Publié par Mireille Vallette le 8 décembre 2017

Après avoir introduit en catimini l’autorisation du costume de bain islamiste, le Conseil exécutif doit reculer. La gauche ne comprend pas.

Polémique au bord du Léman: la Ville de Genève a réintroduit en douce l’autorisation du burkini dans les piscines municipales depuis le 1er septembre. Le quotidien 20 Minutes le révèle le 13 novembre. S’ensuit une levée de boucliers. Le Parti libéral radical dépose une motion au conseil municipal pour réintroduire l’interdiction. Le conseiller administratif chargé des sports Sami Kanaan invoque dans un blog de la Tribune de Genève la non-discrimination, la liberté et l’exclusion. Il conclut que si l’on autorise le burkini, des femmes «renonceront à aller se baigner, résultat absurde et malsain». Pour ne pas dire dramatique! Et il affirme avec tant d’autres que les opposants font le jeu du radicalisme, puisque les femmes soumises aux intégristes ne vont pas se baigner. Il a pris soin de fermer les commentaires.

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Au vote, la motion est acceptée. La gauche et les verts (sauf un et deux membres du Parti radical de gauche) ont comme d’habitude voté pour la tolérance et le vivre ensemble. Trois élues opposées à l’interdiction ont été insultées sur Facebook, l’une d’elles a déposé plainte. Dans les réseaux sociaux, les soutiens à ces femmes se sont multipliés.

Pour Alia Chaker Mangeat, cette polémique est du «véritable pain bénit pour les extrémistes dont le fonds de commerce est le rejet de l’autre». Au contraire, selon le radical de gauche Pierre Gauthier, autoriser le burkini, «c’est comme prétendre qu’en mettant des chaînes à des esclaves, ceux-ci pouvaient se promener et être libres».

Mais comment la gauche classique défend-elle cette forme de radicalisme? Le conseiller municipal Pascal Hollenweg nous l’explique longuement dans un post ricanant de la Tribune de Genève intitulé «Le genou de la baigneuse, c’est Verdun!».

Un remarque générale d’abord: la gauche est totalement opposée à l’intégrisme, mais trouve pour chacun de ses symboles toutes sortes de raisons de l’accepter. En prenant soin de traiter chaque signe pour lui-même, sans jamais voir quels liens existent entre tous ces vêtements de dissimulation du corps et des cheveux, les demandes de halal, de traitement spécifique des musulmanes à l’hôpital, de faire ses prières à l’heure dite (toutes les moquées indiquent à la minute près quand elles doivent l’être), etc.

Donc, pour ce socialiste, on oblige ces pauvres femmes à découvrir leurs bras et leurs jambes alors que les hommes sont eux libres de choisir leur tenue de bain (occidentale, elle). «…c’est aux femmes qu’on impose en réalité ces normes, pas aux hommes.» Il serait plus logique «que l’on punisse ceux qui imposent à des femmes de s’empaqueter dans une burqa ou de s’emballer dans un burkini, plutôt que ces femmes elles-mêmes …» Punir donc les «pères, frères, fils» qui l’imposent aux filles et aux femmes. Et d’ailleurs, les plus radicalisées «ne mettent jamais le bout d’un orteil halas dans les piscines».

La défense de l’égalité entre homme et femmes par l’acceptation du burkni, voilà un argument cocasse! Et puis le burkini, c’est comme le niqab, il y en a si peu. Encourageons celles qui hésitent! Fermons les yeux sur ce qui se passe dans les zones islamisées d’Europe et de France où les femmes ne peuvent plus se promener seules dans les rues ni aller boire un café au bistrot.

Hollenweg considère donc ces femmes -radicalisées mais pas trop- comme des victimes de leurs hommes amarrés à un confortable patriarcat. La réalité hélas, c’est que ces femmes sont capables de réfléchir, que notre société leur offre tous les outils utiles à leur émancipation. Si elles portent un burkini ou des voiles et foulards bien enveloppants, c’est qu’elles adhèrent au discours religieux. Ces femmes envoient leurs petites filles dans les mosquées qui leur font porter très tôt le foulard et d’autres enveloppements. Un excellent entrainement pour le burkini. Elles adhèrent à l’apartheid entre hommes et femmes que font régner tous ces lieux de cultes. Elles approuvent dans son ensemble une vision littéraliste et donc obscurantiste de leurs textes. Elles portent tous ces vêtements qui dissimulent corps et cheveux pour imposer les signes de leur inégalable religion, que nous le voulions ou non. Ce ne sont pas des victimes, mais des soldates. Alors, qu’on les prive des symboles d’une religion aux facettes archaïques est parfaitement légitime. Le problème est que cet argument ne peut être dit. Tous les responsables de piscines s’enlisent dans des arguments relatifs à l’hygiène, jamais à la signification profonde de ce vêtement.

En Suisse, ce sont les communes qui décident du type de vêtements autorisé dans les piscines. En Suisse romande, Lausanne l’interdit, Neuchâtel et nombre de ses communes l’autorise, Yverdon l’interdit. Des conflits relatifs au burkini ont eu lieu dans les piscines de communes périphériques de Genève, à Vernier (Le Lignon) ou à Carouge.

Pour en revenir à Pascal Hollenweg, quelle est sa solution pour lutter contre l’intégrisme? «Le lieu du combat contre le fondamentalisme religieux et ses avatars politiques, ce n’est pas le genou ou les bras de femmes, mais leur tête et celle des hommes.» Il importe alors de «consacrer un peu plus d’énergie et d’inventivité à dissiper [la servitude volontaire] que celle que l’on perd à la nourrir par des interdictions vestimentaires…»

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On attend avec impatience -depuis quelques décennies- la démonstration de l’inventivité des socialistes à combattre l’intégrisme au lieu de le renforcer.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Mireille Vallette pour Dreuz.info.

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