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Publié par Magali Marc le 10 janvier 2018

Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit cet article d’Elliott Abrams*, paru dans le Weekly Standard le 5 janvier 2018.

La semaine dernière a été marquée par de nombreuses manifestations anti-gouvernementales en Iran, et le régime des ayatollahs a réagi en exerçant une violente répression, utilisant une force meurtrière.

Pendant ce temps, il n’y a pas eu de manifestation en Arabie Saoudite, qui est pourtant très éloignée de ressembler à une démocratie. Pourquoi ?

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Les raisons– et les différences entre les deux cas– sont significatives.

D’abord, ce n’est pas un hasard si le régime iranien est dirigé par un homme, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a maintenant 78 ans et qui a remplacé un homme (Ayatollah Khomeini) qui avait 86 ans lorsqu’il est mort.

C’était aussi le modèle saoudien. Un frère en remplaçait un autre sur le trône et chacun était plus âgé que le précédent.

Mais, en Arabie Saoudite, le pouvoir a maintenant été transmis une nouvelle génération.

Le nouveau prince héritier, Mohammed bin Salman, a 32 ans et beaucoup de ses principaux conseillers sont issus de sa génération.

Il est évident pour les Saoudiens qu’il souhaite mettre en œuvre un progrès social et économique significatif et qu’il a commencé à le promouvoir.

Pour les Saoudiens, cela signifie que leur gouvernement est entre de nouvelles mains et devient soudainement un moteur de changement– pas son ennemi, comme en Iran.

De plus, bien que les rois saoudiens revendiquent un rôle particulier en tant que «Gardiens des deux saintes mosquées», le régime saoudien est de nature civile et non religieuse. Un compromis négocié entre le clergé et la famille al-Saoud dure depuis plusieurs générations. Ainsi ils restent séparés.

Lorsque, par exemple, la police religieuse est devenue très impopulaire, la famille royale l’a réprimée et lui a retiré la plupart de ses pouvoirs.

Le clergé reste extrêmement conservateur et s’oppose aux récentes décisions visant à permettre aux femmes de conduire, à ouvrir des stades de football à des foules mixtes et à autoriser l’ouverture de salles de cinéma. Mais le pouvoir ne lui appartient pas. Le gouvernement a pris seul ces décisions et il est à même de les appliquer.

Cela ne revient pas à dire que l’Arabie Saoudite est plus avancée socialement que l’Iran, ce qui n’est pas le cas.

Mais cela signifie que les Saoudiens semblent croire que leur gouvernement fait progresser la nation et défie le clergé– tandis que dans le Golfe, les Iraniens savent que tout le pouvoir est entre les mains du clergé, qui persiste dans sa résistance au changement.

Le système de «velayat-e faqih» ou «règle de la jurisprudence» que l’ayatollah Khomeiny a établi en Iran après 1979 est une théocratie.

Le pouvoir est entre les mains du clergé, pas du gouvernement, et l’ayatollah, le chef suprême, détient toujours beaucoup plus de pouvoir que les politiciens élus (j’en dirai plus sur les «élections» dans un instant).

Le chef suprême– et non pas le président iranien, Hassan Rouhani, qui est davantage un administrateur qu’un chef– dirige les Gardiens de la révolution et les militaires ainsi que le clergé et a le dernier mot sur chaque décision majeure.

Néanmoins, il est vrai que les droits politiques sont extrêmement restreints en Iran et en Arabie Saoudite. Les réformes en Arabie Saoudite sont exclusivement sociales et économiques, et il n’y a aucun signe de la moindre ouverture politique.

En fait, les restrictions sont à bien des égards plus contraignantes en Arabie Saoudite : il n’y a pas d’élection et pas de parlement, alors qu’en Iran, le président et le parlement sont élus.

Alors pourquoi les manifestations se déroulent-elles en Iran plutôt qu’en Arabie Saoudite ?

Une partie de la réponse se trouve dans les espérances des gens.

Tandis que Mohammed bin Salman (connu sous le nom de MbS) a surpris les Saoudiens en faisant des efforts inattendus de modernisation sociale et économique, Rouhani a promis des améliorations politiques et économiques et n’a tenu aucune de ses promesses.

La patience populaire envers Rouhani est à bout. Comme le disait Ray Takeyh, du Council on Foreign Relations, Rouhani «est victime des attentes grandissantes qu’il a cyniquement stimulées».

Malgré les références continuelles dans la presse occidentale à Rouhani comme étant un «modéré», les Iraniens peuvent voir de leurs propres yeux qu’il ne l’est pas ; il est un pilier du régime qui n’apportera jamais de véritable changement (de toute façon, il n’aurait pas le pouvoir de le faire même s’il le voulait).

