Publié par Annika le 3 juin 2017
La police fédérale irakienne dans une ruelle près d’extrémistes musulmans s de l’État islamique lors d’une bataille ce mois-ci à Mossoul. Photo: ahmed jalil / European Pressphoto Agency

Des citoyens français ont été tués par l’artillerie irakienne et les troupes au sol, en utilisant les coordonnées de localisation et autres informations fournies par les forces françaises pour repousser ISIS de Mossoul.

THE WALL STREET JOURNAL

Par Tamer El-Ghobashy et Maria Abi-Habib à Mosul, en Irak, et Benoit Faucon à Londres

Traduit par Annika

Le 29 mai 2017

Les forces spéciales françaises ont fourni aux troupes de lutte contre le terrorisme les noms et photographies d’environ 30 hommes identifiés comme cibles de grande valeur

Mossoul, selon des officiers irakiens et des fonctionnaires français, des forces spéciales irakiennes et françaises ont depuis plusieurs mois enrôlé des soldats irakiens afin de chasser et tuer les ressortissants français qui ont rejoint l’encadrement de l’État islamique.

Les commandants irakiens qui mènent le combat pour Mossoul ont déclaré que ces forces spéciales françaises ont fourni aux troupes de lutte contre le terrorisme les noms et photographies d’environ 30 hommes identifiés comme cibles de grande valeur. Les commandants ont déclaré qu’un nombre inconnu de citoyens français ont été tués par l’artillerie irakienne et les forces terrestres, ceci en utilisant les coordonnées de localisation fournis par les Français.

Un conseiller français des affaires étrangères a déclaré que le motif de cette opération secrète est d’assurer que les ressortissants français [qui ont prêté allégeance à l’État islamique] ne puissent rentrer chez eux et menacer la France d’une attaque terroriste. La France a été la cible de plusieurs attaques mortelles qui furent inspirées par l’État islamique, ou orchestrées dans les bastions d’extrémistes musulmans du Moyen-Orient, y compris les attaques terroristes à Paris de novembre 2015.

Le porte-parole du gouvernement français, Christophe Castaner, a déclaré mercredi : «Je dis à tous les combattants qui rejoignent l’État islamique et voyagent à l’étranger pour faire la guerre : faire la guerre signifie prendre des risques. Ils sont responsables de ces risques».

Une porte-parole du ministère français de la Défense a refusé de commenter l’opération. «Les forces françaises travaillent en étroite coopération avec leurs partenaires irakiens et internationaux», a-t-elle déclaré. Ceci pour lutter contre les djihadistes «sans tenir compte de leur nationalité» ajouta-t-elle, se référant aux 1.200 soldats français qui aident les forces irakiennes à reprendre Mossoul.

Selon des conseillers actuels et anciens du gouvernement français, les forces spéciales françaises gardent une certaine distance vis-à-vis de ces tueries (la France a supprimé la peine de mort) en chargeant les combattants irakiens de prendre pour cible ces combattants français de l’État Islamique.

Un haut responsable de la police irakienne a montré au Wall Street Journal une liste de 27 présumés membres de Daesh recherchés par la France, ainsi que les photos de cinq d’entre eux. Les forces spéciales françaises ont diffusé ce document dès le début de l’offensive contre Mossoul l’année dernière. Cette liste est mise à jour au fur et à mesure que les hommes sont tués, déclara le responsable de la police.

Un homme fut identifié sur cette liste comme «Badush», vu pour la dernière fois en juillet, conduisant une Kia blanche dans le nord de Mossoul, vêtu d’un vêtement irakien traditionnel. Plusieurs noms comprenaient des noms de guerre à consonance française ou belge – tel Abu Ismael al-Fransi et Abu Souleyman al-Fransi. Certains des terroristes du massacre à Paris étaient belges.

Le Ministère belge de la Défense a refusé de commenter.

La France n’a pas de drones armés, aussi les responsables gouvernementaux ont déployés leurs forces spéciales à Mossoul pour localiser ces extrémistes musulmans français, déclara un responsable de sécurité.

«Les Français font face aux islamistes ici plutôt qu’en France»

Environ 40 forces spéciales françaises utilisent des technologies de pointe comme outils d’espionnage, tels les drones de surveillance et les dispositifs d’interception radio pour aider à localiser les extrémistes musulmans, ont déclaré des hauts responsables irakiens du contre-terrorisme et des responsables du gouvernement français.

«Ils font face aux islamistes ici plutôt qu’en France», affirma un haut responsable irakien du contre-terrorisme qui participe à la coordination avec les forces spéciales françaises. «C’est leur devoir. C’est le bon sens. Les attaques les plus mortelles outre-mer étaient en France».

Les responsables du gouvernement irakien ont déclaré que leurs militaires ne participent pas au meurtre extrajudiciaire et systématique des combattants de l’État islamique, s’il en était autrement ils seraient mis en examen et passibles de poursuites judiciaires.

Un porte-parole du ministère de la Justice irakien a refusé de dire si le gouvernement a placé en détention (en état d’arrestation) des combattants étrangers de Daesh. Les commandants irakiens ont déclaré que la plupart des islamistes se battaient jusqu’à la mort.

