Publié par Guy Millière le 27 novembre 2017

Divers lecteurs ne cessent de me faire part de leurs inquiétudes concernant l’hégémonie iranienne qui prend forme au Proche-Orient.

J’entends ici répondre à ces inquiétudes.

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  • L’Iran a effectivement le pouvoir à Téhéran, à Bagdad, à Damas et à Beyrouth.
  • Le régime Assad en Syrie entend reprendre avec l’aide de l’Iran et de la Russie l’essentiel du territoire syrien.
  • L’administration Trump n’entend pas se battre pour que la Syrie échappe au contrôle d’Assad, de l’Iran et de la Russie.

Cela signifie-t-il un abandon des zones kurdes en Syrie et en Irak par l’administration Trump? La réponse est non.

L’administration Trump est déterminée à protéger et à aider militairement les zones kurdes, et à préserver leur autonomie. Il y a cinq mille militaires américains dans ces zones pour cela. L’autonomie, cela dit n’est pas l’indépendance, et l’administration Trump ne soutient et ne soutiendra pas l’indépendance du Kurdistan irakien, ou celle du Kurdistan syrien. Pourquoi? Parce que cela impliquerait assez vite des soulèvements dans le Kurdistan turc, et le glissement vers une guerre régionale généralisée. Les objectifs de l’administration Trump sont ailleurs.

L’objectif majeur est l’endiguement de l’Iran, qui implique la coopération de la Russie. L’objectif au sein de cet objectif est le renforcement d’un bloc sunnite autour de l’Arabie Saoudite, et le rapprochement de ce bloc sunnite avec Israël.

Une Syrie sous contrôle d’Assad, de l’Iran et de la Russie constitue-t-elle un danger majeur pour Israël?

La réponse est qu’elle constitue un danger, oui, mais pas un danger majeur, et le danger est là depuis la fin de la présidence Obama. L’Iran est installé en Syrie et y a changé la population en procédant à une immigration chiite massive. Il y a créé des bases militaires. Il y coopère avec le Hezbollah, qui tient l’intégralité du Liban. La Russie soutient le régime Assad et la présence iranienne en Syrie. Elle ne veut, cela dit, pas plus que les Etats-Unis d’une guerre régionale généralisée, et entend juguler toute volonté agressive de l’Iran et du Hezbollah. Poutine pratique la realpolitik. Ce n’est pas un fanatique. Il refusera toute forme d’attaque contre Israël. Il accepte tout à fait la position de ferme dissuasion de l’armée israélienne, qui frappe les installations iraniennes dangereuses pour Israël, et qui menace le Hezbollah de destruction totale si le Hezbollah décidait de passer à l’attaque (ce qu’il ne fera pas).

Les contacts Netanyahou Poutine sont fréquents, et de bonne qualité. Les contacts Trump Poutine sont fréquents aussi, et Trump pratique lui aussi la realpolitik. Il ne veut pas affronter Poutine en Syrie, car il sait que la Russie veut garder la Syrie sous son contrôle et que Poutine tient à ce que l’Iran soit en Syrie: faire la guerre pour reprendre la Syrie à la Russie et à l’Iran serait contre-productif, et conduirait à la guerre régionale généralisée que personne ne veut. Ce qui se dessine est une Syrie sous contrôle russo-iranien, avec une Russie jugulant l’Iran, et s’entendant pour cela avec les Etats-Unis et Israël.

L’essentiel de ce qui se joue présentement est ce qui se joue à Riyad en Arabie Saoudite

Le roi Salman, et le prince héritier Mohammed ben Salman, ont accepté le contrat proposé par Donald Trump au sommet de Riyad au mois de mai. Les Etats-Unis soutiennent l’Arabie Saoudite, lui fournissent de l’armement, et la protègent face à l’Iran: à la condition stricte que l’Arabie Saoudite cesse tout financement du terrorisme islamique et toute dissémination de l’islam radical, se rapproche d’Israël, et entraîne à sa suite le reste du monde sunnite. Tous les dirigeants saoudiens qui ne sont pas en accord avec le contrat ont été placés en état d’arrestation, et leurs avoirs financiers ont été confisqués, avec coopération des Etats-Unis. L’armée pakistanaise a dépêché des unités pour contribuer à l’opération.

Point très important: l’opération se déroule en concertation avec la Russie, qui a tout intérêt à ce que le terrorisme islamique et la dissémination de l’islam radical cessent, mais aussi en concertation avec la Chine, qui a le même intérêt, vu l’agitation musulmane sunnite dans le Xinjiang. L’opération se déroule, bien sûr, en concertation avec le gouvernement d’Israël.

