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Publié par Abbé Alain Arbez le 10 octobre 2017

On se souvient du fameux débat qui a tourné court au sein de l’Union européenne : fallait-il ou non signaler dans la Constitution de l’Europe les fondements spirituels de la civilisation occidentale ?

Sous la pression de certains courants laïcistes, surtout hollandais et français, les politiciens de l’Union ont évidemment décidé de passer sous silence cette réalité historique au nom du politiquement correct qui sévit en ce début de troisième millénaire. 

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Pourtant, ce sont bel et bien la révélation biblique et l’histoire des Eglises chrétiennes qui ont constitué la matrice de la modernité démocratique et des valeurs de civilisation qui guident encore aujourd’hui en grande partie le monde occidental.

Il suffit de constater ce qui différencie les grandes civilisations pour mettre en relief cette originalité et on ne peut que s’interroger sur cette amnésie européenne qui confine à l’acharnement autodestructeur : et cela, alors même que la société chinoise, propulsée par un essor technologique fulgurant, cherche à renouer avec son confucianisme ancestral ! Que la société indienne recentre avec vigueur ses références d’avenir sur l’hindouisme et le bouddhisme qui l’ont façonnée ! Que les pays arabes et même asiatiques où domine l’islam font de plus en plus résonner les références de leur tradition coranique !

Ainsi, l’humanisme occidental et sa philosophie des droits de l’homme sont les seuls à se détourner de leur source ! Malgré une propagande répandue, se prévalant abusivement des « Lumières », il n’y a objectivement aucun antagonisme entre héritage judéo-chrétien et défense des droits humains, ni entre spiritualité et expression laïque des valeurs.

Petit rappel historique :

La notion moderne de droits de l’homme, élaborée par étapes, s’est imposée dès la fin du 18ème siècle dans des pays de tradition judéo-chrétienne. En 1776, la Virginie, en Amérique du nord, promulgue une Déclaration, qui sera signée peu après par d’autres états voisins. La Déclaration la plus célèbre, version française, ne sera proclamée qu’en 1789, lors de la Révolution.

C’est en principe à ces textes que l’on se réfère lorsqu’on parle de droits de l’homme, sans oublier la Déclaration universelle, reformulée par les Nations Unies en 1948.

Lors de leur promulgation, ces trois versions, d’inspiration identique, sont toutefois situées idéologiquement : en Amérique, on s’émancipe d’un statut colonial. En France, on rejette l’ancien régime.

Quant à l’ONU, la déclaration de 1948 fait référence aux deux guerres mondiales et au nazisme dévastateur. Mais à mi-vingtième siècle, il était encore trop tôt pour dénoncer le communisme et ses exactions.

En 1981, les musulmans publient leur Déclaration des droits de l’homme islamique. Le Conseil islamique d’Europe, ayant son siège à Londres, exprime par là son total décalage avec la Déclaration universelle, laquelle était non reconnue par l’islam parce qu’elle ne correspondait pas à ses visées spécifiques inspirées de la sharia. Dernière tentative de réajustement en 1990 : la déclaration du Caire, dont on n’arrive toujours pas à savoir si elle est cosmétique ou réellement adoptée par les pays musulmans. Le problème est d’abord philosophique : contrairement à la Tradition biblique avec son Dieu du libre arbitre, la tradition coranique considère les humains comme tous prédestinés par Allah, et la notion biblique d’une contribution active à l’histoire en est forcément absente. Le mektoub s’impose aux croyants, dépossédés de toute initiative et de toute marge de liberté, par conséquent cette vision d’un autocrate céleste inconnaissable élimine d’office les infidèles.

On vérifie à quel point l’anthropologie biblique centrée sur la personne et s’appuyant sur le concept d’histoire qui se construit est aux antipodes de la conception passive et fataliste du message islamique. Revenons aux sources originelles de la Déclaration, issue de pays où le judéo-christianisme a longtemps ensemencé la liberté de pensée et la promotion de valeurs humaines.

Le Dieu libérateur de la Bible :

Le Dieu de l’Alliance est un Dieu qui – contrairement aux divinités mythologiques antiques qui s’amusaient des déboires humains du haut de l’Olympe – est une présence bienveillante envers l’homme et sa destinée. Les anciens le dénommaient à ce titre « le Dieu ami des hommes ».

Le livre de l’Exode nous dévoile le visage du Dieu des opprimés et des souffrants : initié à cette alliance indéfectible depuis Abraham, Israël en fait l’expérience fondatrice lors de la sortie d’Egypte.