«Si l’un d’eux est vivant et en prison parce qu’il s’est rendu, il sera exécuté en Irak pour avoir rejoint l’État islamique. Et la France n’interviendra pas», s’exclamait un fonctionnaire français familier avec le problème. «C’est une solution commode».

On estime que 1.700 français ont rejoint les combattants islamistes en Irak et en Syrie, selon le Soufan Group, une organisation basée à New York qui étudie l’extrémisme. Les responsables du gouvernement français ont estimé que plusieurs centaines d’hommes sont morts au combat ou sont rentrés chez eux.

D’autres pays occidentaux ont établi des listes de leurs ressortissants qui se sont enrôlés dans l’État islamique. Mais seule la France s’est engagée à les traquer dans Mossoul, ont mentionné des officiers irakiens.

Durant l’automne 2015, lorsque la France rejoignit la campagne de bombardement des États-Unis en Syrie, la légalité de cibler ses propres citoyens fit l’objet d’un débat. Il semblerait que lors d’une attaque aérienne en octobre 2015, des combattants musulmans français furent tués près de Raqqa, en conséquence de quoi le gouvernement français s’efforça d’aplanir les critiques, faisant cas d’une disposition de la Charte des Nations Unies qui autorise les Etats membres à invoquer la «légitime défense» en cas d’attaque.

Les lois et la Constitution françaises offrent peu de protection aux citoyens qui rejoignent des groupes d’extrémistes musulmans et luttent contre le gouvernement, a déclaré Michel Verpeaux, professeur de droit constitutionnel à l’Université Panthéon-Sorbonne de Paris.

«Les Français ne combattent pas un État mais un groupe armé», indiqua M. Verpeaux. «C’est une situation très incertaine qui offre peu de règles juridiques».

La France considéra déchoir ses ressortissants qui ont rejoint les groupes terroristes, de la citoyenneté française. Ceci afin d’empêcher leur retour en France, ainsi que le fit le Royaume Uni, une proposition qui rencontra une résistance farouche au Parlement.

Des dizaines de ressortissants français qui s’étaient battus pour l’État islamique ont été tués lors de la bataille de Mossoul, ont déclaré deux officiers irakiens. L’offensive militaire des forces irakiennes et ses alliés internationaux dure depuis sept mois. Ils vont prochainement repousser les combattants de l’État islamique qui subsistent encore dans la partie occidentale de Mossoul – la dernière position importante détenue par des combattants musulmans en Irak.

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Les forces spéciales françaises se déplacent souvent dans Mossoul sans partenaires militaires irakiens. Ils fouillent les maisons abandonnées par des islamistes étrangers, et cherchent à localiser les centres de commandement, en quête de preuves physiques ou documents qui associent leurs citoyens à l’État islamique, ont déclaré deux officiers irakiens antiterroristes.

En avril, les forces spéciales françaises ont déferlé sur une clinique médicale près du campus de l’Université de Mossoul, afin de comparer l’identité des blessés à leur liste de ressortissants français qui travaillent pour l’État islamique. Les forces françaises, qui portent souvent des uniformes irakiens et conduisent des véhicules avec des logos militaires irakiens, sont particulièrement soucieux des spécialistes en armes chimiques travaillant sur le campus, selon un haut gradé commandant irakien.

Ce dernier déclara que l’université de Mossoul était utilisée par l’État islamique comme centre de commandement jusqu’à ce que les forces irakiennes aient repris le campus en janvier.

Soldats français en Irak, cette année. Photo: Christophe Ena / Reuters

Les forces spéciales françaises ont une équipe de médecine légale qui recueille des preuves physiques – tels des tissus et des os de morts et blessés, ainsi que tasses et couverts jetés – pour trouver des correspondances d’ADN sur la liste des hommes recherchés, indiquèrent des responsables irakiens et français.

L’équipe a par exemple recueillit des échantillons osseux d’un combattant mort, puis compara l’ADN recueilli sur une base de données de ressortissants français soupçonnés d’avoir rejoint l’Etat islamique – selon l’ancien conseiller des affaires étrangères du gouvernement français.

Une équipe de quatre forces spéciales françaises a fait du porte à porte dans un quartier de Mossoul en janvier. Deux des soldats ont vérifié l’identité des résidents alors que les deux autres hommes faisaient le guet. «Ils ont leurs propres cibles», s’exclama un responsable du contre-terrorisme irakien en passant devant les lieux.

Les forces spéciales françaises se sont récemment focalisées sur le Republic Hospital, un large centre hospitalier de la vieille ville de Mossoul, selon deux officiers de l’armée irakienne qui travaillaient avec eux. La vieille ville, un labyrinthe de rues et d’allées densément peuplées, est le centre commercial et le dernier quartier de Mossoul contrôlé par les combattants islamistes.

Les forces françaises soupçonnent que les derniers hauts commandants de l’État islamique, y compris des Français, sont planqués dans l’hôpital.

-Matthew Dalton et Valentina Pop ont contribué à cet article.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : Traduction Annika pour Dreuz.info.

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