Le roi Salman, et le prince héritier Mohammed ben Salman, ont accepté le contrat proposé par Donald Trump parce qu’ils entendent endiguer l’Iran et qu’ils savent qu’ils ne peuvent y parvenir qu’avec l’aide américaine et une alliance avec Israël.

Ils savent aussi que l’Arabie Saoudite doit impérativement moderniser son économie sous peine de sombrer, et peut d’autant moins compter sur la rente pétrolière que les Etats-Unis sont désormais indépendants énergétiquement. Ils veulent une Arabie Saoudite modernisée: leur projet s’appelle Vision 2030. Ils disposent désormais (aidés de l’armée pakistanaise et des moyens fournis par les Etats-Unis) des moyens militaires de juguler l’Iran. Ils peuvent compter sur l’armée égyptienne pour les appuyer.

Ils ne détesteraient pas qu’Israël attaque le Hezbollah au Liban, mais Israël ne le fera pas, car les risques de voir le feu déferler sur Israël seraient trop élevés. Et Israël en restera à l’attitude de très ferme dissuasion qui est la sienne présentement.

L’endiguement de l’Iran est en bonne voie

  • Poutine a placé ses pions du côté syrien et iranien, mais il jugule l’Iran. Il s’entend avec l’Arabie Saoudite, avec l’Egypte, avec Donald Trump, avec Israël, qui n’est plus isolé régionalement et est protégé de l’Iran par sa très ferme politique de dissuasion, par les garanties données par les Etats-Unis, par Vladimir Poutine.
  • Deux pays penchaient du côté iranien: le Qatar, que l’Arabie Saoudite s’est donné les moyens d’asphyxier financièrement, et la Turquie, à qui l’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe ont fait comprendre qui tenait les cordons de la bourse: la livre turque a connu ces derniers jours une chute vertigineuse en raison de retraits financiers massifs des banques turques, et Erdogan a compris le message. Poutine a complété le message en rappelant à Erdogan que l’armée russe est présente au Sud et au Nord de la Turquie.
  • Un pays n’a pas clairement choisi le camp saoudien ces derniers temps, la Jordanie. L’Arabie Saoudite a pris à son égard aussi des mesures de rétorsion financière.
  • Un pays est sous contrôle iranien complet, le Liban, qu’il vaudrait mieux appeler Hezbollahland (Michel Aoun et Saad Hariri n’y ont strictement aucun poids). Poutine a promis en jugulant l’Iran de juguler le Hezbollah. La très ferme dissuasion israélienne fera le reste. Le Hezbollah ne se suicidera pas en attaquant Israël, non.

La doctrine Trump avance. Israël a toutes les raisons de faire preuve de vigilance et de fermeté. Le danger n’est pas écarté. Mais la situation d’Israël est bien meilleure qu’elle n’était à la fin des années Obama. Vraiment bien meilleure.

La position de l’Iran elle est beaucoup moins bonne, contrairement à ce qui se dit ici ou là. La Syrie est en ruines, et ni l’Iran ni la Russie n’ont les moyens de reconstruire le pays.

La position des groupes islamistes sunnites est très précaire, tout comme la position de factions palestiniennes, qui sont marginalisées et le resteront.

La vigilance reste de mise pour Israël, mais aussi pour l’Egypte ou des fragments de l’Etat Islamique en déroute sont actifs dans le Sinaï, et peuvent encore tuer: on vient de le voir tragiquement avec l’attaque de la mosquée de Bir Al-Abeb.

La vigilance reste de mise pour le roi Salman et Mohammed ben Salman. Le succès de la révolution saoudienne est essentiel dans la stratégie de l’administration Trump. Les trois négociateurs de Donald Trump pour le Proche-Orient, Jared Kushner, Jason Greenblatt et David Friedman sont des Juifs orthodoxes. Ils sont bien davantage que des amis d’Israël et de Binyamin Netanyahou. Ils travaillent en concertation constante avec le roi Salman et Mohammed ben Salman.

Deux blocs se font face, comme je l’explique en détail dans le prochain numéro d’Israël Magazine.

  • L’un inclut la Russie et l’Iran,
  • L’autre l’Arabie Saoudite, Israël et les Etats-Unis.

Si la révolution saoudienne réussit, l’avantage décisif ira au bloc constitué par l’Arabie Saoudite, Israël et les Etats-Unis.

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