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Publié par Gaia - Dreuz le 9 octobre 2017

Relativisme des valeurs, société de consommation, crise spirituelle…dans Le pari bénédictin, le journaliste américain Rod Dreher constate que les Chrétiens ont perdu la bataille culturelle. Il les invite à reformer des communautés vivantes, loin de la « société liquide ».

Rod Dreher est un des rédacteurs principaux du The American Conservative. Il est l’auteur de quatre livres: The Little

Dans votre livre, vous dites que les chrétiens ont perdu la bataille culturelle et vous plaidez pour une «retraite stratégique». Quand et pourquoi les Chrétiens ont-ils perdu la bataille?

Rod DREHER.- Le récit classique dans la droite religieuse américaine est que c’est arrivé dans les années 1960, avec la révolution sexuelle. Je pense que ça remonte à bien plus loin.

Je crois que le point clé c’est les Lumières, qui nous ont coupé de nos racines chrétiennes.

Dans mon livre, je remonte jusqu’au nominalisme dans le haut Moyen-âge mais je comprends bien que c’est très abstrait. Je crois que le point clé c’est les Lumières, qui nous ont coupé de nos racines chrétiennes.

Ensuite cela s’est aggravé avec société de consommation, les nouvelles technologies, le relativisme.Tout cela fait qu’il est de plus en plus difficile de vivre avec la vérité chrétienne dans le monde. Dans une société de plus en plus individualiste coupée de la tradition, la seule autorité qui apparaisse comme justifiée est le moi. C’est ce que le philosophe Zygmunt Bauman appelle la société liquide. Il n’y a plus de bien commun, ce qui gouverne la politique est désormais l’émotion. C’est ce que le philosophe MacIntyre appelait l’émotivisme, qui règne autant à droite qu’à gauche.

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Ne pensez-vous pas que l’évangélisme soit le comble de l’émotivisme individualiste ?

Je crois que beaucoup d’évangéliques aux Etats-Unis sont plus catholiques que les catholiques, dans le sens où ils croient davantage à ce que l’Eglise enseigne.

La plupart des églises américaines prêchent le « déisme éthico-thérapeutique », version molle et édulcorée du christianisme.

J’ai été catholique avant de me convertir à l’orthodoxie. Je lisais Jean-Paul II et je trouvais cela formidablement nourrissant. Mais en entrant dans l’Eglise je me suis rendu compte que les catholiques américains pratiquaient en réalité une forme de protestantisme. La plupart des églises américaines prêchent ce que les sociologues Christian Smith et Melinda Lundquist Denton appellent le «déisme éthico-thérapeutique», une version molle et édulcorée du christianisme qui en gros affirme qu’il faut être gentil et que les bons iront au paradis.

Une version totalement compatible avec le monde moderne et qui rejette la Tradition.

L’Eglise catholique a pourtant toutes les ressources pour résister aux forces de la modernité. Mais elle ne les utilise pas. Richard John Neuhaus, un prêtre célèbre aux Etats-Unis a écrit dans les années 1980 Le moment catholique: les paradoxes de l’église dans le monde postmoderne, où il expliquait qu’enfin les catholiques pouvaient prendre la parole dans l’espace public. Mais ce «moment catholique» n’est jamais arrivé.

Après le concile Vatican II la formation des jeunes catholiques a été complètement délaissée. Lorsqu’on regarde les sondages aujourd’hui, les catholiques américains ne sont pas différents de l’Américain moyen, et même un peu plus libéraux sur les questions sociétales. La plupart d’entre eux ne reconnaissent pas l’autorité de l’église sur ces sujets.

Ne pensez-vous pas que nous chrétiens Européens sommes bien plus avancés que les Etats-Unis dans la déchristianisation? Votre président jure toujours sur la Bible…

Certes les Etats-Unis tiennent la religion en plus haute estime que chez vous en France, mais le sentiment anti-chrétien n’a cessé de progresser.

