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Publié par Pierre Rehov le 4 octobre 2017

Les nations occidentales, dans la lutte contre Daesh, soutiennent l’Iran et la Turquie. Pierre Rehov estime qu’elles feraient mieux de soutenir le souhait d’indépendance d’un peuple aux idées similaires aux leurs plutôt que les dictatures du Moyen-Orient.

Contrairement à d’autres entités de facture récente, inventés pour des raisons politiques et dans le cadre d’intérêts contestables, les Kurdes sont un peuple. Que signifie cette notion?

 

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Appartenir à un peuple veut dire avoir une histoire commune, une culture spécifique, se reconnaître des racines territoriales et être fédéré par un mythe unique, politique ou religieux, inscrit dans l’histoire et remontant à plus de deux ou trois générations.

Ce qui est le cas des Kurdes.

Certes, leur territoire d’origine a été injustement divisé et partagé entre plusieurs nations, créées au lendemain de la première guerre mondiale par les accords Sykes Picot, et le siècle passant a vu des fossés se creuser entre Kurdistan turque, syrien, iranien et irakien.

Mais, de la même manière que les Juifs étaient un peuple en exil avant la renaissance d’Israël, l’espoir d’une nation recréée dans l’espace de leur berceau lie les Kurdes, dont la «branche» irakienne vient de prouver sa volonté farouche d’indépendance par un référendum auquel 92,73% des votants ont répondu «oui».

Certes, le kurde parlé est divisé entre deux grandes familles linguistiques: le kurmanji et le pahlawani, avec quelques variantes. Mais ces variantes leur permettent de se comprendre et l’histoire a prouvé que les nations s’accommodent aisément de la multiplication des langages et dialectes, sinon l’Inde n’existerait pas et il me semble qu’un Américain parlant espagnol se sente tout autant concerné par la bannière étoilée qu’un descendant du Mayflower.

Certes, le peuple kurde, dont la population est estimée aux alentours de trente millions d’individus est divisé en trois religions. On y trouve une majorité de musulmans sunnites (de rite chaféite), mais aussi des Juifs et des Chrétiens à hauteur de 30%. Sans oublier la minorité Yézidi, dont le sort, sous Daech, a tristement fait la une des médias.

Mais, à l’aune des extrémismes régionaux, le multiculturalisme kurde est inscrit dans une volonté d’ouverture et de tolérance qui lui fait honneur malgré la corruption de ses partis politiques, et des épisodes peu flatteurs récemment condamnés par Amnesty International.

De tous les peuples de cette partie du globe, les Kurdes sont (avec Israël) les plus ouverts à la notion très occidentale des droits de l’homme, et à l’égalité des sexes.

Certes, également, les tribus et grandes familles Kurdes s’étalent sur plusieurs frontières, et les partis politiques y sont nombreux.

Mais le PKK (considéré comme organisation terroriste par la Turquie, l’Europe et les USA) a créé des branches un peu partout, et les partis mineurs n’auraient aucun problème à se fédérer à l’UPK de Talabani ou au PDK de Barzani, qui constituent le moteur d’une indépendance dans le Kurdistan Irakien, qui a déjà gagné son autonomie à l’issue de la destitution de Saddam Hussein.

Certes, enfin, le Kurdistan n’a pas existé au cours du vingtième siècle en tant que nation telle que définie par la culture occidentale, mais plusieurs provinces portant ce nom ont duré pendant des siècles depuis le Moyen-âge, et parmi leurs nombreux titres, les sultans de l’Empire Ottoman portaient celui «d’Empereur du Kurdistan» (Padişah-i Kurdistan).

Ce bref exposé non exhaustif des facteurs favorisant la reconnaissance des Kurdes en tant que peuple, n’est qu’une entrée en matière des raisons politiques qui devraient conduire à l’acceptation du Kurdistan parmi les nations.

Tout d’abord, d’un point de vue humanitaire, les Kurdes sont non seulement les grands sacrifiés de l’histoire – infiniment plus que les Arabes de Palestine, qui ne se reconnaissent en tant que «nation» que depuis 1964 – mais de plus un peuple martyrisé, qui a subi massacres et conversions forcées, enlèvements et tortures, avilissement et spoliations, de la main des Turcs comme de celle des Ayatollahs iraniens, le point culminant de leur épreuve incommensurable ayant sans doute été leur gazage par villages entiers sous Saddam Hussein.

