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Publié par Abbé Alain Arbez le 8 novembre 2017

La croix est devenue au fil du temps le symbole universel de la chrétienté.  Elle reste même souvent, dans les mémoires juives, l’image d’un christianisme oppresseur et meurtrier.

Le tournant pris à Vatican II et le rapprochement qui s’est opéré n’efface pas les mauvais souvenirs, la mémoire reste sentinelle, mais ce virage salutaire permet de voir l’actualité différemment. Aujourd’hui, la croix ne menace plus les juifs.

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Quelle en est l’historique ?

Symbole positif

Les bras de la croix évoquent quatre directions, c’est-à-dire l’universalité du message de vie, comme les quatre bras du fleuve de la Genèse (Gn 2.10) arrosant le jardin d’Eden de la création.

Supplice

Pas d’idéalisme déconnecté de l’histoire : la croix a d’abord été un terrible supplice romain ramené de Perse. Sa fonction était celle d’une mise à mort ignominieuse, telle que l’a connue Jésus, et comme lui des centaines de milliers de condamnés avant et après lui.

C’est pour cette raison qu’il a fallu autant de temps aux premières générations chrétiennes pour faire de la croix du Christ une lecture théologique. Qui donc aujourd’hui donnerait a priori une valeur positive à un gibet, à un poteau d’exécution ou à une guillotine ?

Aux premiers siècles du christianisme, la croix n’est donc pas le symbole de reconnaissance des croyants à Jésus. Dans les catacombes de Rome, aux 1er et 2ème siècles, les représentations les plus fréquentes du mystère du salut en Jésus Christ sont des figures moins macabres que la croix des condamnés à mort.

On trouve surtout, sur les murs et les sarcophages, des peintures du bon berger, de la multiplication des pains et de la pêche miraculeuse. Mais pas de Christ en croix !

Le poisson est un code fréquent de reconnaissance entre chrétiens persécutés : ichtys en grec, sigle dont les lettres renvoient à Jésus sauveur.

Premières représentations

Il y a d’abord l’épisode du tav, cette lettre hébraïque avait la forme d’un x ou d’une + dans l’alphabet ancien. C’était le T de torah, que l’on pouvait esquisser sur le front d’un croyant comme une bénédiction. Les premiers disciples de Jésus ont fait spontanément le lien entre le tav de la torah et la croix du crucifié relevé d’entre les morts.

Puis les pères de l’Eglise ont vu dans la croix l’allégorie de l’arbre de vie biblique. La première représentation de la croix apparaît à Rome au 5ème siècle, sculptée sur la porte de bois de l’église Sainte Sabine afin d’évoquer l’historicité de la crucifixion.

Il faut attendre le 8ème siècle pour que la croix prenne une place de plus en plus significative. C’est alors que s’élabore autour d’elle une piété populaire dont les risques de dérapage, comme par rapport à toute image fabriquée, sont bien réels.

Face à ce danger dans la vénération de la croix, des résistances se manifestent : en 823, un évêque catholique, Claude, fait détruire les croix des églises de Turin, estimant qu’il y a là un symbole de mort et non de vie. A la même époque, à Byzance, des chrétiens dissidents jugent malsain le développement du culte de la croix et ils s’en prennent également à ses représentations invasives. Mais leurs intentions ne sont pas toujours claires car le docétisme qui les influence prétend que Jésus n’a pas connu la croix, un être aussi parfait ne pouvant rejoindre de la sorte la condition des damnés de la terre ! (On retrouve des traces de ce refus gnostique de la crucifixion dans le Coran, inspiré de traditions marginales hétérodoxes).

Réalisme de la mort de Jésus

La croix montrant un Christ souffrant veut sans doute assumer le réalisme du salut par l’amour donné jusqu’au bout. L’Occident va ainsi insister sur le drame du Vendredi-saint. C’est pourquoi apparaît sur la croix (en hébreu et en latin) l’inscription mentionnée dans l’évangile « INRI », Jésus roi des Juifs, signe de l’inculpation romaine correspondant au « crimen lesae majestatis » (crime de lèse-majesté) envers le pouvoir politique occupant.

On représente le Christ mort en croix, la tête entourée d’une couronne d’épines. Au début du moyen-âge, sous l’influence byzantine, les christs en croix ont encore le visage paisible irradié de lumière et les yeux ouverts. On retrouve ce style d’icône lumineuse dans le célèbre crucifix de François d’Assise. En revanche, à la Renaissance, on dramatise la croix et on représente des christs morts, yeux fermés, la tête inclinée après le dernier soupir.

Au 18ème siècle, la tendance à privilégier cette expression de la souffrance s’amplifie encore dans la piété populaire. Comme si ces croix tragiques offraient aux malheureux et aux opprimés de toutes sortes une véritable identification avec Jésus agonisant sous les tortures et expiant tous les péchés du monde.

Diversité

Après la révolution culturelle qui a suivi la Réformation au 16ème siècle, la croix reste présente dans les temples protestants. Mais elle ne porte pas le crucifié.

La croix nue se veut d’abord expression d’une fidélité dans le refus de toute représentation humaine. Mais l’accent est également mis sur la résurrection du Christ présent à la droite du Père, et qui par le fait n’est donc plus visible en tant que cadavre cloué sur le bois du supplice.

Ce qui compte finalement, c’est que ce symbole de foi judéo-chrétienne qu’est la croix reste un humble signe, et non un symbole triomphaliste ou hégémonique. La croix doit rester un symbole de médiation pascale qui nous renvoie à la fois à l’histoire réelle d’il y a 2000 ans et à la joie éternelle du Royaume du Dieu de la Bible.

Le coran parle de la croix comme supplice d’infamie. Mais il nie catégoriquement la crucifixion de Jésus, reprenant les positions hérétiques de certains groupes dissidents pour lesquels un « prophète de Dieu » comme Jésus ne peut connaître une telle fin ignominieuse, exactement à l’inverse de ce qu’évoque la prophétie d’Isaïe et à l’opposé de la théologie johannique, pour laquelle la croix est paradoxalement le trône de gloire du Fils porte-parole de l’Amour divin du Père.

Cependant, dans la sourate 37 « La table est servie » au verset 33, il est question de crucifixion infligée aux chrétiens, puisque rejetés par Allah :

« La récompense de ceux qui combattent Allah et son messager et qui s’efforcent de semer la corruption sur terre, c’est qu’ils soient tués ou crucifiés ! Ou que soient coupées leur main et leur jambe opposée… »

Au cours des siècles d’invasions islamiques, les musulmans ont utilisé ce supplice contre leurs prisonniers chrétiens. En Indonésie, à notre époque, des chrétiens sont régulièrement assassinés de cette manière par des islamistes : ils se retrouvent cloués sur des croix où on les laisse agoniser dans d’atroces souffrances en se moquant d’eux et de leur « impiété ». La passion continue.

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Abbé Alain René Arbez.

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