Publié par Abbé Alain René Arbez le 8 décembre 2017

foi dans le “retour des juifs dans leur propre pays“.

Comenius :

Plus étonnant encore est le témoignage sioniste de l’évêque tchèque Johann Amos Comenius, ou Komensky(1592-1670). C’est un humaniste qui propose dans son traité “Les voies de la lumière” des lignes directrices pour un monde meilleur.

Il veut faire disparaître de ce monde tous les royaumes de l’obscurité au profit de la victoire de la lumière et de la vérité. Dans cette révolution universelle, il donne la place centrale à la restauration des juifs sur leur terre, avec l’institution d’une foi venant de Sion qui serait accueillie par tous les peuples de la terre. En 1648, il publie un livre utopique où il décrit Jérusalem régénérée par les juifs revenus au pays, avec un rayonnement universel grâce à l’intelligence de l’organisation de la cité sainte.

Ce livre n’a été publié en anglais qu’après des siècles d’oubli, en 1902, date à laquelle justement Théodore Herzl fait paraître son roman Altneuland qui présente de grandes similitudes avec les idées de Comenius.

En France, au 17ème siècle, Nicolas Charpy de Sainte Croix voit le monde bientôt transformé:

” rétabli dans son ancienne patrie, le peuple juif retrouvera son unité et régnera sur tous les autres peuples de la terre.”

Au 18ème siècle, toujours en France, c’est une véritable école de pensée qui se fait jour et qui se prolongera au 19ème.

Dans les milieux jansénistes, avec Jacques Joseph Du Guet prêtre oratorien, et Pierre Agier, on se tourne vers l’Ecriture pour y trouver “le principe de la plus haute vérité visible“.

Du Guet collabore même aux 25 volumes d’une explication de l’Ecriture Sainte dans laquelle il utilise une méthode d’interprétation; sa pensée évolue et il est persuadé que “les ruines de Jérusalem seront rétablies” Même thème de la restauration de Jérusalem chez Jean Baptiste Le Senne, père abbé d’Etémare, et chez les abbés Nicolas Le Gros et Paul Mérault, auteurs d’un ouvrage commun “Le sens de l’apocalypse” où on peut lire: “il y aura un règne de Dieu dans ce monde, et les juifs substitués aux gentils restaureront Jérusalem”. Idées semblables encore chez le P. Houbigant, prêtre oratorien et l’abbé Jacques Deschamps.

Une religieuse, sœur Hilda Fronteau, au moment de la révolution française, prédit le rétablissement des Juifs à Jérusalem grâce à l’intercession du prophète Elie.

Perspectives identiques prônées en Italie par le dominicain Giuseppe Zoppi qui croit à une prochaine restauration mondiale des juifs. En Allemagne, à la même époque, une mystique protestante, Marie Kummer, dit avoir reçu une vision de St Jean et elle annonce l’imminent retour des juifs en Terre sainte. Autour d’elle se constitue un groupe prêt à partir.

En Angleterre, des écrits du même style circulent. Le révérend Joseph Priestley, dans une “lettre aux descendants d’Abraham, d’Isaac et de Jacob”, exprime “l’espoir que Dieu va réunir les juifs, les ramener en terre de Canaan et en faire la plus illustre des nations de la terre“.

En 1784, un autre théologien anglais, Edward Whitaker, publie sa Dissertation sur la restauration finale des juifs. Il estime que la phrase de St Paul “Tout Israël sera sauvé” signifie que cette restauration aura un caractère national.

En 1795, Charles Jerram, un théologien de Cambridge, commente l’évangile de Luc: “il est naturel d’imaginer qu’à cette période Jérusalem sera remise à ses propriétaires d’origine.”

Les espérances de la restauration d’Israël et de la réappropriation d’Eretz Israël par les juifs se manifestent clairement. On peut dire que le sionisme chrétien, à mi-chemin entre les fondements spirituels et leurs conséquences politiques, a préparé et relayé l’expression du sionisme juif qui allait suivre.

