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Publié par Gaia - Dreuz le 10 novembre 2017

Sylvie demande à récupérer ses petits-enfants de 3, 5 et 8 ans, et que leur mère enrôlée dans les rangs djihadistes soit jugée en France.

Sylvie* souffre. Tout le temps. Intensément. « La joie de vivre est partie, souffle cette femme de 52 ans d’un incroyable courage. Je ne peux plus être normale, c’est impossible. Au début, dès que je voyais des gosses dans la rue, je me mettais à pleurer en songeant à mes petits-enfants. » Son angoisse évolue au gré des avancées militaires de la coalition contre l’organisation Etat islamique. Et des maigres nouvelles que sa fille Charlotte* consent — ou parvient — à lui envoyer depuis la zone syro-irakienne où elle survit avec ses trois enfants de 3, 5 et 8 ans.

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« Je pense qu’ils se trouvent dans le dernier réduit de Daech, près de la frontière irakienne, avance Sylvie. Pour ma fille, il n’y a plus que deux issues : être tuée ou être arrêtée. Mon seul espoir, celui qui me fait encore tenir debout, c’est qu’elle soit capturée, renvoyée en France pour y être jugée et que je récupère mes petits-enfants. Encore faudrait-il que le gouvernement fasse quelque chose pour les rapatrier. »

Sylvie fait partie de la vingtaine de familles qui ont envoyé une salve de courriers au chef de l’Etat et à de nombreux ministres il y a deux semaines pour leur demander d’agir en ce sens. « Nos filles, même si elles se sont égarées après avoir été endoctrinées, ont droit à un procès équitable, soutient-elle. Parce que si on les abandonne à leur triste sort on les condamne à mort. »
«J’ai fini par tout accepter»

Le ciel est « tombé sur la tête » de cette employée en février 2015 lorsque Charlotte a fui en Syrie avec ses trois enfants et son compagnon, père des deux derniers. Un départ au terme d’un long processus d’endoctrinement que Sylvie n’a jamais pu enrayer. Sa fille unique, 29 ans aujourd’hui, a découvert l’islam à l’adolescence. En recherche, la jeune fille va ensuite se plonger dans cette religion. Et progressivement se perdre dans l’intégrisme. « J’ai essayé d’argumenter mais, de guerre lasse, j’ai fini par tout accepter. Pour pouvoir garder le contact avec elle. »

En 2009, après avoir rencontré un homme sur un site cultuel, Charlotte donne naissance à un premier enfant. Deux autres suivront avec un autre père, un converti plus âgé. « Un manipulateur qui a su isoler ma fille », se lamente Sylvie, qui s’en veut de ne pas avoir réussi à lui ouvrir les yeux.

La découverte de la fuite en Syrie est un coup de poignard, la prise de conscience que ce conflit vu à la télévision va désormais contaminer son quotidien. Mais cet exil volontaire ne met pas fin aux contacts mère-fille. « Elle ne m’a jamais dit où elle se trouvait exactement. Elle m’envoyait des photos des enfants. J’avais l’impression qu’ils allaient bien, loin de la guerre. Ces gosses, je les ai élevés, dorlotés, bercés… », hoquette cette grand-mère courage qui enchaîne les cigarettes. L’annonce de la mort de son « gendre » au début de l’année est un nouveau choc pour Sylvie : « La dangerosité de la guerre est devenue très concrète d’un seul coup », résume-t-elle.

«Même les nazis ont eu droit à un procès équitable»

Leur dernier échange remonte à plus de trois semaines, au moment de la chute de Raqqa. « Je me suis enfin autorisée à lui dire tout ce que je n’osais pas, précise Sylvie. Je l’ai clairement encouragée à se rendre, en choisissant ce qui me semble être le bon côté, celui des Kurdes. Parce que si elle se retrouve aux mains de Bachar al-Assad c’est le trou noir. Et, en Irak, elle est passible de la peine de mort. » Sans pouvoir réprimer un sanglot, Sylvie poursuit : « Je lui ai aussi conseillé d’accrocher un panneau au cou des enfants avec leur nom et leur nationalité au cas où elle serait tuée, ou s’ils étaient séparés… »

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Consciente que l’opinion publique n’est pas du côté des familles de ces Français qui ont choisi Daech, cette « mamie » insiste : « Nous aussi nous sommes des victimes de Daech. L’Etat islamique est venu chercher nos filles ici. Aujourd’hui elles ont droit à un procès digne de ce nom, en France. Même les nazis ont eu droit à un procès équitable. Je pensais que l’Etat interviendrait pour que les femmes et les enfants soient traités dignement. Manifestement, j’étais naïve… »

* Les prénoms ont été modifiés.

Source : Leparisien.fr

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