Il est vrai que leur condition en Turquie s’est sensiblement améliorée sous la dictature d’Erdogan, mais elle reste précaire en Iran, où toutes les langues minoritaires (sauf l’Arabe religieux) sont interdites, où leurs journaux sont censurés, où le féminisme est passible de condamnation à mort comme idéologie perverse, où les représentants de leurs syndicats sont arrêtés, torturés, exécutés et où toute notion des droits de l’homme est à jamais bannie.

L’actualité semblerait donner raison au paradigme selon lequel la civilisation musulmane, après avoir vu nombre de ses régions colonisées, serait repartie en Jihad

Et c’est justement l’expansion de la dictature iranienne qui donne son principal argument à un soutien inconditionnel du Kurdistan.

Selon Hutington, et son essai très controversé, Le Choc des civilisations, le monde actuel qui était bipolaire jusqu’à l’effondrement du bloc soviétique, serait divisé en 9 civilisations, aucune n’étant fondamentalement pacifique.

L’actualité semblerait donner raison au paradigme selon lequel la civilisation musulmane, du moins dans sa version moyen-orientale et africaine, après avoir vu nombre de ses régions colonisées, serait repartie en Jihad, sans pour autant que cette guerre larvée à rebonds n’ait de centralisation définie.

Alliée des Etats Unis, l’Arabie Saoudite n’en a pas moins joué un rôle dans les attentats du 11 septembre. Membre de l’OTAN, la Turquie d’Erdogan est proche des Frères Musulmans et soutient ouvertement l’organisation terroriste Hamas. L’Egypte de Morsi a bien failli sombrer dans cet obscurantisme qui, toujours inspiré des Frères Musulmans, a servi de berceau à la naissance d’Al Qaida puis de Daech, jusqu’à l’arrivée au pouvoir par un coup d’état salutaire d’Abdel Fatah Al Sissi.

Quant à l’Iran, pays voyou soutien du terrorisme international, sa volonté expansionniste et hégémonique est une évidence que tentent de masquer – sans y parvenir tout à fait – les nostalgiques d’Obama, qui soutiendront jusqu’aux premières radiations l’accord passé avec Téhéran, y compris ses aberrants additifs secrets.

La peur d’un Iran nucléaire et l’espoir que la fin des sanctions contre le régime des Ayatollahs entrainerait une prospérité favorable à une plus grande ouverture, a fait totalement oublié aux partisans de l’accord que l’Iran souffle sur toutes les braises des conflits régionaux, apporte son soutien à l’organisation archi-terroriste Hezbollah et finance la majorité des mouvements islamistes, du Yémen au Liban, à l’exception de Daech, qu’il considère comme un rival.

Au nom du principe mathématique que les ennemis de nos ennemis sont, par la force des choses, nos amis, et Daech étant considéré comme le premier ennemi non seulement de l’Occident mais peut-être même du genre humain, l’Iran appartiendrait donc, tout à coup, au camp du bien.

Selon cette vision hyper myope, les terroristes du Hezbollah seraient presque nos alliés, et la propagande Shiite, accompagnée des quelques milliards de dollars promis pour l’acquisition d’avions de ligne, de matériel militaire, d’infrastructure et de haute technologie, ferait également oublier que, dans huit ans, les Mollahs et les Ayatollahs pourront tranquillement enrichir tout l’uranium nécessaire à la fabrication d’un nombre incalculable de bombes atomiques.

S’ils n’y travaillent pas déjà, en secret, dans ces bases militaires que les inspecteurs du développement nucléaire iranien n’ont pas le droit de visiter.

Aujourd’hui, l’Iran étend ses tentacules jusqu’à la Méditerranée, en jouant un rôle majeur dans le conflit syrien et il apparaît clairement qu’une fois le pouvoir d’Assad et de son parti de nouveau bien enraciné, Daech ayant été défait, mais également l’Armée Syrienne Libre, composée d’une cinquantaine de factions dont la plupart non djihadistes, l’Iran aura la main mise sur une partie du territoire allant de la bordure avec la région kurde jusqu’à quelques kilomètres de la frontière israélienne.