Les juifs, majoritairement en diaspora, ont pleinement conscience d’être exilés et ils espèrent le retour à Sion; chaque fête de Pessah le proclame très clairement. Certains attendent ce retour avec l’arrivée du Messie, d’autres pensent qu’il faut prendre les devants. Déjà au 12ème et 13ème siècle, Ramban (Rabbi Moshe ben Nachman) avait affirmé que résider en Eretz Israël était bel et bien une mitzva. Mais une majorité de juifs d’alors estimait cependant que seul le Messie permettrait de mettre fin à l’exil.

Au 19ème siècle, en France, on retrouve les mêmes affirmations du retour des juifs à Jérusalem, avec des personnes comme l’abbé Jean-Baptiste Bigou, le père dominicain Antoine Gallois qui exprime ses idées sionistes dans la très académique Revue Biblique, l’abbé Pierre Lachèze du diocèse de Paris qui entrevoit même pour bientôt la reconstruction du Temple.

En Angleterre, même discours chez John Hopper, prêtre anglican, Pierre Mejanel, Alexandre Keith, pasteur écossais. William Dighby voit comme imminent, dit-il, “le retour des juifs, ces rois de l’orient, dans leur patrie palestinienne”. Pour John Aquila Brown, la destruction du pouvoir pontifical et le triomphe du royaume juif sont pour bientôt.

Le prêtre catholique anglais Daniel Wilson futur évêque de Calcutta, annonce en même temps la chute de l’empire ottoman et le rétablissement des juifs en terre sainte.

Dans les années 1800, en Amérique, un pasteur presbytérien, David Austin, est tellement persuadé que ces événements sont imminents qu’il construit des maisons pour que les juifs puissent y préparer leur voyage de retour en terre sainte. En 1878 à Chicago, l’évêque épiscopalien William Rufus Nicholson présente un rapport sur le rassemblement d’Israël.

Mêmes idées chez des religieux catholiques autrichiens, allemands, italiens: exemple, le chanoine sicilien Antonio Castiglione, et en Suisse, l’aumônier de l’hôpital de Genève Pierre Moglia; chez les protestants, c’est Emile Guère et le pasteur François Gaussen qui attendent la libération d’Israël.

En 1804, l’évêque anglican de Rochester, Thomas Whiterby, interpelle ses concitoyens: “Quels Anglais ne souhaiteraient que les Iles britanniques aient le grand honneur de contribuer au bonheur et à la prospérité d’Israël?” 

Le Times publie un grand article qui propose ni plus ni moins le projet d’aller installer le peuple juif dans le pays de ses pères. Quelques jours auparavant le chef de la diplomatie britannique Lord Palmerston avait donné à son ambassadeur à Constantinople, des indications directement inspirées d’une recommandation officielle écrite par lui à la reine Victoria, un an plus tôt: “Que votre règne, Majesté, voie s’accomplir la prophétie, selon l’espoir de ce peuple unique; Juda sera sauvé et Israël demeurera en paix”.

Une des plus grandes figures de l’anglicanisme, Lord Anthony Ashley Cooper écrit lors de l’ouverture d’un consulat britannique à Jérusalem: “l’ancienne ville du peuple de Dieu reprend sa place parmi les nations, et l’Angleterre est le premier royaume des Gentils à cesser de la fouler aux pieds”.

En 1844 est créée à Londres la British Society for promoting of the jewish Nation of Palestine. Un de ses dirigeants, le pasteur Crybbace, espérait obtenir de la Turquie tout le territoire de l’Euphrate jusqu’au Nil et de la Méditerranée au désert…

Renouveau évangélique :

C’est alors en Angleterre l’époque du renouveau évangélique. En 1830 John Nelson Darby développe sa pensée religieuse où il donne une place importante au retour du peuple juif en terre d’Israël. Tout un courant évangélique de réveil va entraîner dans le même sens les baptistes, les méthodistes, les adventistes et les mormons, mais sur une base de lecture biblique assez littéraliste.

