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Publié par Eduardo Mackenzie le 10 septembre 2017

« Les FARC entrent résolument dans la politique », a écrit Anne Proenza dans un article récent pour Le Soir de Bruxelles après la réunion des FARC à Bogotá où alias Timochenko, le chef de l’organisation narco-terroriste, a expliqué que quand ils muteront en parti politique ils « ne changeront pas leurs fondements idéologiques » ni leur « projet de société ».

La journaliste fonde son estimation sur la vague croyance que beaucoup partagent ces jours-ci, en particulier en Europe: que cette bande – dont le nom a été changé pour devenir Force alternative révolutionnaire des Common, FARC – « a finalement abandonné la lutte armée », comme Proenza l’affirme dans son article.

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Cependant, la création d’un «nouveau parti politique» et l’abandon «définitif» de la «lutte armée», des décisions discutées cette semaine lors des réunions, presque toutes à huis clos, devront être analysées avec un certain scepticisme. Car une telle reconversion positive peut, d’un jour à l’autre, se transformer en son contraire.

Le point le plus douteux est celui de l’abandon de la lutte armée. En fait, les FARC continuent à faire la guerre en utilisant, par tricherie, leurs soi-disant «dissidents». Est-ce que quelqu’un a vu un geste réel ou une déclaration de rupture entre ces deux entités? Non. Ces «dissidents» sont un leurre pour pouvoir jouer sur deux terrains à la fois. D’autre part, nul n’oublie le pacte signé à La Havane entre les FARC et les chefs de l’ELN, pendant les négociations avec Santos, qui vise à empêcher que ces deux guérillas marxistes perdent le contrôle de certains territoires à cause du « processus de paix ».

Le mot clé pour comprendre les contours de cette situation est « implémentation » (la mise en œuvre). Si les Colombiens élisent en mai 2018 un nouveau président de la République décidé à sortir le pays du bourbier moral, institutionnel, judiciaire, économique et diplomatique dans lequel Juan Manuel Santos l’a noyé, les FARC abandonneront leurs discours doucereux d’aujourd’hui. Ils diront que le nouveau gouvernement ne voulant pas «mettre en œuvre» les accords Santos-FARC, ils n’ont d’autre choix que de «retourner dans les montagnes». Ainsi, l’incongruité de la création d’un parti politique «légal», mais avec des bases idéologiques léninistes, prendra fin.

Par contre, si les FARC sont en mesure de forger une «grande coalition» avec les factions en crise du santisme et de l’extrême gauche et s’ils parviennent à truquer les élections, alors le nouveau pouvoir accélérera la destruction du pays. Dans ce cas, les FARC obtiendront le «gouvernement de transition» qu’ils ont toujours cherché. Ils montreront leur véritable visage et délogeront, avant tout, les idiots utiles qui les ont aidés à atteindre cette position.

Mais les FARC devront, en même temps, déclencher une offensive massive et brutale contre la majorité car les Colombiens n’abandonneront pas leur pays et leurs libertés sans se battre jusqu’à la mort pour défendre leur patrie.

Pour que les bases des Farc ne doutent pas du double caractère du jeu actuel, Timochenko leur a dit ceci: que dans la période actuelle ils ne feront pas l’apprentissage des règles démocratiques, qu’ils ne s’engageront pas dans des «débats compliqués». Le seul argument sera «les masses organisées et le mouvement dans les scénarios les plus divers».

Ce qui en langage ordinaire signifie qu’ils utiliseront la violence (les «masses organisées») sur tous les terrains et dans tous les «scénarios», même si les FARC sont déguisées en parti « légal ».

Pour endormir le grand public, Timochenko a ajouté que les FARC veulent installer « un régime politique démocratique » qui garantisse « la paix avec de la justice sociale », et qu’ils protègeront « le respect des droits de l’homme » et le « développement économique avec le bien-être pour tous ». Excellent!