Je pense que nous chrétiens américains avons beaucoup à apprendre des catholiques français. Vous avez vécu avec une laïcité militante depuis beaucoup plus longtemps. Nous, cela devient un problème aujourd’hui seulement.

Dire qu’on est chrétien dans l’espace public devient disqualifiant. Cela va arriver de plus en plus.

Trump a nommé un catholique fervent à la Cour suprême et la plupart des commentateurs ont dit qu’il ne serait pas un bon juge car il serait biaisé par sa foi. Cela va arriver de plus en plus. Dire qu’on est chrétien dans l’espace public devient disqualifiant.

J’ai été très surpris par le succès de la Manif Pour Tous en France. Aux Etats-Unis, nous avons l’idée que de toute façon l’Europe est fichue, qu’elle est déchristianisée depuis longtemps.

Nous avons une conscience religieuse bien plus forte, mais elle se cantonne à l’espace privé, et elle n’est pas intellectualisée. On ne voit pas les chrétiens manifester pour la famille. Je dirais que l’Amérique est plus religieuse que la France, mais que la France est plus traditionnelle que l’Amérique.

Dans votre livre vous évoquez la figure du philosophe écossais MacIntyre. En quoi vous a-t-il influencé?

C’est en le lisant que j’ai eu l’idée de «L’option bénédictine».

Dans son livre Après la vertu, il évoque l’échec des sociétés post-Lumières à pouvoir fonder une morale uniquement sur la raison. Ce qui aboutit à une morale fragmentaire et à l’incapacité de débattre dans l’espace public parce que nous pensons à partir de paradigmes et de présupposés différents.

Aujourd’hui la conversation entre un chrétien et un non chrétien sur l’avortement est quasiment impossible, par exemple. Il compare notre époque à la chute de l’empire romain. C’est là où il parle de Saint-Benoit, comme celui qui a préservé la Tradition et le monde des vertus pendant le déluge.

Cette expression «option bénédictine» m’est venu alors pour qualifier un mouvement que j’identifiais alors en tant que journaliste, conservateur et chrétien. Je me suis demandé ce que nous pourrions faire nous chrétiens d’aujourd’hui pour ressembler à Saint Benoit. On ne peut plus sauver l’empire. Nous devons tenir et préserver nos traditions et ce que nous tenons pour vrai à l’intérieur de l’effondrement de l’empire.

Le pouvoir du modèle bénédictin, et surtout les valeurs du monachisme peuvent nous inspirer aujourd’hui pour survivre dans le monde moderne: communauté, travail, ascèse, ordre, prière.

Comment mettre en œuvre «l’option bénédictine»?

Cela dépend où on se trouve: cela ne signifie pas la même chose à la ville ou à la campagne, en Europe ou aux Etats-Unis. Je crois que l’essentiel est la pratique. Il faut créer des communautés, des écoles, des entreprises chrétiennes. Je crois que le modèle monastique doit inspirer les familles. Il faut aussi limiter les nouvelles technologies, notamment auprès des enfants.

Je crois que le modèle monastique doit inspirer les familles. Il faut aussi limiter les nouvelles technologies, notamment auprès des enfants.

Le communautarisme que vous prônez ne va-t-il pas à l’encontre de l’aspect universaliste et missionnaire du christianisme?

Je crois que les chrétiens doivent aller dans le monde. Mais dans un monde postchrétien, hostile au christianisme, je crois qu’il faut avoir une foi solide, appuyée sur une formation intellectuelle. On ne peut pas aller au combat désarmé!

Je crois que nous devons sortir du monde pour mieux nous former, pour ensuite y retourner pour évangéliser. Beaucoup de chrétiens américains veulent garder leurs enfants dans les écoles publiques, parce qu’ils veulent bien faire. Mais ils se rendent compte très rapidement que les enfants, peu formés religieusement et intellectuellement, ne résistent pas à l’esprit du monde. Comment résister lorsqu’on est entourés d’enfants de 9 ans avec des smartphones ayant accès illimité à la pornographie? C’est impossible.