Judaïsme libéral :

Parallèlement, c’est aussi l’époque, dans les milieux juifs, de l’assimilation et de l’apparition du judaïsme libéral. En 1839, Abraham Geiger devient rabbin de Breslau, malgré l’opposition des rabbins orthodoxes. Il affirme que si les juifs ont autrefois constitué une nation, ce n’est plus le cas aujourd’hui. L’espérance messianique doit être, selon lui, interprétée dans le sens d’une rédemption universelle et pas dans celui d’une restauration nationale. En 1841, on publie à Hambourg un livre de prières pour la synagogue d’où a été expurgée toute référence d’un retour à Sion. A Brunswick, Francfort, Breslau, des congrès de rabbins ont lieu et instaurent le judaïsme libéral, dans la ligne de Geiger. Les prières sont en langue locale, on ne prie plus en hébreu.

En 1878, mais dans un sens opposé, les chrétiens sionistes se manifestent aux Etats Unis: un livre de William Blackstone est publié “Jésus revient” c’est un succès; traduit en 40 langues, il popularise le rôle positif que les juifs doivent jouer à la fin des temps. L’auteur présente au président américain une pétition signée par plus de 400 dirigeants chrétiens demandant que les Etats-Unis d’Amérique assurent le retour des juifs en Palestine. Il estime que le retour des juifs et la restauration d’Israël sont prévus depuis le premier concile apostolique de Jérusalem, et il fait le reproche aux juifs réformés de renoncer à tort au “pays de leurs ancêtres” parce que, dit-il, ” ils préfèrent le confort et les richesses accumulées en Europe et aux Etats Unis.”

Certains chrétiens américains, persuadés que le temps de Sion est arrivé, vont en Terre promise, et 21 presbytériens de Chicago fondent sur place la colonie américaine de Jérusalem; c’est eux qui introduisent l’eucalyptus dans le pays. Laurence Oliphant, ancien député britannique, journaliste, parcourt le pays après avoir participé à la conférence des Hoveveï Tsion (amants de Sion) en Roumanie. Il cherche à persuader le sultan d’accorder des terres aux juifs. Il publie “le pays de Gilead“.

C’est alors que notre compatriote Henri Dunant fondateur de la Convention de Genève et de la Croix Rouge, lui-même sioniste, constitue la Société Nationale Universelle pour le renouvellement de l’Orient. Cette fondation lance un appel en 1866 pour que les colonies juives de repeuplement bénéficient d’un statut de neutralité comme la Suisse. Dunant essaye d’intéresser l’empereur Napoléon III à ce projet. Il voit même Jérusalem comme centre mondial des religions, et y envisage la résidence du pape.

C’est ce climat effervescent et favorable chez certains chrétiens influents que rencontre Theodore Herzl lorsqu’il commence sa campagne en faveur de la création d’un état juif.

En Belgique, une famille catholique, les Vercruysse de Courtrai bénéficie d’un statut social et d’un niveau de culture qui lui donnent des moyens importants. Les Vercruysse éditent en 1860 un opuscule intitulé “La régénération du monde (ouvrage dédié aux 12 tribus d’Israël)”. Cette réflexion rencontre l’opposition du clergé local mais l’approbation de Rome. Ils sont persuadés, en s’appuyant sur la Bible, que le retour des juifs en Palestine est proche. La conclusion de cette brochure catholique est celle-ci: “il est donc clair que la Terre sainte sera rendue un jour aux Israélites pour s’y reconstituer en nation, et que cette nation ne sera plus expulsée tant que la terre existera.”

Congrès sioniste :

L’histoire s’écrit peut-être aussi avec des prises de position modestes de ce genre, et par des appels prophétiques qui, peu à peu, balisent des voies d’avenir. Ce n’est pas un hasard si le chapelain de l’ambassade de Grande Bretagne à Vienne, l’aumônier William Hechler s’adresse en ces termes au Grand Duc de Bade Frederic:

Selon la Bible, les juifs doivent retourner en Palestine. Par conséquent, je viens en aide à ce mouvement en tant que chrétien pleinement convaincu de la vérité de la Bible. Cette cause est la cause de Dieu.”

Or le même Hechler se retrouve avec Dunant aux côtés de Herzl au 1er congrès sioniste à Bâle en 1897. Y participe également le pasteur luthérien Johann Lepsius, grand défenseur des Arméniens, et persécuté par les autorités allemandes alliées aux Ottomans. Il présente un rapport intitulé: “Arméniens et juifs en exil, ou l’avenir de l’orient, compte tenu de la question arménienne et

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