Ce n’est pas la première fois que les FARC font des promesses et même une trêve militaire pour tromper la Colombie. Après le plébiscite de 1957, les dirigeants de la bande armée, laquelle n’avait pas encore été baptisé FARC, s’intégrèrent dans la vie civile avec l’aval des autorités. Tirofijo fut nommé inspecteur de chemins, au Tolima. D’autres leaders importants, comme Charro Negro, Isauro Yosa et Isaías Pardo, ont travaillé dans leurs fincas. Cela se terminera en 1960, avec la mise en place secrète d’un bastion de guérilla dans la région de Támaro, qui plus tard sera connue sous le nom de Marquetalia, et par une vaste offensive guérillera parrainée par Moscou et la Havane.

L’autre épisode de fausse trêve eu lieu après les accords de paix de La Uribe, avec le gouvernement de Belisario Betancur. En mai 1984, les FARC annoncèrent qu’elles allaient «abandonner progressivement» la lutte armée et les enlèvements, mais sans rendre un seul fusil. Jacobo Arenas, secrétaire politique des FARC à l’époque, raconte cela dans un livre. Tirofijo annonce même qu’il sera candidat à la présidence de la République. L’Union patriotique, le parti des FARC, apparaît en mai 1985, et plusieurs cadres de la guérilla, comme alias Ivan Marquez, vont dans les villes pour «faire de la politique». Cela déclenche une guerre interne. Le groupe dissident de Jose Fedor Rey, alias Javier Delgado, tente d’assassiner, en juin de cette même année, Hernando Hurtado, un dirigeant du PCC. Delgado dit qu’il agissait de la sorte en représailles pour les ordres de mort lancées contre lui et son groupe par la direction du PCC. Plus tard, Carlos Enrique Cardona, alias Braulio Herrera, ancien chef de l’UP, décide de liquider des dizaines de ses propres guérilleros. Ainsi s’est terminée cette trêve et a commencé l’hécatombe de l’UP et la formation des redoutables Coordinations de la guérilla.

Ceux qui supposent que les FARC ont changé «définitivement» et qu’elles ont abandonné la méthode léniniste de combiner toutes les formes de l’action criminelle devraient étudier un peu l’histoire du communisme colombien. Car ce qui se passe à présent n’est qu’une répétition, dans des conditions différentes et dans un plan encore plus vaste, des opérations précédentes.

Tant que les FARC ne rejetteront pas leur idéologie politique et leur «projet de société», aucun changement réel positif ne peut être attendu d’elles. Leur but traditionnel, entériné par Timochenko, incorpore les FARC dans un contexte qui dépasse leurs propres forces.

Les Farc continuent à faire partie de l’internationale castro-chaviste, le Forum de Sao Paulo. Les Farc continuent d’avoir des combattants, des casernes, des réseaux, des bureaux, des terres et des investissements dans le Venezuela de Maduro et dans la Cuba de Raul Castro. Le secrétariat n’est pas la véritable direction des FARC. Reconverties ou non dans un parti «légal», les FARC continueront à être liées à l’aventure «révolutionnaire» de Cuba et du Venezuela dans le continent.

Comme les FARC ne représentent rien de plus qu’elles-mêmes, leur projet ne peut être déconnecté de l’agenda de ces deux dictatures. La continuité des FARC dépend de la continuité de l’entreprise subversive menée sur le continent.

Les chefs des FARC savent que leur situation est fragile car le projet cubano-vénézuélien est en crise et risque de s’effondrer. C’est pourquoi certains cherchent à s’insérer dans l’action politique. Cependant, en bafouant l’opinion publique, en insistant sur une paix fondée sur l’impunité, sur la reddition minimaliste d’armes, sur la non-réparation des victimes, sur la non-libération d’enfants-soldats, sur la mort judiciaire à terme de leurs adversaires, et en insistant sur leur ambition de s’emparer des populations, des plantations, des mines et de vastes territoires, leur succès ne sera pas facile à atteindre. La résistance sera grande et longue. A l’heure actuelle, le taux d’impopularité des FARC dépasse déjà 80%, selon les sondages.

Certes, les guérilleros de base des FARC devraient avoir une chance pour sauver leur peau, leur liberté et leur santé mentale. Mais leur problème est énorme. Ces personnes sont encore enchaînées par leurs dirigeants et leurs chaînes à tous partent de La Havane et se renforcent à Caracas.

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© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Periódico Debate, Bogotá
http://www.periodicodebate.com/index.php/opinion/columnistas-nacionales/item/16365-las-farc-abandonan-la-lucha-armada?/

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