Publié par Magali Marc le 1 janvier 2018

Lee Smith, du magazine en ligne Tablet, a fait une enquête minutieuse pour établir les faits concernant le fameux dossier Steele, censé prouver la collusion entre le candidat à la présidentielle Donald Trump et les pirates informatiques russes.

Smith estime que ce dossier Steele a probablement servi à Obama pour tenter de battre et délégitimer Trump s’il emportait l’élection.

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Pour les lecteurs de Dreuz, j’ai traduit ce long article qui reprend systématiquement des informations éparses dans les médias de masse depuis 2016.

 

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Le président Obama a-t-il lu le «Dossier Steele»
à la Maison-Blanche en août 2016 ?

Pourquoi la chronologie du rapport scandaleux qui a alimenté le «Russiagate» est importante.

Jusqu’à aujourd’hui, l’enquête concernant le scandale de la collusion (NDT : de Trump avec les Russes) fabriqué par Fusion GPS s’est concentrée en grande partie sur l’entreprise elle-même, ses alliés dans la presse, ainsi que sur les contacts au ministère de la Justice et au FBI.

Toutefois, si un président en exercice a utilisé les instruments de l’État, y compris les services de renseignements, afin de disséminer et légitimer une enquête de campagne (NDT l’«opposition research» est une pratique courante aux États Unis. En campagne électorale, un parti cherche des informations sur un adversaire, susceptibles de le discréditer ou de l’affaiblir) et obtenir d’abord des mandats pour espionner la campagne de l’autre parti, puis délégitimer les résultats d’une élection une fois que le candidat de l’autre parti a gagné ; ce que nous avons est un scandale qui éclipse le Watergate – l’histoire non pas d’un méchant à la Maison-Blanche, mais de la subversion des services de sécurité chargés de protéger les éléments fondamentaux du processus démocratique, tout en agissant dans l’ombre.

Une enquête de Tablet*, utilisant des sources gouvernementales afin de retracer l’évolution du dossier désormais célèbre, suggère que les éléments centraux du scandale du Russiagate ne sont pas issus des «sources» ultra-secrètes du gouvernement russe trouvées par l’ex-espion britannique, Christopher Steele – peu susceptibles de toute façon d’avoir échappé au contrôle du gouvernement russe- , mais viennent d’une série d’articles que Glenn Simpson, co-fondateur de Fusion GPS et son épouse Mary Jacoby ont co-écrit pour le Wall Street Journal bien avant que Fusion GPS ne soit créée, alors que Donald Trump n’était qu’un millionnaire de l’immobilier à la langue bien pendue parmi d’autres à Manhattan.

Il est particulièrement important de comprendre les origines du «dossier Steele» en raison de ce qu’il nous dit sur la nature et le fonctionnement de la campagne menée dans le fol espoir de ses instigateurs d’en arriver à destituer le président élu des États-Unis.

Pourtant, l’implication des responsables du renseignement – et d’un président en fonction- dans une telle campagne devrait causer l’effroi même de ceux qui méprisent Trump et s’opposent à toutes ses politiques, surtout à une époque où les possibilités de tels abus ont été multipliées par le pouvoir des tribunaux secrets, par la surveillance à grande échelle, et par la création centralisée et le contrôle des reportages qui circulent dans les médias sociaux tout en étant nourris par la sphère protégée de la bureaucratie fédérale.

Dans un post Facebook du 24 juin 2017, que Tablet a vu dans des captures d’écran, Jacoby a affirmé que c’est à son mari que revient tout le mérite du Russiagate. (Elle n’a pas répondu à nos demandes répétées de commentaires.)

«Il a été porté à mon attention que certaines personnes ne réalisent toujours pas quel a été le rôle joué par Glenn qui a exposé le contrôle exercé par Poutine sur Donald Trump», a écrit Jacoby.

«Soyons clairs. Glenn a mené l’enquête. Glenn a embauché Chris Steele. Chris Steele a travaillé pour Glenn.»

Cette affirmation n’est pas une simple expression de fierté familiale, elle traite directement de la nature de ce qu’on a appelé le «dossier Steele», sur lequel se fonde le récit du Russiagate. Le fait que Jacoby soit une journaliste qui partage souvent des liens avec son mari au Wall Street Journal est une autre raison de prendre son message sur Facebook au sérieux.

La révélation de la semaine dernière selon laquelle Simpson aurait embauché Nellie Ohr, la femme du fonctionnaire du ministère de la Justice, Bruce Ohr, afin de travailler sur le dossier vient certainement à l’appui de l’affirmation implicite de Jacoby qui pense que le rôle de Steele dans la compilation du dossier a été exagéré.

Nellie Ohr, qui détient un doctorat de Stanford, est une experte de la Russie, et elle semble parler couramment la langue. Peut-être a-t-elle mené des interviews avec, ou même au lieu de, l’ex-espion britannique grâce auquel le fameux dossier de recherche d’opposition a pu être présenté comme émanant des services de renseignement. Peut-être a-t-elle écrit des parties du dossier ou même le dossier au complet.

En tout cas, l’histoire du «dossier Steele» ne commence pas à l’été 2016 avec Christopher Steele ou Nellie Ohr ; il commence avec un reportage que Glenn Simpson et Mary Jacoby ont co-écrit pour le Wall Street Journal et qui est daté du 17 avril 2007.

quand les responsables de la campagne présidentielle de Trump ont nommé Paul Manafort comme directeur de campagne, le 28 mars 2016, vous pouvez parier que les yeux de Simpson et Jacoby se sont allumés.