Les chrétiens doivent-ils se retirer de la politique?

L’erreur des conservateurs américains est de croire que l’ennemi, c’est l’élite libérale de la côte est, et qu’il suffit de mettre un président conservateur, des juges conservateurs, pour gagner la bataille culturelle. C’est faux.

La culture ambiante est profondément déchristianisée. La droite religieuse conservatrice ne l’a pas remarqué. Elle a été complaisante envers elle-même envers la dégradation de sa propre foi. Elle croyait que l’ennemi était à l’extérieur: que c’était la gauche, les athées. Nous n’avons pas vu que notre propre manque d’attention à la formation intellectuelle des chrétiens conduirait à notre affaiblissement. Pour moi la foi est une manière de vivre plutôt qu’une façon de penser. On ne peut pas être des chrétiens du dimanche dans un monde postchrétien.

N’y a-t’il pas une contradiction chez les conservateurs américains qui sont obsédés par le combat pro-vie et la famille, mais ultra-libéraux économiquement?

J’ai écrit un livre en 2006 qui s’appelait Crunchy Cons, qui décrivait la contre-culture prônée par certains milieux conservateurs écolos, qui lisent Edmund Burke et portent des Birkenstock, et prônent un retrait de la société de consommation. Beaucoup de conservateurs américains m’ont alors accusé d’être de gauche!

Je pense que l’économie libérale menace ces choses et qu’être esclaves du marché et se foutre de l’environnement n’a rien de chrétien. Je crois à la nécessité de protéger la création.

Je suis un conservateur traditionnel, qui pense qu’il faut préserver la foi, la famille et les traditions. or une version illimitée de l’économie libérale menace ces choses. Etre esclaves du marché et se foutre de l’environnement, cela n’a rien de chrétien! Je crois à la nécessité de protéger la création.

Beaucoup de conservateurs américains comprennent qu’il faille poser des limites à la nature humaine, mais pensent qu’on peut exploiter la nature sans limites! Je ne suis pas un grand fan du pape François, mais je crois qu’il a raison d’écrire dans Laudato Si que «tout est lié»! J’ai quitté moi-même le parti républicain en 2008, à cause du fiasco de la guerre en Irak (que j’avais au début soutenu), et de la crise économique, dont les Républicains n’ont absolument pas pris la mesure.

Le problème c’est que le parti démocrate aussi est acquis à Wall Street au moins depuis l’élection de Bill Clinton en 1992. J’aimerais pouvoir voter pour des démocrates, car je suis plus à gauche économiquement que les Républicains, mais ils sont tellement hostiles à la cause pro-vie, tellement hostiles aux valeurs traditionnelles chrétiennes et à la liberté religieuse, que je ne peux pas.

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Trump a séduit une majorité des catholiques (52%) et une écrasante majorité des Evangéliques (91%). N’est-il pas périlleux d’associer les chrétiens à son mandat?

La moindre réflexion sur la famille, la moindre interrogation sur les bienfaits de l’agenda LGBT est criminalisée. L’américain ordinaire en a assez de ce politiquement correct.

La moindre réflexion sur la famille, la moindre interrogation sur les bienfaits de l’agenda LGBT est criminalisée. L’américain ordinaire en a assez de ce politiquement correct, de s’entendre ordonner ce qu’il peut dire ou ne pas dire, penser et ne pas penser. Je crois que le succès de Trump vient de là.

J’ai écrit dans mon livre que Trump n’était pas la solution mais le symptôme d’un déclin culturel. Beaucoup de chrétiens ne savaient pas vraiment ce que pensait Trump au niveau du combat pro-life et de celui pour la liberté religieuse, mais étaient convaincus que Clinton elle, leur serait hostiles. Mais je crois hélas que Trump est une chose terrible pour les chrétiens. Les évangéliques surtout l’ont soutenu sans recul.

C’est un désastre et un pacte avec le diable. Les boucs-émissaires de l’échec de Trump seront les chrétiens.

Source : Lefigaro.fr

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