En revanche, il semble à beaucoup de Saoudiens que le prince héritier a compris que le changement est la seule chose qui sauvera la Maison des Saoud.

L’ancien modèle des frères aînés qui se succèdent, d’une économie improductive sauvée par les revenus des barils de pétrole à 120 dollars chaque, d’un clergé qui empêche tous les changements qui ont marqué le 21e siècle (ou même le 20e siècle), est devenu catastrophique.

Le temps risque de manquer à MbS s’il ne parvient pas à tenir ses promesses, mais les jeunes Saoudiens vont lui donner le temps d’essayer.

Au-delà de la question des attentes, il y a la question critique de la légitimité. Le grand sociologue, Seymour Martin Lipset, a écrit en 1959 : «La légitimité implique la capacité d’un système politique à engendrer et à maintenir la conviction que les institutions politiques existantes sont les plus appropriées à une société donnée.»

C’est précisément ce qui a conduit aux révoltes des «printemps arabes», qui étaient, en fait, des soulèvements contre de fausses républiques en Tunisie, en Libye, en Égypte et en Syrie, où la confiance en la légitimité du régime a été érodée et finalement détruite par la corruption, la répression et la mauvaise gouvernance.
Il n’y a pas eu de révolte dans les monarchies arabes (à l’exception du Bahreïn, où la famille royale est sunnite et la population majoritairement chiite) en bonne partie parce que ces monarchies n’avaient pas perdu leur légitimité.

Selon notre vision occidentale, la légitimité démocratique est la forme la meilleure et la plus forte. Mais la légitimité monarchique existe dans plusieurs pays arabes, en particulier dans le Golfe. Certaines familles royales sont en place depuis des siècles ; certaines prétendent descendre du prophète. Il est difficile de mesurer la profondeur et la puissance de cette légitimité monarchique et il ne fait aucun doute qu’elle varie d’un pays à l’autre et d’une famille royale à une autre, mais ce serait folie de nier son pouvoir.

La légitimité qui vient d’une bonne performance, le crédit qu’un gouvernement peut gagner en apparaissant à son peuple comme étant plus efficace que tout remplacement probable, peut également constituer un fort pilier de soutien populaire ou du moins permettre une certaine tolérance. C’est le genre de légitimité que Lee Kuan Yew, pas du tout démocrate, a gagné en tant que Premier ministre de Singapour.

Les fausses Républiques arabes n’avaient rien de tout cela, et il était assez évident pour les citoyens de ces pays qu’ils étaient gouvernés par la force brutale, que leurs dirigeants étaient des voleurs, et que les choses n’allaient jamais s’améliorer.

Toute réforme était impossible parce qu’elle menaçait le pouvoir des dirigeants. Ces fausses républiques tenaient toutes des élections à intervalles réguliers mais aux résultats frauduleux, des parlements impuissants et des systèmes judiciaires totalement dénués d’indépendance. Autrement dit, elles avaient toutes les apparences des démocraties occidentales mais pas leur contenu.

L’illégitimité de ces «Républiques» arabes était le talon d’Achille de leurs dirigeants et de leurs régimes.

Et c’est précisément la situation de l’Iran aujourd’hui.

Il s’agit d’une fausse république maintenue en place par une répression brutale.

Les leçons des dernières décennies suggèrent que des élections frauduleuses– comme en Iran en 2009– sont plus susceptibles de provoquer des troubles que l’absence d’élection.

La frivolité et l’hypocrisie des fausses élections et des institutions de style occidental qui sont en réalité des coquilles vides offensent et irritent de nombreux citoyens, en particulier lorsqu’elles sont combinées à de la corruption à grande échelle, de la répression et au déni des droits politiques. Quelle qu’ait été la légitimité de la République islamique aux yeux de millions d’Iraniens, elle a été perdue.

Les Saoudiens travaillent dur maintenant à conserver leur propre légitimité grâce aux réformes. Mais le pari saoudien est analogue à celui de Xi Jinping : amener suffisamment de progrès économique pour que les gens renoncent à leurs droits politiques.

Xi a resserré son contrôle et celui du Parti communiste ; MbS a centralisé le pouvoir entre ses mains. Dans les deux cas, l’idéologie du groupe dominant ne repose pas sur les idées occidentales de démocratie, de droits de la personne et d’autonomie gouvernementale. Elle repose sur le marxisme-léninisme dans le cas chinois et sur la légitimité royale en Arabie Saoudite– mais les deux régimes sont fondamentalement fragiles s’ils ne sont pas renforcés par des gains tangibles propres à maintenir leur légitimité.

* *

Cela peut-il fonctionner ?

Pendant combien de temps ?

