Publié par Magali Marc le 19 décembre 2017

Le procureur Alberto Nisman assassiné alors qu’il était parvenu à la conclusion de son enquête concernant le bombardement d’un centre communautaire juif en 1994, est-il mort parce qu’il gênait la relation triangulaire entre l’Administration Obama, le gouvernement argentin et les ayatollahs iraniens?

Pour Dreuz, j’ai suivi les rebondissements de l’affaire Nisman depuis son assassinat en 2015*.

J’ai traduit un article de Ruth Brown (New York Post) faisant état de la protection du Hezbollah par Obama que Dreuz a publié le 19 décembre.

Or ce que révèle l’article de Politico, repris par Ruth Brown, était déjà connu de Dreuz en 2011 comme le signale l’article de Nina (voir : dreuz.info).

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Pour ma part, connaissant bien l’affaire Nisman, j’ai fini par additionner deux et deux: les liens entre Obama, son insistance pour arriver à une entente sur le nucléaire avec l’Iran et l’assassinat d’Alberto Nisman.

Nisman était convaincu de l’implication du Hezbollah et de l’Iran dans l’attaque terroriste à la voiture piégée d’une l’association juive, l’Association mutuelle israélite (AMIA) à Buenos Aires, qui a complètement détruit le bâtiment où elle siégeait, faisant 85 morts et des centaines de blessés. Cet attentat perpétré le 18 juillet 1994, est l’attaque la plus meurtrière contre les Juifs depuis la Seconde Guerre mondiale. Rappelons que la communauté juive en Argentine est la plus importante en Amérique latine et la cinquième en nombre dans le monde.

La tentative de cover-up de l’assassinat de Nisman par les services de la présidente, Christina Kirchner, qui ont tenté de faire croire à un suicide, insistant à l’époque sur l’homosexualité de Nisman, m’amène à conclure que Nisman était un gêneur pour Mme Kirchner, pour les Iraniens et pour Obama.

Je retrace ici les éléments qui m’ont amenée à cette conclusion qui n’engage que moi.

  1. En 2006, Alberto Nisman avait déposé des accusations contre le président de l’Iran, Akbar Hashemi Rafsanjani, quatre principaux ministres et trois anciens officiels de l’ambassade iranienne en Argentine. Interpol a publié des avis pour l’arrestation de ces suspects iraniens.
  2. Quelques jours avant sa mort en 2015, le procureur Alberto Nisman avait déposé une plainte criminelle accusant Mme Kirchner et d’autres d’avoir négocié secrètement un accord avec Téhéran pour offrir l’immunité aux suspects iraniens du bombardement du centre de l’association juive en échange de pétrole iranien. M. Nisman avait déclaré qu’il avait accidentellement découvert des preuves de ce qu’il appelait un «cover-up». Il disait détenir des enregistrements d’appels téléphoniques interceptés durant plusieurs années et faisant la preuve d’«un plan d’aide illégal, visant à exonérer frauduleusement et définitivement les suspects iraniens».
  3. Selon Nisman, Cristina Kirchner aurait accordé l’immunité aux Iraniens en échange de pétrole pour aider l’Argentine à combler le fossé énergétique qui met en danger son économie.
  4. Cristina Kirchner a cherché à court-circuiter l’enquête de Nisman, car elle subissait les pressions d’Obama qui, soucieux d’arriver à une entente avec les Iraniens sur l’arrêt de leur programme nucléaire, aurait cédé quand ceux-ci lui ont demandé de faire enlever les noms d’Iraniens de la liste d’Interpol. Comme Mme Kirchner cherchait à obtenir des banques américaines que la dette argentine soit effacée, l’appui d’Obama lui était précieux. Elle a donc essayé de faire effacer le rôle joué par les Iraniens dans l’attentat de l’AMIA.
  5. Déjà en 1988, Jacobo Timerman (un journaliste et écrivain argentin) avait accusé Carlos Menem (alors candidat à la présidence) de chercher à établir un port franc à l’île Martin-Garcia pour encourager le trafic de drogue et le blanchiment d’argent. Or ce sont précisément des activités du Hezbollah en Amérique latine et aux USA.
  6. Le 6 octobre 2015, Cristina Kirchner a prononcé un discours à l’ONU dans lequel elle disait qu’en 2010, un ancien fonctionnaire de l’administration Obama avait demandé à l’Argentine de «fournir à la République islamique d’Iran du combustible nucléaire» sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Selon Doug Schoen, (extraits de son article paru sur Forbes.com en octobre 2015, traduits par moi):
«Mme Kirchner a révélé que Gary Samone, alors coordonnateur de la Maison-Blanche d’Obama pour le contrôle des armements et les armes de destruction massive, s’était rendu en Argentine dans l’espoir de convaincre les Argentins de fournir du combustible aux réacteurs iraniens. Lorsque le ministre des Affaires étrangères argentin a requis que cette demande soit mise par écrit, ils n’ont plus jamais eu de nouvelles de Samone.

