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Publié par Abbé Alain Arbez le 31 août 2017
Jesus Unrolls the Book in the Synagogue James Tissot 1894

Jésus, juif galiléen observant, s’exprimait en hébreu. Lors de sa visite en Israël, alors que le chef du Gouvernement Benjamin Netanyahou rappelait que Jésus parlait hébreu, le pape répondit que Jésus parlait araméen…

Que signifie cette divergence montrant le souci israélien – légitime et positif – de restituer à Jésus sa judéité et de le rapatrier culturellement, tandis que le pape François semble minimiser cette appartenance en instrumentalisant l’araméen ? Au-delà de toute controverse, les deux ont finalement raison, car Jésus parlait quotidiennement l’hébreu, mais il parlait également l’araméen, et sans doute quelques mots de grec.

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La vraie question est surtout :

  1. est-ce que Jésus enseignait en araméen ou en hébreu, et
  2. les évangiles rédigés par les disciples l’ont-ils été en hébreu ou en araméen avant d’être traduits en grec ?

Une affirmation très répandue circule depuis des décennies, qui consiste à prétendre sans complexe que, à l’époque de Jésus, l’hébreu était une langue morte, et que par conséquent la seule langue en usage était l’araméen.

L’araméen est une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais qui ne lui est pas identique. Elle a été introduite en terre d’Israël par les exilés de retour de Babylone, et elle a été la langue des élites de Jérusalem beaucoup plus que celle du petit peuple.

Globalement, cela veut dire que les gens cultivés parlaient l’araméen, et que la population galiléenne et judéenne, peu instruite, parlait l’hébreu. Au temps de Jésus, il y a donc 4 langues qui coexistent dans la région : l’hébreu, l’araméen, le grec et le latin. Comme le peuple souffre de la présence occupante romaine et de ses impôts exorbitants, le latin n’est donc pas spécialement bien vu dans les couches populaires, plutôt orientées vers la résistance culturelle, impliquant l’hébreu.

Un auteur biographe de Jésus osait affirmer dans les années 60 que Jésus avait dialogué en latin avec Pilate lors de son procès, ce qui est invraisemblable. Quant au grec, il avait été introduit en Judée, Galilée et Samarie lors de l’invasion d’Antiochus Epiphane 2 siècles avant JC. Mais du fait que la Bible hébraïque avait été traduite en grec vers 270 avant JC pour être accessible aux communautés juives résidant en diaspora, le grec pénétra peu à peu dans les classes dirigeantes à Jérusalem, tandis que le peuple continuait de parler hébreu.

En ce qui concerne le statut de l’araméen en terre d’Israël, l’évaluation est plus contrastée, puisqu’ il y a dans les évangiles des expressions araméennes :

Le nom Abba que Jésus donne au Père, le « talitha koum » (fillette, lève-toi !) et le cri de déréliction de Jésus en croix « elahi, lama sabactani » sont mentionnés dans les évangiles. Dès le début du 20ème siècle, des chercheurs sont de ce fait persuadés que derrière le grec des évangiles se cache la langue araméenne. Plus tard, dans les années 80, les travaux de l’abbé Carmignac et ceux du bibliste catholique Claude Tresmontant ont démontré que le grec des écrits néo-testamentaires s’était structuré non pas à partir de l’araméen mais à partir de l’hébreu. Certains ont pu imaginer que des emprunts au grec de la Septante avaient été effectués pour rédiger les évangiles, mais la qualité linguistique de ces passages n’est pas du niveau de la Septante. Mieux, Claude Tresmontant décèle dans les paraboles et les logia exprimés par Jésus des articulations verbales qui ne prennent sens qu’en hébreu. Les jeux de mots dans le texte ne fonctionnent qu’à partir de l’hébreu seul. Par ailleurs, des passages représentatifs tels que « l’agneau qui porte le péché du monde » (Seh HaElohim, hanoseh hatat HaOlam) sont typiquement hébraïques. Notons aussi que Papias et Eusèbe de Césarée, ainsi que Jérôme, font allusion à un évangile de Matthieu primitif rédigé en hébreu avant les transpositions postérieures.

En conséquence, ni le grec, ni l’araméen ne peuvent correspondre à l’enseignement donné par Jésus à des auditeurs de couches populaires parlant quotidiennement l’hébreu. Jésus avait choisi d’adresser son message d’espérance messianique à des laissés pour compte, à des personnes vulnérables, des populations modestes, en quête de spiritualité pour leur vie de chaque jour et leur avenir. De plus, les citations et références bibliques nombreuses relayées par Jésus dans ses discours ne peuvent être également qu’en hébreu : à la synagogue, les rouleaux de la Torah et des Prophètes sont écrits et lus en langue hébraïque.

Certes, l’évangile de Marc relate en araméen le dernier cri de Jésus crucifié « Elahi, lama sabactani ! ». Or, cette citation de la première séquence du psaume 22 n’a pu être exprimée qu’en hébreu par jésus agonisant (Eli, eli, lama azavtani) selon la forme habituelle de la liturgie. D’autre part, le jeu de mot prêté à un témoin : « il appelle Elie » n’est pas possible avec l’araméen, mais seulement avec l’hébreu.

Quant à l’inscription (titulus) Jesus Nazarenus Rex Judaeorum placardée par dérision sur le poteau d’exécution de Jésus, elle est écrite selon St Jean en hébreu, en latin et en grec. Pas question d’araméen ici ; en hébreu : Yeshoua haNotsri Wemelekh HaYehoudîm, dont les initiales correspondent au tétragramme, manière pour Jean de suggérer que la présence divine se manifeste dans l’événement pascal.

Dans les Actes des Apôtres, (26,14) n’oublions pas qu’il est précisé spécifiquement que le Ressuscité s’adresse à Schaoul (Paul) en hébreu puisque celui relate le fait de la manière suivante : « J’ai entendu une voix me dire EN HEBREU : Schaoul, Schaoul, pourquoi me persécutes-tu ? »

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez prêtre, pour Dreuz.info.

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