marois fût élu mais il était minoritaire (31,95% des votes exprimés contre 31,2% pour les Libéraux sortants de Jean Charest). Pour la première fois de son histoire, le Québec avait élu une femme Première ministre.

Réalisant sa promesse électorale aux étudiants qu’elle avait appuyés, Mme Marois annula la hausse des frais de scolarité et abrogea par décret certaines dispositions de la loi spéciale 78 que le gouvernement Charest avait adoptée pour limiter les manifestations dont la population s’était lassée.

C’était donc une victoire pour les Carrés Rouges et leurs alliés syndicaux.

Mme Marois mit sur pied en 2013, une Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012, la Commission Ménard qui déposa son rapport en mai 2014.

À en juger par la réaction de Lysiane Gagnon dans sa chronique du 20 mai 2014 (journal La Presse), le Rapport Ménard ne faisait pas preuve d’une très grande objectivité!

Selon Mme Gagnon (que personne ne peut accuser d’être à droite) :

«L’aspect le plus ahurissant de ce rapport est de passer complètement sous silence l’instrumentalisation que l’opposition officielle a faite de la fronde étudiante. Pas un mot sur le PQ! Gommée, aussi, l’ampleur du soutien des centrales syndicales à la contestation.

Nul n’ignore, pourtant, que l’appui militant du PQ et des centrales à la fronde étudiante a été l’élément qui a fait dégénérer et perdurer le conflit, et transformé une contestation initialement basée sur des revendications corporatistes en une vaste opération politique dont l’objectif était de démolir la crédibilité du gouvernement. Les commissaires parlent sans cesse de “manifestations pacifiques”, comme si les casseurs qui les parasitaient formaient un petit groupe à part, aisément identifiable, qu’on aurait pu facilement encercler pour préserver le droit des autres à manifester. Les commissaires n’ont-ils jamais entendu parler de la méthode classique de l’infiltration? Comment des policiers exténués et débordés pouvaient-ils distinguer, dans le feu de l’action, un dangereux casseur d’un militant surexcité, alors qu’ils se confondaient dans la même foule?»

Comme on pouvait s’y attendre, les policiers dénoncèrent le Rapport Ménard :

«Les commissaires semblent avoir écrit “avec des lunettes roses” une partie de leurs recommandations, notamment celles concernant les méthodes policières de contrôle de foule (…) On a eu des manifestations très violentes, 70 policiers ont été blessés, dont certains plus gravement que d’autres. (…) On faisait face à des manifestations infiltrées par des groupes anarchistes dont le seul objectif était de faire de la casse. Si la commission avait fait son travail avec impartialité (…) elle aurait pu “aller au fond des choses” et arriver au constat que les manifestations ont été détournées de leur cause initiale. Pourquoi le climat social était aussi tendu ? Qui a tenté de tirer profit de cette impatience ? Qui a financé tout ça pour que ça aille le plus mal possible ?»

Concernant le rôle joué par les syndicats, Éric Duhaime, qui était alors chroniqueur au Journal de Montréal, écrivait le 5 mai 2012

«Dès le départ, les associations étudiantes ont été “ prises en charge ” par leurs grands frères syndicaux. Les centrales comptaient parmi les premiers à appuyer publiquement les revendications étudiantes. Elles finançaient aussi généreusement les jeunes activistes. (…) plus de 50 000 $ furent transférés du Syndicat canadien de la fonction publique d’Ontario à la CLASSE.

Plus les manifestants sont nombreux et bruyants dans les rues, plus le syndicat estime qu’il peut faire pression sur le gouvernement, le menacer et l’intimider à son tour. (…) Qu’est-ce que les présidents de la FTQ, de la CSN et de la CSQ (Michel Arsenault, Louis Roy et Réjean Parent) faisaient autour de la table de négo vendredi et samedi? Quand on sait que 78 % des dépenses dans nos universités vont à payer les salaires de leurs membres, voulaient-ils s’assurer de ne pas faire leur part dans l’entente entre étudiants et gouvernement? Au lieu de défendre l’intérêt de ceux qui étudient, les leaders étudiants semblent avoir laissé le renard syndical s’occuper de leur poulailler.»