La trame de fond est là.

En faisant pression sur le gouvernement argentin afin que soient enlevés les noms iraniens de la liste d’Interpol, Obama a signé l’arrêt de mort de Nisman

En 1987, l’Argentine a fourni à l’Iran du combustible nucléaire pour son réacteur «Téhéran».

Samone a confié à Hector Timmerman, le ministre argentin des Affaires étrangères (et fils du journaliste qui accusait Menem), que les négociations avec l’Iran pour mettre fin ou limiter son programme d’enrichissement nucléaire avaient commencé et que le réacteur de «Téhéran» était un point d’achoppement : les négociateurs iraniens n’iraient pas de l’avant avec une entente sans obtenir le carburant. Et l’Argentine pouvait sortir les États-Unis de cette impasse.

Le mystère qui entoure l’enquête et le meurtre de Nisman semble indiquer des liens plus tangibles entre Téhéran et Buenos Aires que la présidente Kirchner n’était prête à admettre.

De plus, la conspiration implicite nous permet de tirer des conclusions révélatrices sur le dilemme posé par la participation de l’Argentine aux ambitions nucléaires de l’Iran avec la complicité de l’administration Obama.

Tout au long des difficiles négociations iraniennes, le public américain n’a rien su de l’accord négocié en catimini entre l’Iran et l’Argentine, sous l’égide de l’Administration Obama.

En 2010, il n’y a pas eu de discussions publiques sur les négociations nucléaires iraniennes dans les médias américains. Cela est d’autant plus troublant que les négociateurs américains et le président Obama ont impliqué une puissance secondaire, non nucléaire, d’un continent qui a longtemps évité de se doter de l’arme nucléaire.

De plus, cet accord bilatéral potentiel entre l’Argentine et l’Iran a eu lieu pendant la présidence de Mahmoud Ahmadinejad en Iran, bien avant l’arrivée au pouvoir de l’actuel président Hassan Rouhani.

Pendant ce temps, les dirigeants iraniens faisaient preuve d’une agressivité (verbale) débridée envers les États-Unis et Israël.

Les transactions de Samone et, plus généralement, l’entrée en négociation de l’administration Obama en 2011 n’étaient pas bien connues avant un récent rapport du Middle East Media Research Institute (MEMRI).

Selon l’ayatollah Ali Khameni, le Guide suprême iranien, Obama a été contacté pour la première fois en 2011 par l’intermédiaire du dirigeant d’Oman, le Sultan Qaboos.

L’interprétation iranienne de la proposition d’Obama est la suivante: les Américains «voulaient résoudre le problème nucléaire et lever les sanctions dans les six mois, tout en reconnaissant l’Iran comme une puissance nucléaire».

