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Publié par Abbé Alain Arbez le 11 novembre 2017

Les chrétiens prient en tant qu’enfants de Dieu, en particulier avec la prière du Notre Père, proche du kaddish.

C’est pourquoi ils entrent ainsi dans un dialogue intime, cœur à cœur avec Dieu, dans l’esprit des psaumes où s’expriment librement tous les sentiments humains (louange, angoisse, déception, etc) afin d’atteindre une véritable confiance en la bienveillance du Père. La parole biblique, inspiratrice essentielle de la prière chrétienne, constitue par là-même un ressourcement éthique permanent qui influera sur les attitudes quotidiennes du croyant. Dieu nous engendre à la vie !

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Mais précisément, cette démarche du chrétien représente un péché gravissime selon l’islam : en effet, pour la tradition coranique, Allah ne peut être « père ». Allah ne cherche pas à être en relation avec les humains, il leur dicte ses injonctions. Il préside à tout ce qui advient, le bien comme le mal. C’est le mektoub. Allah n’est pas le Dieu de l’alliance. Et lorsque les chrétiens s’adressent au Dieu de la Bible en y associant un Fils appelé Jésus, cette transgression constitue la plus grave offense à la transcendance : le shirk. C’est donc à partir de cette attitude chrétienne de filialité en union avec Jésus que les musulmans accusent les chrétiens d’être des « associateurs », qui méritent d’être éliminés, avec les polythéistes, les athées et autres mécréants.

Le Coran signifie « récitation ». C’est la parole d’Allah incarnée dans LE livre et donc intouchable. Or le coran demande aux musulmans : « Acquittez-vous de la prière », la salat, un des piliers de l’islam, rite prescrit cinq fois par jour. Ici, pas de communication en tant que telle avec Dieu, mais exécution purement rituelle d’un ordre divin. La première sourate, la fatiha, s’adresse à Allah pour le remercier du fait que les musulmans sont en accord avec sa volonté, alors que les juifs et les chrétiens méritent sa colère et sont  clairement dénoncés en tant qu’impies.

Autre problème pour ce qui est de la prière musulmane : la majorité des pays constituant la oumma ne connaissent pas la langue arabe. Par exemple, dans les madrassas asiatiques, les enfants sont contraints d’apprendre par cœur à longueur de temps des phrases qu’ils ne comprennent pas, et ils prient dans la langue coranique qui leur est inconnue. De ce fait, pour la prière, l’accent est mis sur les gestes de purification exigés avant le rite ainsi que sur la posture du corps. La prière est d’abord un alignement mécanique du corps individuel sur le comportement du groupe, plutôt que d’être l’expression personnelle d’une imprégnation intérieure de paroles modifiant l’état de conscience.

La posture de prière en islam et dans le christianisme :

L’attitude courante – en dehors des prosternations – est pour le musulman de tenir ses mains paumes ouvertes vers le haut à hauteur de l’abdomen. Ce qui évoque surtout la dimension terrestre de la religion. C’est aussi l’image de la soumission à Allah et à tout ce qui peut arriver en bien ou en mal dans la vie quotidienne.

La position du priant dans la tradition biblique est essentiellement la tenue debout avec les mains levées vers le ciel, à hauteur du visage. Comme pour demander au Dieu de l’alliance qu’il accorde au croyant l’harmonisation entre sa pensée et son action. Les mains sont à la verticale, en signe d’accueil comme pour capter les messages du olam haba, le monde à venir.

Il est surprenant de constater aujourd’hui dans les assemblées liturgiques que beaucoup de chrétiens se mettent à prier à la manière islamique, les mains paumes ouvertes horizontales à hauteur du ventre, au lieu de les lever vers le ciel, à la verticale, conformément à la tradition millénaire de l’orant. Cela fait penser à la fameuse phrase de Paul dans l’épître aux Philippiens 3.19 : « leur dieu, c’est leur ventre. Ils ne s’intéressent qu’aux choses de la terre, mais nous, nous sommes citoyens des cieux ». Il suffit pourtant de méditer les textes bibliques ou d’admirer l’iconographie ancienne pour prendre la mesure d’une telle dérive.

  • Quelques exemples parmi d’autres dans la Bible hébraïque:

Exode 9.29 : Je lèverai les mains vers l’Eternel !

Exode 17.11 : Lorsque Moïse élevait les mains, Israel était le plus fort.

Néhémie 8.6 : Tout le peuple, levant les mains s’écriait amen !

Isaïe 1.15 :  Quand vous levez vos mains pour la prière

Lamentations de Jérémie : Elevons nos cœurs et nos mains vers le Seigneur.

  • De nombreux psaumes rappellent cette posture de prière :

Psaume 28.2 : J’élève les mains vers ton sanctuaire.

Psaume 141.2 :   Que ma prière monte vers toi Seigneur comme l’encens, et que mes mains se lèvent comme l’offrande du soir.

 

Lors de la célébration de l’eucharistie, le prêtre lève ses deux mains en disant la préface (la kadusha) afin de louer Dieu présent par sa Parole et dont l’Esprit vient consacrer le pain et le vin du mémorial pascal.

L’apôtre Paul lui-même demande, dans son épître, de lever les mains vers le ciel. Non seulement les catacombes de Rome et les symboles funéraires illustrent bien ces attitudes bibliques, mais des textes anciens précisent que dans les déserts d’Egypte, les anachorètes chrétiens du 1er siècle priaient ainsi : « le samedi soir, le moine Arsène debout tendait les mains vers le ciel en priant jusqu’à ce que le soleil se lève devant lui. Alors seulement il s’asseyait ».

Les mains vers le ciel expriment bien la réceptivité à la Parole de Dieu et le désir d’unir en fonction de celle-ci le mental et l’activité de l’homme.

Pour l’islam, l’approche est différente. Quelles que soient les prières récitées, Allah reste dans sa sphère immuable et hors d’atteinte.

Pour le chrétien, fidèle à toute la tradition biblique, celui ou celle qui prie est convaincu que tout en étant transcendant, le Dieu de l’Alliance parle à son cœur. Le croyant a conscience que Dieu veut établir en lui sa demeure, dans une relation réconfortante, afin de faire émerger en lui un être nouveau. Ce n’est pas seulement le croyant qui prie son Dieu, c’est Dieu qui prie le croyant d’accueillir sa présence afin que le monde entier en soit transfiguré.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, pour Dreuz.info.

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