L’influence iranienne ayant atteint une nouvelle apogée auprès des Chiites irakiens et des islamistes yéménites, les pays du Golfe, l’Egypte et Israël apparaissent sur la carte du Moyen Orient comme étant progressivement pris dans un étau.

Un simple coup d’œil à cette même carte permet également de comprendre pourquoi l’Iran s’oppose farouchement, encore plus que l’Irak, à l’indépendance kurde.

La raison officielle de la dictature iranienne est la crainte que la naissance d’une nation kurde essaime des espoirs d’indépendance auprès de sa propre minorité. Il s’agirait là d’un motif similaire à celui de la Turquie qui, après avoir opprimé les Kurdes pendant des décennies a pris le parti de les protéger davantage, dans le but de diminuer l’influence du PKK.

Mais comment faire fonctionner un étau dont l’une des mâchoires serait fractionnée par une brisure?

Tandis que le conflit moyen-oriental prend des formes multicéphales, dont même les experts ont difficulté à défaire l’écheveau, la doctrine américaine et occidentale apparaît davantage bâtie sur des tactiques que sur une stratégie.

Le général Mattis, ministre de la défense du gouvernement Trump, s’est, par exemple, pragmatiquement opposé au référendum Kurde, par crainte de voir naître un nouveau conflit régional qui retarderait d’autant une victoire totale contre Daech. Il semblerait pourtant que «l’option kurde» reste un dossier ouvert, si l’on en juge par l’armement fourni aux farouches Peshmergas, alliés incontournables contre l’Etats Islamique, et le soutien financier à Erbil, capitale de l’autonomie Kurde, malgré les protestations d’Ankara.

L’Europe, qui n’est pas à une erreur géopolitique près dans cette région, tant l’envie de croire à un Iran démocratique et pacifiste est grande, s’est radicalement opposée à ce référendum.

Seule petite nation à avoir compris l’intérêt à long terme d’un Kurdistan indépendant allié des puissances occidentales,Israël s’est présenté en faveur de ce référendum

Seule petite nation à avoir compris l’intérêt à long terme d’un Kurdistan indépendant allié des puissances occidentales, et sorte d’épine dans le pied des deux grandes dictatures régionales, la Turquie et l’Iran, Israël s’est présenté en faveur de ce référendum. A tel point qu’Erdogan a accusé le Mossad de l’avoir organisé.

Poutine, de son coté, semble favorable à une plus grande autonomie du peuple Kurde et ne s’est pas opposé au referendum, bien qu’il déplaise à son principal allié régional. La vision russe de participer à l’émancipation des peuples pour mieux les dominer n’a, dans ce cas précis, pas beaucoup changé depuis l’URSS.

Alors, tandis que les tanks irakiens avancent en direction de l’espace autonome kurde, et que les Peshmergas se préparent à défendre Kirkuk, la plus multiethnique des villes sous leur contrôle, une question magistrale reste posée.

Faut-il soutenir les dictatures Turque et Iranienne dans leur volonté expansionniste, au risque de voir le Moyen Orient basculer totalement dans l’islamisme radical, sous prétexte que Daech reste la principale menace dans un inconscient collectif traumatisé par son recours explicite à la violence?

Ou faudrait-il, au contraire, sortir enfin de l’hypocrisie politiquement correcte et de cette vision à court terme qui permet depuis trop longtemps de sacrifier les Kurdes?

Un Kurdistan indépendant déplairait tant à l’Iran, à la Turquie et au gouvernement reconstitué d’Assad, qu’au delà de la logique historique qu’il suppose, cela constituerait une raison suffisante pour que les nations libres l’appuient de toutes leurs forces vitales.

Mais si nos gouvernements actuels avaient des visions allant au delà du temps imparti à leur mandat, cela se ressentirait dans nos vies quotidiennes.

A moins d’un retournement majeur de dernière minute, il faut donc craindre que l’indépendance kurde reste pour l’instant un rêve lointain.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Pierre Rehov. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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