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Publié par Eduardo Mackenzie le 12 octobre 2017

« Le jeune Karl Marx », le film le plus récent du réalisateur Haïtien-Congolais Raoul Peck (63 ans) vient de sortir en France.

Réalisé dans la partie orientale de l’Allemagne, bien que la plupart de l’action se déroule à Londres, il évoque les quatre premières années de l’amitié entre Marx (interprété par August Diehl) et son compagnon d’aventures Frédéric Engels (Stefan Konarske).

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Le film ne tente pas de faire une reconstruction exacte de ce moment de la vie de ces deux célèbres théoriciens du «socialisme scientifique». L’objectif est plutôt pédagogique, bien qu’il ne soit pas original. Peck essaie de ventiler avec des images quelque chose que la propagande marxiste a toujours dit: que le marxisme est un instrument intellectuel « indépassable » pour « l’émancipation du prolétariat ».

Au Festival 2017 de Berlin, le film a été exhibé hors compétition. La critique cinématographique française, assez pointue et même implacable, cette fois est crédule et oublieuse devant le nouvel opus de Peck. Un chroniqueur de Le Monde dit, par exemple, que l’intention du film est de faire « la requalification assez crâne d’une pensée dévoyée par des systèmes assassins, jetée pour cette raison aux poubelles de l’Histoire, et qui, allez savoir, pourrait resservir un jour. »

La «requalification» que fait le film est, en réalité, médiocre. Son argumentation ne va pas au-delà du même refrain bien connu: les régimes oppressifs créés par les communistes et les énormes catastrophes engendrées par les meilleurs disciples de Marx et Engels – Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Castro, entre autres – n’étaient qu’une « déviation » de l’excellente théorie. La croyance que l’idéal marxiste avait été «perverti» par ces dictateurs était le sophisme le plus habile que les partis communistes avaient sorti après l’effondrement du mur de Berlin et après l’implosion spectaculaire de l’URSS. Raoul Peck passe outre et aspire à réhabiliter cette doctrine.

Le titre du film devrait donc être « Saint Karl Marx ». Dans la brochure distribuée gratuitement dans les cinémas de Paris, Raoul Peck lance: « Karl Marx a aussi peu à voir avec l’histoire des Goulags que Jésus-Christ avec le massacre de la Saint Barthélémy ».

Cette comparaison est absurde. Jésus-Christ n’a jamais prêché l’usage de la force pour diffuser son message, tandis que la contribution centrale de Marx et d’Engels était de prôner la violence et la dictature la plus répressive pour atteindre les objectifs communistes. Pour eux, la fraternité et la collaboration entre les hommes étaient impossibles. Le Goulag est donc l’horizon nécessaire de cette hypothèse, l’atroce point culminant de la logique marxiste.

Connu pour son coléreux documentaire I Am Not Your Negro (2016), basé sur des textes de l’écrivain James Baldwin sur les luttes politiques des Afro-Américains, Raoul Peck annonce que son film sur Marx cherche à montrer «cet inconnu» et à dévoiler ce qu’il y a « derrière le mythe ». Cependant, exposer Marx faisant l’amour avec Jenny von Westphalen et, plus tard, montrer Marx et Engels ivres dans une rue parisienne, n’a aucune importance. Même si dans cette digression éthylique Peck situe (artificiellement) l’origine de la célèbre phrase de Marx: «Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe c’est de le transformer » (sa thèse 11 sur Feuerbach).

La collaboration intellectuelle Marx-Engels a commencé en 1844 avec une salve (imaginaire) d’éloges mutuels: «Vous êtes un génie», lance Engels à Marx à Paris. Et celui-ci répond mécaniquement: « Votre enquête sur la situation de la classe ouvrière en Angleterre est irréfutable » (bien que ce texte soit terminé des mois plus tard).

En dehors de ces personnages, nous voyons en action Jenny von Westphalen (Vicky Krieps), épouse de Marx et membre d’une famille aristocratique de Brême, dont elle s’est séparé pour suivre son turbulent mari, et Mary Burns (Hannah Steele), ouvrière irlandaise de Manchester qui facilitera les contacts de son compagnon Engels avec le parti chartiste. Le film met en scène également la plus grande célébrité du socialisme de l’époque, l’anarchiste non violent Joseph Proudhon (joué par Olivier Gourmet), qui ne partage pas les idées de Marx, ainsi que le journaliste et agitateur Wilhelm Weitling et l’anarchiste russe Mikhaïl Bakounine.

En 1840, après la parution du livre de Proudhon Qu’est-ce que la propriété? Marx avait entamé un dialogue épistolaire avec lui. Cette amitié se termine en 1846 lorsque Marx, dans son essai La Misère de la Philosophie, tente de se moquer du nouveau livre de Proudhon La Philosophie de la Misère.

