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Publié par Mireille Vallette le 8 octobre 2017

2015, Indonésie. Le puissant mouvement NU réunit plusieurs centaines de leaders musulmans du monde.

Au menu: une déclaration condamnant l’extrémisme, appelant à l’égalité des religions et même à revoir certaines injonctions violentes de l’islam. A quand des centaines de leaders rassemblés pour condamner les MGF?

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On dirait que le sujet des mutilations des filles n’intéresse plus personne. Les communiqués annuels de l’UNICEF sont très peu repris, les reportages et émissions sont rarissimes. On ne trouve guère dans les descriptions des pays de Wikipédia la mention de cette coutume. Ni les relations diplomatiques, ni les conflits (Mali par exemple) ne font émerger ce problème. On charcute le sexe d’au moins quatre millions de filles par année dans la plus grande discrétion.

L’Indonésie, un exemple moderne

Les populations qui mutilent leurs filles concernent avec l’immense Indonésie (255 millions d’habitants), quelque 500 millions de musulmans.

C’est seulement depuis les années 2000 que le sujet est devenu un débat public dans le pays. Après des allers et retours entre interdiction et autorisation, les autorités ont lancé en 2016 un mouvement d’éradication. La ministre des femmes annonçait alors vouloir utiliser «des arguments scientifiques», dont l’absence de bénéfice pour les femmes. Le mouvement est trop récent pour qu’on en connaisse les effets.

Depuis la recherche-alerte de 2003, une vaste polémique met aux prise partisans et adversaires de ces pratiques. En 2006, le gouvernement les a interdites. Mais le plus puissant mouvement musulman du pays, Nahdlatul Ulama (NU), 40 millions de membres, associé au Conseil indonésien des oulémas (ultraconservateur) s’est battu pour leur rétablissement. Les autorités cèdent et en 2010 publient un décret qui autorise les MGF à condition qu’elles soient pratiquées par des professionnels de la santé et de manière non invasive. Les cliniques sont aux anges, certaines proposent des forfaits vaccination/percement des oreilles/mutilation. Le business progresse.

L’intérêt financier pousse hôpitaux et maternités à encourager la pratique même dans des régions où elle était rare. Il est impossible de connaître l’ampleur des dégâts dans les 17’000 îles de l’Archipel. Il est sûr en tout cas que les excisions sont innombrables et leurs conséquences souvent graves.

En 2014, suite à de vives pressions des mouvements anti-MGF et de l’organisation musulmane Muhammadiyah, deuxième du pays, le gouvernement abroge son décret, mais aucune sanction n’est prévue. Le plus mouvement, Nahdlatul Ulama (NU), est toujours favorable à ces pratiques.

Les raisons données par les mères? Dans la recherche de 2003, toutes invoquent l’islam. Une autre, réalisée en 2015, le confirme. Sont aussi citées la tradition, la préservation d’une libido débridée, une «purification» des organes génitaux, la conservation de la virginité, voire l’augmentation de la fécondité. Dans une région de l’archipel, Ambon, les filles non excisées ont interdiction d’entrer dans une mosquée, de prier et de lire le Coran. Aceh, la province autorisée à pratiquer les mœurs de la charia, est présente dans le hit-parade des provinces qui mutilent le plus.

Parallèlement à la campagne contre ces pratiques d’un autre âge, une autre s’impose en Indonésie: l’abandon du test de virginité que doivent fournir les jeunes filles pour être engagées dans la police nationale ou dans l’armée.

Comment distinguer l’islam de la tradition?

Ailleurs aussi, les principales raisons données par les femmes en faveur des MGF sont la norme sociale, la religion, l’hygiène, la pureté, la préservation de la virginité, le fait de pouvoir se marier. Comment ne pas constater que ces «valeurs» correspondent harmonieusement à la misogynie islamique?

Chrétiens et animistes qui ne peuvent invoquer un précepte religieux, ont souvent des idées si fantaisistes sur les conséquences d’une non-excision que l’éducation et l’information font leur œuvre. Dans les ethnies et pays musulmans en revanche, les mutilations peuvent être défendues par la théologie. Le Coran n’en dit mot, mais trois hadiths indiquent que Mahomet approuvait l’excision. Leur «authenticité» est controversée, ce qui n’empêche pas de nombreux imams et oulémas de s’y référer.

Les musulmans semblent avoir une fois de plus besoin de leurs interminables arguties juridiques (en lien: celle de Al Qaradawi sur islamophile.org) pour conclure –avec des nuances- que les mutilations ne sont pas défendables. Cette presse millénaire du jus coranique par des «savants» est ahurissante. En l’occurence, elle sous-entend que si le Coran les préconisait, si les hadiths de Mahomet étaient «authentiques», les juristes musulmans applaudiraient ces pratiques.

En 2009 en Malaisie, le Conseil national de la fatwa décrète que la «circoncision» des filles est obligatoire pour tous les musulmans, filles et garçons. Le ministère de la santé annonce alors un plan de médicalisation qui vise à éviter les exciseuses et leurs couteaux. Dans les deux pays, la croissance du radicalisme islamique conduit à une augmentation des MGF.

Ces violences ont aussi été observées dans une demi-douzaine d’autres pays d’Asie: Singapour, Brunei, Thaïlande, Maldives, Inde et Pakistan, dans des populations musulmanes.

Dans les pays dans lesquels les filles et des femmes sont excisées, une proportion importante de la population serait favorable à l’abandon cette coutume. Les mères souffrent de cette torture infligée à leurs filles et beaucoup d’hommes seraient aussi prêts à y renoncer. Dans son rapport 2016, l’UNICEF souligne le degré de contradiction entre le faible soutien des MGF par de nombreuses femmes qui les ont subies et la prévalence élevée de cette coutume.

