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Publié par Gilles William Goldnadel le 18 octobre 2017

L’impunité interminable de Weinstein, l’hommage à Bertrand Cantat des Inrock… Pour Gilles-William Goldnadel, le camp estampillé du Bien couvre et protège toujours les siens.

En quoi a consisté la dernière cérémonie des Oscars d’Hollywood? À moquer, à conspuer, à ridiculiser, à morigéner Donald Trump. Ce fasciste, ce raciste, ce sexiste. Ce beauf blanc en chef représente l’incarnation la plus parfaite de ce que peut détester l’empire du rêve, qui est aussi l’empire du Bien. Le royaume sonore des gentils multicolores et des généreux tridimensionnels.

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La presse internationale, elle aussi sans pitié pour le 45e président des États-Unis, il est vrai assez extravagant, s’est interrogé avec une touchante candeur sur l’interminable impunité dont avait pu bénéficier Harvey Weinstein, le producteur prédateur.

Il est vrai qu’il y a beaucoup à dire sur le silence de mort qu’a respecté l’industrie du bruit. Les pratiques de Weinstein, dont celui-ci n’avait certes pas l’exclusivité, étaient tellement connues qu’elle faisaient même sourire. À plusieurs reprises lors de galas de charité, quelques humoristes en avaient même fait des private jokes publiques.

Et plusieurs personnalités, comme Jane Fonda, connues pour être des contempteurs intransigeants du machisme ont, avec une touchante spontanéité, fait amende honorable pour avoir gardé le silence trop longtemps.

Le New York Times, ordinairement sans concessions pour la violence faite aux femmes, s’est également vu reprocher par certains anciens journalistes de ne pas s’être précipité pour enquêter sur un secret de polichinelle facile à explorer pour autant qu’il le veuille.

Harvey Weinstein est le contraire de Donald Trump : il fait partie intégrante de l’empire du Bien : mieux, il le domine

Mais à la vérité, l’explication pour être simple est idéologiquement gênante: Harvey Weinstein est le contraire de Donald Trump: il fait partie intégrante de l’empire du Bien: mieux, il le domine.

Tout le contraire du président beauf: c’est un libéral de gauche très engagé, qui pense bien, issu d’une minorité, protecteur des arts et de la culture progressistes.

Il a contribué puissamment à la campagne de la si féministe Hillary Clinton qui aura mis cinq jours pour sortir de son silence quand elle aura mis cinq secondes pour vitupérer l’attitude du président à Charlottesville.

Une fois que ces choses sont dites, il est plus facile de comprendre l’indulgence du camp du Bien pour l’un des siens.

Après avoir écrit le mépris que peut m’inspirer l’intéressé trop longtemps protégé, je souhaiterais ajouter un peu de complexité au milieu d’un contexte médiatiquement hystérique, la même qui guidait ma plume d’avocat lors des affaires Strauss-Kahn. N’allons pas trop vite en besogne pénale.

Que Monsieur Weinstein soit un butor arrogant profitant outrageusement de sa situation pour extorquer lourdement à certaines femmes des faveurs sexuelles indues ne fait pas débat. Qu’il ait utilisé la force, encore qu’il le nie, sans doute.

Mais au milieu de cette épidémie de révélations accusatoires, encore faudrait-il trier le bon grain de l’ivraie et les vraies victimes des affabulatrices en mal de publicité.

Toutes les femmes qui ont entretenu un commerce avec le nabab ne sont peut-être pas de malheureuses proies sans défense. Celle qui a continué à entretenir avec lui pendant cinq années des relations sexuelles consenties aura peut-être quelques difficultés à en convaincre la justice.

Une actrice française, avec beaucoup de finesse et d’intelligence, a expliqué comment le producteur américain l’avait fait monter dans sa suite du Crillon, en présence de son épouse qui s’est ensuite esquivée (et qui vient de demander le divorce, soudainement choquée…) pour tenter de lui extorquer un massage amélioré. L’actrice décrit Weinstein comme un «ventripotent libidineux». Certes, raison pourquoi, notamment, il n’eut pas droit à son massage, d’autant plus qu’elle comptait peu sur lui pour sa carrière.

Mais à côté des extorsions écœurantes de faveurs indues, peuvent parfaitement coexister des faveurs données de bonne grâce pour des raisons intéressées. Et même désintéressées. Tant le prestige exerce puissamment chez certains et certaines des pouvoirs aphrodisiaques qui peuvent avoir l’étrange vertu de rendre séduisants les gros nababs vicieux.

En France, il est d’autres formes d’indulgences dont jouit le camp du Bien.

Il en est ainsi par exemple du cas Bertrand Cantat. Que le meurtrier de Marie Trintignant ait purgé sa peine et qu’il puisse désormais vivre tranquillement est indiscutable. Mais s’il a droit à l’oubli, a-t-il droit à nouveaux à la gloire et aux honneurs, comme ceux que vient de lui rendre le magazine «les Inrockuptibles»?

Mais il y a bien pire: sans complexe excessif, Bertrand Cantat se fait donneur de leçons de morale

Il faut regarder la couverture, lire l’entretien plein d’empathie et de compassion, non pour Marie Trintignant mais pour celui qui l’a saoulée de coups mortels.

Il faut aussi saluer la générosité de la publication qui offre en prime un CD du rappeur Orelsan, auteur de cette chanson dont l’une des délicates paroles est de dire «je vais te marie trintigner». Mais il y a bien pire: sans complexe excessif, Bertrand Cantat se fait donneur de leçons de morale et vitupère les Anglais égoïstes du Brexit pour leur attitude inhospitalière envers l’altérité migratoire.

Sans doute, espère-t-il ainsi, par de pieuses paroles, trouver le chemin de la rédemption.

Qu’il se rassure toutefois, ce chemin du Bien, il ne l’a jamais quitté, et il est demeuré dans le cœur de ses camarades idéologiquement incorruptibles.

quand on appartient au camp estampillé du Bien, peu importe le mal que l’on fait, on bénéficie toujours d’un traitement bénéfique

Dans un livre que j’ai publié en 2004 (Les Martyrocrates* chez Plon), j’ai reproduit quelques extraits de cette fantasmagorique tribune signée par la cinéaste Hélène Châtelain, le journaliste Claude Faber et l’homme de théâtre Armand Gatti dans Le Monde du 18 août 2003, pour soutenir un camarade de combat, quelques jours seulement après que Marie Trintignant n’ait été par lui mortellement frappée:

«Bertrand Cantat est plus qu’un ami. Il est notre frère d’écriture, de conviction et de cœur. Nous aimons tout de lui, son regard sur le temps, ses épaules larges comme un horizon, sa poésie en forme d’étoile… ceux qui le connaissent, ceux qui l’ont applaudi, ceux qui l’ont accueilli dans leurs rédactions, leurs meetings, leurs rendez-vous publics, ceux qui l’ont appelé en soutien, ceux qui ont salué sa détermination, son engagement, son talent artistique, son humanisme, sa rigueur intellectuelle, sa liberté de pensée… ne peuvent oublier… à moins que l’amnésie doublée de mauvaise foi soit une maladie de notre temps…»

Mais c’est le titre même de la tribune qui éclairait le mieux la noble démarche artistique et rebelle: «Bertrand Cantat reste des nôtres».

Oui, quand on appartient au camp estampillé du Bien, peu importe le mal que l’on fait par ailleurs, que l’on s’appelle Weinstein ou Cantat mais aussi Battisti, on bénéficie toujours d’un traitement bénéfique.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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