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Publié par Gilles William Goldnadel le 11 décembre 2017

Gilles-William Goldnadel revient sur la polémique déclenchée par la décision de Donald Trump, de déplacer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Il considère qu’une partie de la presse française idéologise et hystérise le sujet sans aborder le débat de fond.

On a beau savoir que Jérusalem rend fou et que Donald Trump rend hystérique, la manière dont une partie de la presse a rendu compte de la dernière actualité hiérosolymitaine met à mal le bon sens.

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On a bien entendu le droit de tout dire sur la décision controversée du président américain de transférer les locaux diplomatiques de son pays de Tel-Aviv à Jérusalem.

On peut parfaitement penser que cette décision va jeter de l’huile sur les braises du conflit israélo-palestinien pour rien. Et l’auteur de ces lignes n’est pas loin de le considérer. On peut tout dire et prophétiser. On peut même soutenir que ce sont ces prophéties du pire qui sont le meilleur carburant de la passion violente. Qu’anticiper complaisamment la radicalité est le meilleur moyen de se faire son auxiliaire. Après tout, les Juifs n’ont menacé personne après que l’Unesco (dont la France) a contesté leurs liens historiques avec Jérusalem. On peut tout dire, sauf n’importe quoi. Tout, sauf de flagrantes contrevérités.

La semaine écoulée donne un triste exemple de ce que l’idéologie est capable de dissimuler ou de travestir, même lorsque son métier est d’informer. Comment, dès lors, espérer que le public égaré soit capable de pouvoir se former un jugement éclairé, équitable et pondéré ?

Ainsi, le 7 décembre, dans son éditorial sévère, Le Monde écrit: «Si le gouvernement israélien a été installé à Jérusalem en 1948, Jérusalem-Est était entièrement arabe jusqu’à 1967.».

C’est parfaitement vrai, sauf qu’il manque singulièrement l’essentiel: si Jérusalem-Est était «entièrement arabe» jusqu’en 1967, c’est parce que l’armée jordanienne en avait expulsé pendant la guerre de 1948 les milliers juifs qui y vivaient majoritairement depuis des siècles, leurs lieux saints leurs demeurants interdits jusqu’en 1967. Occulter cette épuration ethnique et religieuse tout en faisant argument de ses conséquences donne littéralement le vertige.

Le lendemain, 8 décembre, le même quotidien vespéral publie un nouvel article sur le même sujet: «Pourquoi la reconnaissance par Donald Trump pose-t-elle problème?».

Lisons bien cette phrase:

«En 1947, les Nations unies (ONU) ont voté le partage de la Palestine en deux Etats: l’un arabe, l’autre juif. Jérusalem est exclue de ce plan et doit passer sous le contrôle de l’ONU, qui en garantit la liberté d’accès aux lieux de culte. Pourtant, en 1949, après la fin du mandat britannique et une première guerre avec les pays arabes, le jeune État d’Israël transfère sa capitale de Tel-Aviv à Jérusalem-Ouest».

Fermons les yeux sur le fait que le journal se contredise du jour au lendemain sur cette «capitale» de Tel-Aviv qui n’a jamais été transférée par le gouvernement Israélien de 1948 à 1949. À nouveau, la même incroyable occultation. Un rien, un simple petit détail: alors même que le quotidien insiste sur la localisation administrative de la capitale de l’État juif à Jérusalem-Ouest, il oublie invraisemblablement de mentionner que la Jordanie avec sa Légion Arabe, après avoir vaincu et expulsé les juifs, a occupé physiquement sans droit Jérusalem-Est tout en leur interdisant de venir prier sur leurs lieux sacrés, largement dévastés.

À ce degré d’occultation des faits, le spectateur, fût-il engagé comme l’auteur de ces lignes, demeure impuissant à vouloir raisonner.

De même, l’ensemble de la presse française a cru devoir présenter l’initiative controversée, du controversé américain, comme une «reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël». Nouvelle contrevérité.

C’est le Congrès américain en 1995, sous Bill Clinton, qui a pris quasi unanimement cette disposition législative en ordonnant par voie de conséquence le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Ce n’est que pour des raisons de sécurité que les présidents américains successifs ont temporisé. Obama le bien-aimé en 2008, lors d’une visite, a rappelé que pour l’Amérique: «Jérusalem était la capitale d’Israël». Il n’a pas déclenché le feu du ciel. La Russie, en avril dernier, a prononcé le même credo sans que le ciel ne tombe sur la tête de Poutine.

On a parfaitement le droit de penser et de dire que ce type de décision indispose la partie arabo-musulmane dont les droits sur la ville sainte sont également inaliénables ou contredisent le plan de partage onusien de 1947, si mis à mal par le refus arabe de son application. On peut parfaitement considérer que la décision d’ordre pratique prise par le président extraverti est motivée par des considérations intérieures. Les commentaires sont parfaitement libres, mais la vérité, elle, est rigoureusement contraignante.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel. Publié avec l’aimable autorisation du Figaro Vox.

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