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Publié par Bernard Martoia le 6 janvier 2018

Lors de son discours de politique internationale à Washington, le 27 avril 2016, le candidat républicain Donald Trump mit en exergue le caractère imprévisible de sa future politique étrangère.

We must as a nation be more unpredictable. We are totally predictable. We tell everything. We’re sending troops. We tell them. We’re sending something else. We have a news conference. We have to be unpredictable. And we have to be unpredictable starting now.”

Non seulement Donald Trump s’est avéré imprévisible autant pour les ennemis de l’Amérique que pour ses alliés, mais il s’avère aussi qu’il est le digne successeur du président Théodore Roosevelt avec son verbe crû et ses menaces.

Présentée par le Yémen et la Turquie, le vote de la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies condamnant la décision du président américain de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, le 19 décembre 2017 à New York, a permis une clarification utile.

Il y avait les ennemis irréductibles d’Israël depuis sa création, en 1948, avec la ligue arabe, son allié indéfectible américain, et les veules abstentionnistes européens. Mais lors de cette résolution mémorable, les pays d’Europe Occidentale ont voté, à l’unanimité, la résolution en question.

Dès le résultat du vote, l’ambassadrice américaine Nikki Haley dit que les sanctions financières allaient tomber à l’encontre de ceux qui ont longtemps profité de la manne généreuse de l’Amérique. En langage brut qui déplaît à l’idéologie du politiquement correct, cela signifiait : C’est fini le temps de cracher dans la main de celui qui vous donne à manger, sous-entendu le contribuable américain.

D’aucuns attendaient avec jubilation quel serait le premier pays sanctionné par l’énergique président américain. Ils ne seront pas déçus d’apprendre qu’il s’agit du Pakistan. Le 4 janvier 2018, le gouvernement américain a annoncé que l’aide militaire de 1.3 milliard de dollars était gelée.

Le sénateur républicain du Kentucky Rand Paul s’est empressé de dire que cet argent servirait à réparer les ponts et les routes du pays. (1) C’est une bonne initiative. Lors de mes fréquentes promenades sur les grands ponts reliant les cinq boroughs de New York City, j’avais pu constater leur vétusté à mes dépends en 1998. Une jambe tomba dans le vide alors que la taule rouillée par l’air salin céda sous mon poids sur le passage réservé aux piétons du pont Manhattan. Rassurez-vous, j’eus plus de peur que de mal.

Pourquoi ce pays et pas un autre plus abominable que lui ?

Parce que le Pakistan est la quintessence du double jeu. Même le New York Times, peu suspect de sympathie avec la politique menée par l’actuel président, a publié, le 5 janvier 2018, un éditorial commun de la rédaction, intitulé Pakistan, the endlessly troublesome ally. Cet éditorial est d’une rare objectivité en cette période de fake news. (2)

En effet, ce pays pose, depuis longtemps, un dilemme aux États-Unis. Peut-on aider le Pakistan à combattre les Talibans alors qu’il entretient avec eux des rapports très ambigus ?

On se souvient de la traque de l’ennemi public numéro un de l’Amérique après les attentats du 11 septembre 2001. Pourquoi n’a-t-il été éliminé que dix ans plus tard ? Parce qu’il bénéficiait de la protection du Pakistan. Osama bin Laden coulait des jours paisibles dans un compound à un kilomètre de l’académie militaire d’Abbottabad. C’est une longue filature qui permit d’abord sa localisation, et ensuite son élimination par un commando des forces spéciales.

Donald Trump n’a pas été imprévisible dans cette affaire. Dans un tweet du 1er janvier 2018, il a manifesté sa colère à l’encontre du Pakistan.

The United States has foolishly given Pakistan more than 33 billion dollars in aid over the last 15 years, and they have given us nothing but lies & deceit, thinking of our leaders as fools. They give safe haven to the terrorists we hunt in Afghanistan, with little help. No more!

Comprenne qui pourra mais il s’est écoulé beaucoup de temps entre la mort de l’ennemi public numéro un, le 2 mai 2011, et la sanction financière à l’encontre du Pakistan, le 4 janvier 2018.

La décision de la cour d’Islamabad de libérer l’éminence grise de l’attentat de Mumbai, le 26 novembre 2008, qui provoqua la mort de 164 personnes, et en blessa 308 autres, est peut être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Le 23 novembre 2017, la cour a libéré Hafiz Muhammad Saeed, le fondateur du groupe militant islamiste. Il avait été assigné à résidence par le gouvernement pakistanais dix mois auparavant. (3)

Une généreuse prime de dix millions de dollars avait été offerte par le gouvernement américain pour son arrestation. Le bras d’honneur des juges d’Islamabad lancé aux familles indiennes et au gouvernement américain est enfin sanctionné. Il était temps.

Le ministre de l’intérieur du Pakistan, Chaudry Nisar Kahn, a réagi vivement à l’annonce du gel de l’aide américaine : « Nous ne sommes pas une colonie américaine, » et d’ajouter que le montant de l’aide en question ne représente que des cacahuètes. (4)

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© Bernard Martoia pour Dreuz.info.

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