En 2009, le chercheur chinois Andrew Nathan a décrit le défi auquel Pékin fait face :

Comme tous les systèmes non démocratiques contemporains, le système chinois souffre d’une malformation congénitale qu’il ne peut guérir, soit le fait qu’une forme alternative de gouvernement obtenue d’un commun accord serait plus légitime.

Même si le régime prétend être une forme de démocratie chinoise au seul motif qu’il sert le peuple et le gouverne dans son intérêt ; même si une majorité de citoyens chinois accepte aujourd’hui cette revendication ; le régime admet, et tout le monde le sait, que son autorité n’a jamais fait l’objet d’une consultation populaire et n’a jamais prétendu qu’il le ferait.

En ce sens, le régime est considéré comme un pis-aller, quelque chose de temporaire et de transitoire, nécessaire afin de répondre aux exigences de l’époque. Les régimes démocratiques, en revanche, suscitent souvent la déception et la frustration, mais ils ne se heurtent à aucune forme rivale capable de les surpasser en prestige.

Les régimes autoritaires ne sont pas éternels. Malgré leur diversité et leur longévité, ils vivent dans la crainte de l’avenir, vulnérables aux défis existentiels auxquels les systèmes démocratiques développés ne sont pas confrontés.

Cela reste vrai quant à la Chine. La détermination du régime à résister aux élections libres de tout genre et à toute liberté de parole ou de presse, et à écraser brutalement ceux qui luttent courageusement pour faire valoir leurs droits humains, montre que Xi est conscient des dangers qu’amènerait une quelconque ouverture politique.

On peut dire la même chose de l’Iran.

Le régime a une idéologie, le velayat-e faqih, mais il n’a jamais été soumis à un référendum populaire et il n’a jamais été destiné à l’être, car la majorité des Iraniens ne l’accepteraient jamais. Le régime n’est pas légitime aux yeux du peuple, qui sait exactement ce qu’il veut : une démocratie à l’occidentale.

C’est ce qui a alimenté leur désir de renverser le Shah en 1979 et alimente les manifestations aujourd’hui, et le régime (des mollahs) vivra toujours sous ce que Nathan appelait «l’ombre du futur».

Les protestations d’aujourd’hui peuvent être écrasées comme celles de 2009 par le clergé qui est prêt à tuer pour demeurer au pouvoir, mais les protestations reviendront encore et encore comme elles le font depuis 1979. Les Iraniens veulent leur liberté.

Le cas saoudien est plus complexe car il n’y a jamais eu de révolution et le système semble conserver sa légitimité. Si MbS peut produire un changement économique et social, les demandes de liberté politique seront mises en sourdine.

La légitimité de la réussite combinée avec (et même renforçant) la légitimité monarchique peut permettre à la famille Saoud de disposer de quelques décennies de plus de pouvoir absolu.

Mais les dirigeants saoudiens auront besoin d’une forme de partenariat avec les gouvernés. Ce partenariat se retrouve, pour l’instant, dans les efforts combinés pour moderniser l’économie et la société.

Pour plusieurs monarchies de la région, telles que le Maroc, la Jordanie et le Koweït, la domination royale est combinée avec des parlements et des élections libres en majeure partie. Ce ne sont pas des monarchies absolues.

Peut-être qu’un jour, les Saoudiens devront aller dans cette direction. En autant qu’on puisse en juger aujourd’hui, les revendications politiques des Saoudiens sont davantage liées aux droits de l’homme– la liberté d’expression, la primauté du droit, la liberté religieuse pour les fidèles non sunnites tels que les musulmans chiites et les chrétiens– qu’à la démocratie totale.

En fin de compte, cependant, dans une société moderne ayant un nombre croissant de citoyens éduqués, la demande d’un véritable rôle dans la gouvernance du pays est inévitable.

Pour l’instant, les Iraniens sont dégoûtés du refus de leurs dirigeants de permettre le changement et la réforme en dépit de leurs promesses répétées, tandis que les Saoudiens sont surpris et apparemment heureux par l’insistance de leurs dirigeants à faire des changements.

Les Saoudiens donneront du temps à MbS, mais leurs attentes accrues signifient que s’il échoue et que le royaume commence à retourner dans le passé, il y aura des problèmes dans les rues.

Il y a des problèmes dans les rues d’Iran aujourd’hui parce que les Iraniens savent exactement ce qu’ils veulent, c’est-à-dire la liberté, et ils savent depuis 1979 que leurs dirigeants ne la leur donneront pas. C’est pourquoi il y a des vagues de manifestations et c’est pourquoi elles ne finiront pas tant que l’Iran ne sera pas libre.

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Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Magali Marc (@magalimarc15) pour Dreuz.info.

* Elliott Abrams est chercheur principal des études sur le Moyen-Orient au Council on Foreign Relations (un think tank non partisan américain, ayant pour but d’analyser la politique étrangère des États-Unis et la situation politique mondiale)

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