Le film évoque la Ligue des Justes, une organisation révolutionnaire créée par des artisans allemands, ayant des ramifications dans plusieurs pays du Vieux Continent. L’épisode clé est son deuxième congrès, en novembre 1847, à Londres. Le débat sur le premier article des statuts divise les délégués. Marx et Engels défendent leur vision messianique. Le but de la Ligue, disent-ils, est «de renverser la bourgeoisie, d’ériger le royaume du prolétariat, de détruire l’ancienne société bourgeoise bâti sur les antagonismes de classe et de fonder une nouvelle société sans classes et sans propriété privée». Après avoir perdu la main au cours d’un débat trépidant, Weitling et les partisans du slogan « Tous les hommes sont des frères », plus engagés dans l’agitation publique que dans l’action conspirative, quittent la Ligue qui est renommée Ligue des communistes. Marx et Engels sont chargés de faire un résumé populaire des thèses gagnantes. A Bruxelles, ils rédigent ce texte qui sera publié anonymement à Londres, en février 1948, sous le titre de Manifeste du Parti communiste.

Sans le moindre souci critique, le film adopte les postures de Marx et Engels contre leurs adversaires. Proudhon, auteur de La Capacité politique des classes ouvrières (1865), rejette la révolution violente et préconise la réforme de la société. C’est pourquoi il est étiqueté, dans leManifeste, comme «socialiste conservateur ou bourgeois», ce qui est un non-sens.

Le film ne dit pas un mot sur les réductions, les simplifications et les faux diagnostics économiques contenus dans le Manifeste communiste. Il ne dit pas un seul mot sur les exhortations à la destruction violente et massive des classes non prolétariennes qui imprègnent ce pamphlet.

Le film ne reconnaît en aucun cas que les théories de Marx et d’Engels ont conduit à des tragédies immenses sur les cinq continents dont l’humanité n’a pas fini de panser les blessures. Il n’explique pas pourquoi le communisme marxiste, qui est apparu comme une doctrine «scientifique» et avancée, a donné des fruits aussi réactionnaires et irrationnels et n’a jamais été pris au sérieux en Grande-Bretagne, épicentre de l’activisme intellectuel et politique de Marx et d’Engels. Ce système n’a pas été considéré comme une solution en Europe où la révolution communiste n’a jamais éclos et où elle a été imposée violemment dès l’extérieur, comme en Europe de l’Est. Les partis communistes, en Europe libre, étaient des forces minoritaires, avec deux exceptions momentanées, en Italie et en France.

Certains accents du film sont incroyables. Les divergences entre Marx et Proudhon sont examinées sous le prisme sectaire de Marx, qui prétendait que Proudhon n’aurait rien compris, alors que c’était Marx celui qui ne comprenait rien à la société industrielle. Ni les marxologues ni le film n’expliquent pourquoi Marx a déclenché une lutte si obstinée contre Proudhon. Parce qu’il détestait le communisme et rejetait les propositions de ceux qui, comme Marx et Engels, voyaient la solution de la question sociale par le sacrifice de la liberté et l’utilisation du pouvoir d’Etat? Parce que la synthèse hégélienne, la résolution des oppositions, dans laquelle Marx croyait, n’était pour Proudhon que des foutaises? Probablement. Ou est-ce parce que Proudhon insistait sur la justice, la réduction de l’État, la réorganisation du crédit public, alors que Marx ridiculisait les droits de l’homme et les «valeurs éternelles» dans le Manifeste?

Grâce à sa complexité et à sa richesse (une vingtaine d’ouvrages), la pensée de Proudhon reste d’actualité. Sa perspicacité et son optimisme face aux contradictions sociales –lesquelles pour Marx étaient le signe de l’autodestruction inévitable du capitalisme–, permettaient à Proudhon de voir plus loin. Beaucoup de ses postulats à propos de la révolution sociale pacifique ont contribué au capitalisme réformé de l’Europe et même des États-Unis. Le droit de propriété en tant que contrepoids au pouvoir public, le respect de la famille et de la société civile, le pluralisme des idées, le mutualisme, la coopération, le fédéralisme font partie de l’idéologie proudhonienne. Contrairement à Marx, certaines de ses principales thèses continuent de réussir dans de nombreux pays, comme la création de banques populaires, le crédit gratuit, les subventions, les services techniques à la paysannerie, l’association des producteurs, l’autonomie ouvrière-syndicale vis-à-vis des factions politiques, et même les comités d’entreprise. Le récent «commerce équitable» provient d’une proposition bien connue de Proudhon.

La victoire de la réforme sur la révolution est le thème qui émerge en filigrane déjà dans cette période 1844-1848, ce qui justifie l’intensité des débats sur les voies de la révolution sociale à cette époque. Cependant, Raoul Peck et son scénariste Pascal Bonitzer, pas trop curieux, au lieu d’examiner l’action de Marx et d’Engels dans ce contexte, ont opté pour le conformisme et la mode et ont tourné le dos à ce sujet qui acquerra plus tard l’importance historique que nous lui connaissons tous.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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