Relativisme culturel et rejet de l’Occident

Tariq Ramadan dans une vidéo commente le prêche de l’imam Elsayed (USA) qui défendait les mutilations. Il déclare: «C’est controversé, mais il faut en discuter. Nous ne pouvons pas nier le fait que [l’excision] fait partie de nos traditions». Et de poursuivre: «Il ne faut pas exposer un de nos leaders qui a servi la communauté pendant plus de trente ans. Il faut nous lever pour défendre nos opinions, et avant de réagir de manière précipitée sur un quelconque sujet, nous devons avoir une discussion interne. (…) Il ne faut pas laisser les autres décider pour nous quelles sont nos priorités. Nous devons dire avec dignité et confiance: c’est à nous de décider, pas aux islamophobes ni aux racistes…»

Cette position rejoint en partie celle de féministes africaines qui avancent des arguments si souvent présent dans les discours des «minorités»: «Ce n’est pas aux Occidentaux de nous dire… Cessez votre arrogance…Ce que vous avez fait dasnle passéne vous autorise pas à donner des leçons… », etc.

Certaines de ces féministes «ne cautionnent pas les aspects négatifs de la pratique, mais s’indignent de l’infantilisation déshumanisante, impérialiste et raciste des femmes africaines» (juriste ougandaise). «…un sous-entendu de barbarie des cultures africaines et musulmanes et de justesse de l’Occident (…) dans l’éradication de cette barbarie rappelle une autre ère où le zèle colonialiste et missionnaire déterminait ce qu’était la «civilisation» et cherchait où et quand l’imposer à des peuples qui ne la demandaient pas…» (Nigériane, professeure au Minnesota).

Cérémonie d’excision au Kenya en 2004

Historiquement, ce sont effectivement les missionnaires chrétiens qui ont été les premiers à s’opposer aux mutilations en Afrique. À partir de 1925, plusieurs églises missionnaires déclarèrent qu’elles étaient interdites aux chrétiens, et la mission de l’Église d’Écosse annonça que les ceux qui la pratiquaient seraient excommuniés. En 1930, Hulda Stumpf, une missionnaire du Kenya qui s’opposait aux MGF dans l’école de filles qu’elle dirigeait a été tuée. Son assassin avait essayé de l’exciser.

Dans ce climat de relativisme moral et culturel, l’Association française des anthropologues déclarait en 1981: «Un certain féminisme ressuscite aujourd’hui l’arrogance morale du colonialisme d’hier».

Ce sont justement les féministes du Mouvement de libération des femmes qui ont révélé ces pratiques dans les années 70 et les ont dénoncées. Depuis, l’Occident avec l’ONU s’est pleinement engagé dans cette lutte. En quelques décennies, il a probablement investi des milliards.

Les religieux musulmans partisans de ces pratiques, poussent eux aussi des cris d’orfraie contre l’Occident et son complot destiné à libérer la sexualité des musulmanes et plus généralement à détruire l’islam.

Reflets d’histoire

Excision d’une jeune femme dans dans l’actuelle République de Centre-Afrique au début du XXe siècle

Même si ses origines sont pré-islamiques, les MGF sont devenues associées à l’islam en raison du sort qu’il leur réserve dans ses sociétés.

La pratique a été souvent liée à l’esclavage. Gerry Mackie cite le missionnaire portugais João dos Santos qui écrivit en 1609 à propos d’un groupe vivant près de Mogadiscio qui avait «pour coutume de coudre leurs femmes, particulièrement leurs jeunes esclaves afin de les rendre inaptes à la conception, ce qui augmente leur prix, à la fois pour leur chasteté et pour la confiance que leurs maîtres placent en elles». En 1799, l’explorateur anglais William George Browne observait que les Égyptiens pratiquaient l’excision et que les esclaves étaient infibulées pour empêcher qu’elles ne soient enceintes.

En 1956, le Conseil des anciens des Meru (Kenya) annonça l’interdiction des MGF. Au cours des années qui suivirent, des milliers de filles s’excisèrent les unes les autres avec des lames de rasoirs, mouvement connu sous le nom de Ngaitana («je me circoncirai moi-même»). Pour beaucoup, c’était surtout pour éviter de devoir dénoncer ceux qui avaient procédé à l’opération.

L’atroce douleur de l’excision –ou pire, de l’infibulation- marque les filles pour la vie. Les exciseuses utilisent des outils rudimentaires tels que couteaux, rasoirs, ciseaux, tessons de verre, pierres aiguisés, voire… ongles!

Des études révèlent que pénétrer une fille dont le sexe a été cousu peut prendre un à deux mois et que les hommes semblent prendre un certain plaisir à cette torture.

Les immenses déplacements de populations, les vastes camps de réfugiés, l’accueil de grands contingents de populations exciseuses en Occident (la plupart ont légiféré sur le sujet) accroissent l’étendue du mal et rendent plus complexe l’étude de ces mutilations. On a même constaté dans des camps de réfugiés que des populations qui n’excisaient pas s’y mettent au contact de celles qui le font.

Ce qui est sûr, c’est que sans un mouvement musulman d’envergure, la persistance de ces pratiques cruelles et indéfendables est garantie jusqu’au siècle prochain.

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Pour un panorama complet: https://www.cairn.info/revue-population-2016-2-page-224.htm et l’excellent développement de Wikipédia.

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