Épilogue: De la «contestation» étudiante à la réalité politique

Le 7 avril 2014, la Première ministre, Pauline Marois souhaitant recevoir un mandat majoritaire à l’Assemblée nationale et pensant pouvoir convaincre les électeurs de le lui donner après 18 mois de gouvernement minoritaire déclencha des élections anticipées.

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Mal lui en a pris, car Philippe Couillard et ses Libéraux obtinrent le mandat majoritaire tant convoité et la première femme élue Première ministre du Québec se fit jeter dans les poubelles de l’histoire.

GND qui avait obtenu un emploi de recherchiste à la CSN après la crise étudiante après avoir si bien réussi dans son rôle d’agitateur en chef (porté par l’hypermédiatisation qui a largement contribué à sa notoriété) a finalement décidé de se lancer en politique avec Québec Solidaire.

Dans son livre, «Plaidoyer pour la gratuité», GND, qui ne cache pas ses affinités avec Karl Marx, explique comment il pense qu’il va faire payer les riches mais ne dit pas comment il renversera la tendance à la concentration-accumulation de la richesse inhérente au mode de production capitaliste décadent.

Lise Ravary (Journal de Montréal) qui l’a côtoyé pendant deux ans pour une émission radiophonique le décrit de la façon suivante:

« (…) j’en avais ras le bol de ses sujets syndicaux qui le rapetissaient en prédicateur pour la CSN.

… Pendant deux saisons (d’une émission de débats radiophoniques), la pragmatique que je suis s’est mesurée plus souvent à la rigidité extrême de GND qu’à son intelligence. (…) Il fera un excellent politicien sur le modèle “tout à l’idéologie” cher à la gauche persuadée d’avoir toujours raison. Populiste de gauche, il veut changer le monde. (…) »

Mathieu Bock-Côté, quant à lui, estime que l’entrée à l’Assemblée nationale de GND en tant que député de Québec solidaire (QS) marquera aussi sa plongée dans le monde réel :

« (…) QS, depuis des années, bénéficie d’un contexte médiatique et politique extrêmement favorable. Les médias, en général, voulaient bien donner le Bon Dieu sans confession à un parti présenté comme la conscience morale de la société québécoise. C’était le parti des bonnes intentions, des grands principes, de la générosité ardente. (…) Mais que se passerait-il si on se mettait à analyser le programme de QS? Si on prenait au sérieux ses propositions? Si on demandait aux leaders de QS de se prononcer sur les déclarations incendiaires tenues par leurs militants? Si on leur demandait de chiffrer leurs propositions et de nous en dire un peu plus sur le monde idéal qu’ils nous fabriquent dans leurs congrès? Que se passerait-il si on traitait QS comme un parti politique et non pas comme une ligue de vertu? C’est peut-être ce qui est en train de se passer. GND devra gérer cette réalité.»

L’ange Gabriel, ce gauchiste multiculturaliste qui se dit nationaliste, va devoir se retrousser les manches et prendre position sur des questions de pain et de beurre. Il va faire face à des politiciens qui ne sont pas en admiration devant lui. S’il fait comme sa prédécesseure, Françoise David, des interventions empreintes d’idéalisme et de bonnes intentions, il sera vite enterré sous les quolibets car lui ne bénéficiera pas de la bienveillance manifestée à l’égard de la famille David (le grand-père, Athanase David était député libéral en 1916 ainsi que fondateur des Prix du Québec [essor de la culture], des Archives nationales, de l’École des beaux-arts et du Musée du Québec).

À cet égard, on doit reconnaître que son saut en politique indique un certain courage. Il en aura besoin.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

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