De plus, selon le rapport de MEMRI, John Kerry était déjà impliqué en tant qu’allié d’Obama, même avec Hillary Clinton toujours en fonction en tant que secrétaire d’Etat.

Ensuite, le sénateur Kerry a apparemment envoyé une lettre au régime iranien «déclarant que l’Amérique reconnaît les droits de l’Iran en ce qui concerne le cycle d’enrichissement».

Le rapport MEMRI souligne comment les responsables iraniens ont révélé que l’administration Obama avait entamé des négociations secrètes bien avant que le public américain n’en entende parler. Ces pourparlers de 2011 ont placé les États-Unis directement à la table de négociation, face aux extrémistes iraniens dirigés par Ahmadinejad.

Ces hommes n’étaient nullement les pragmatiques les plus raisonnables du cabinet du président Rouhani, en particulier le ministre des Affaires étrangères Mohammed Zarif et ses collègues, que l’Administration Obama a louangés pour leur réceptivité face aux négociateurs occidentaux.

Le public américain avait parfaitement le droit de connaître les intentions d’Obama en Iran afin de prendre une décision éclairée en 2012 et, en outre, de mieux comprendre l’accord (…)»

Doug Schoen en déduit gentiment que l’Administration Obama a manqué de transparence et il espère qu’à l’avenir le public américain sera mieux informé!

Conclusion

Alberto Nisman était donc un gêneur pour le gouvernement argentin, pour les Iraniens et le Hezbollah. Mais il dérangeait aussi les projets de l’Administration Obama qui tenait à entretenir une relation amicale avec les ayatollahs (comme en témoigne la molle réaction d’Obama en juin 2009 qui n’a pas levé le petit doigt pour aider les jeunes révoltés participant aux manifestations contre le régime de Téhéran).

On sait qu’Obama a rencontré la présidente argentine Cristina Kirchman à plusieurs reprises.

Mme Kirchman essayait d’obtenir l’appui d’Obama pour faire effacer la dette argentine par les banques américaines. Obama voulait faire cesser l’enquête de Nisman.

En faisant pression sur le gouvernement argentin afin que soient enlevés les noms iraniens de la liste d’Interpol, Obama a signé l’arrêt de mort de Nisman.

Obama n’avait pas besoin de demander aux services secrets américains de s’en charger, il lui suffisait de laisser faire le Hezbollah, comme on sait qu’il l’a laissé faire son trafic de cocaïne aux États-Unis.

  • L’ancien président argentin, Carlos Menem (1989-1999), a été condamné à une peine de sept ans de prison pour trafic d’armes à destination de la Croatie et de l’Equateur. M. Menem continue de vivre en liberté en Argentine grâce à son immunité de sénateur. À 87 ans, il a été réélu en octobre et vient d’entamer un nouveau mandat de quatre ans même si selon un témoignage, Téhéran lui aurait versé 10 millions de dollars afin qu’il fasse dévier l’enquête de Nisman.
  • Le 7 décembre dernier, le juge fédéral, Carlos Bonadio, a mis en examen Mme Kirchner pour trahison et demandé son placement en détention. Le juge considère qu’un pacte qu’elle avait conclu en 2012 avec l’Iran a permis aux suspects iraniens de se dérober à la justice argentine.

Cristina Kirchner, 64 ans, a prêté serment comme sénatrice. Avant tout placement en détention, le Sénat devrait d’abord voter la levée de son immunité. Il semble toutefois peu probable que le Sénat puisse rallier les deux tiers des voix pour lever cette immunité.

Amusant de voir qu’en Argentine, il suffit de se faire élire au Sénat pour éviter la prison!

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* dreuz.info/2015/01/25/qui-a-tue-alberto-nisman-2/;

dreuz.info/2015/02/25/qui-a-tue-alberto-nisman-3/;

dreuz.info/2016/05/14/qui-a-tue-alberto-nisman-3e-partie/;

dreuz.info/2017/09/26/main-criminelle-de-liran

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