Le Décalogue reçu par Moïse sur le Sinaï est un code autant social que religieux, basé essentiellement sur le respect de l’autre et la prise en compte des plus faibles. Il est plus perfectionné que le code d’Hamourabi des anciens Mésopotamiens.

Cette expérience pascale, libératrice, d’Israël est une entrée dans une géographie, la Terre promise, mais aussi dans une histoire, et donc une espérance. « Voici que je mets devant toi le bonheur et le malheur, la vie et la mort…Choisis donc la vie pour que tu vives ! » (Deutéronome).

Ce long apprentissage qui consiste à se libérer des servitudes de toutes sortes ne va pas quitter Israël, dont l’alliance avec Dieu sur sa « terre de sainteté » en est l’inspiration permanente. Même la prière des psaumes relie la fidélité au Dieu de l’alliance avec les comportements éthiques quotidiens les plus concrets.

Le respect dû à toute personne se fonde sur le fait que l’être humain est créé à l’image de Dieu, et les prophètes d’Israël protestent énergiquement lorsque d’une manière ou de l’autre cette dignité originelle est bafouée. Dès lors, impossible de respecter Dieu si l’on ne respecte pas l’homme, reflet de son image.

« Dieu rend justice aux opprimés, donne aux affamés du pain, protège l’étranger, soutient la veuve et l’orphelin » (Psaume 146).

Jésus n’abolit rien, il poursuit dans la même ligne :

Dans le Sermon sur la Montagne, d’inspiration pharisienne, Jésus reprend les dix commandements comme voie privilégiée des Béatitudes qui en sont la prolongation résistante. C’est bien pourquoi l’évangéliste Matthieu le présente comme un nouveau Moïse qui actualise le salut du peuple et récapitule le sens de l’alliance dans le don de sa personne.

Son « jugement dernier », (Mt 25/31-48), montre combien, par son enseignement, Jésus a voulu s’identifier aux justes dont les droits fondamentaux ne sont pas respectés : les affamés, ceux qui sont démunis, les prisonniers, les persécutés… « Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites ! » « Les miens » ne s’applique évidemment qu’à ceux et celles qui partagent les mêmes valeurs de vie que le rabbi nazaréen.

Devant le spectacle de Jésus humilié, torturé, devant ce « serviteur souffrant » de la vérité en qui – comme d’innombrables victimes de la violence – l’image de Dieu est bafouée, Pilate s’exclame : « Voici l’Homme ! »

Lorsque les disciples de l’Innocent mis à mort puis ressuscité luttent pour la dignité de la personne, ils contribuent à faire advenir ce monde plus humain d’où émergera le royaume de Dieu, le monde à venir « olam haba ». Jésus a inauguré des temps messianiques où tous pourront avoir « la vie en abondance ».

Selon cette perspective, et dans le sillage de ce message libérateur issu de l’héritage spirituel d’Israël, Jésus a restauré l’image de Dieu en l’homme, il a ouvert une ère nouvelle et des chemins d’humanité.

Comme le dit l’apôtre Paul, les clivages réducteurs de la société de l’époque vont disparaître : « Il n’y a plus d’un côté le Juif et de l’autre le Grec, d’un côté l’esclave et de l’autre l’homme libre, il n’y a plus d’un côté l’homme et de l’autre la femme ; car tous  sont UN dans le Christ. (Gal 3/28).

Aux côtés d’Israël – et non pas « à sa place » – l’Eglise estime avoir reçu la mission de faciliter, de concrétiser l’émergence de cette Terre nouvelle esquissée par les Saintes Ecritures de la Bible, prenant en compte les deux dimensions de la diversité et de l’unité, du particulier et de l’universel.

C’est une tâche actuelle que de défendre simultanément à la suite de Jésus la cause de Dieu et la cause de l’Homme, ce qui implique, évidemment des droits mais aussi des devoirs.

Le christianisme, qui – à la différence de l’islam – distingue clairement entre Dieu et César, recelait ainsi le processus de la laïcité véritable, ce qui fait que – comme Monsieur Jourdain faisant de la prose sans le savoir – les militants des droits de l’homme, tout comme nos contemporains bénéficiaires des démocraties occidentales, pratiquent quotidiennement des valeurs judéo-chrétiennes et bibliques sans s’en rendre compte, même lorsqu’ils les rejettent par inféodation idéologique.

Mais jusqu’à quand cela sera-t-il encore possible?

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, pour Dreuz.info.

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