L’article intitulé : «Comment les lobbyistes aident les ex-soviétiques à courtiser Washington» détaille comment les Républicains, y compris le candidat présidentiel républicain en 1996, Robert Dole, ont ouvert grandes les portes de la capitale américaine aux oligarques affiliés au Kremlin et à d’autres amis de Vladimir Poutine.

Parmi ces amis de Poutine, il y avait Viktor Ianoukovitch, qui est devenu président de l’Ukraine en 2010.

Selon l’article, l’un des riches protecteurs de Ianoukovitch payait un lobbyiste nommé Paul Manafort afin qu’il soit présenté aux personnages influents de Washington DC, y compris à l’ancien vice-président, Dick Cheney. Manafort figurait en bonne place dans le reportage.

Un an plus tard, quand Simpson et Jacoby ont découvert qu’un consultant de la campagne présidentielle de 2008 de John McCain travaillait avec Ianoukovitch, ils ne pouvaient guère être surpris de trouver Paul Manafort impliqué dans un nouveau scandale.

Comme ils l’ont rapporté dans un autre article du Wall Street Journal daté du 14 mai 2008, Davis Manafort, la firme de lobbying de Manafort, accompagnait Ianoukovitch lors de son séjour à Washington. Ainsi, en 2006, Manafort l’a accompagné lors d’un petit déjeuner avec les journalistes à l’Hôtel Willard.

Simpson et Jacoby avaient identifié Manafort comme un type louche de classe mondiale et ils avaient raison.

Diplômé en droit de Georgetown, faisant habilement son chemin dans les milieux du Parti Républicain depuis la campagne de Reagan, Manafort a utilisé ses talents et ses relations pour se faire rémunérer par des personnes peu recommandables.

J’ajouterai seulement que, d’après mon expérience personnelle, les journalistes n’ont pas l’habitude d’oublier les grands reportages qu’ils ont écrits, en particulier ceux centrés sur un personnage comme Manafort.

Alors, quand les responsables de la campagne présidentielle de Trump ont nommé Paul Manafort comme directeur de campagne, le 28 mars 2016, vous pouvez parier que les yeux de Simpson et Jacoby se sont allumés.

En l’occurrence, au moment même où Trump embauchait Manafort, Fusion GPS était en négociation avec Perkins Coie, le cabinet d’avocats représentant la campagne d’Hillary Clinton et le DNC (le Comité national démocrate), pour voir s’il y avait un intérêt à poursuivre l’enquête d’opposition de la campagne de Trump déjà commencée pour le Washington Free Beacon.

En plus des arguments de Simpson sur Manafort, la campagne de Clinton avait ses propres raisons de croire que la recherche sur les relations louches de Manafort pourrait rapporter de réels dividendes politiques : Alexandra Chalupa, consultante démocrate et militante américano-ukrainienne, avait mis au courant les responsables de la campagne de Clinton au sujet du travail de Manafort pour Ianoukovitch. «J’ai signalé au DNC l’importance que représentait son embauche», a déclaré Chalupa à CNN en juillet dernier.

Peut-être était-ce cet alignement des planètes qui a contribué à conclure l’affaire. Selon une lettre de Perkins Coie datée du 24 octobre 2017, l’entreprise a fait appel à Fusion GPS pour poursuivre ses recherches en avril, peu après l’embauche de Manafort par Trump.

À partir du moment où vous comprenez que Glenn Simpson savait exactement qui était Paul Manafort, il est impossible de ne pas remarquer comment l’ancien journaliste a fait preuve de créativité et d’astuce afin de monter un dossier, utilisant la notoriété de Poutine pour attirer l’attention sur la corruption qu’il avait documentée dans ses reportages.

«L’ex-président ukrainien Ianoukovitch confie directement à Poutine qu’il a autorisé des paiements de rétrocession à Manafort, comme le prétendent les médias occidentaux», rapporte le dossier. «Il assure le président russe qu’il n’y a pas de preuve/de piste documentaire.»

C’est comme si Simpson avait accroché un panneau «Frappez-moi» sur Manafort pour encourager un procureur à trouver la «preuve/piste documentaire» qui, en fait, existait.

Effectivement, le conseiller spécial pour l’enquête sur la collision avec les Russes, Robert Mueller, l’a trouvé. Son acte d’accusation d’octobre 2017 impute à Manafort des millions de blanchiment d’argent provenant de Ianoukovitch. La relation de Manafort avec Ianoukovitch était largement connue dans les cercles politiques ukrainiens, ainsi que chez le frère du responsable de la campagne de Clinton John Podesta, Tony Podesta, qui travaillait directement pour Manafort lorsque ce dernier représentait Ianoukovitch.

Une autre accusation dans la mise en examen de Mueller contre Manafort est qu’en faisant du lobbying auprès des autorités américaines au nom de l’Ukraine, il n’a pas pris la peine de s’enregistrer en tant qu’agent étranger. Le fait qu’il ne l’ait pas fait même après que Simpson et Jacoby l’aient signalé publiquement dix ans auparavant, à deux reprises, pour son travail avec Ianoukovitch, est un détail important car il suggère que Manafort n’était pas juste corrompu et trompeur mais affichait une arrogance à la limite de la sociopathie – qui est le genre de caractéristique personnelle qu’aucun journaliste attentif ne risque de rater, et qui devrait contribuer à disqualifier quelqu’un d’un rôle dans la vie publique américaine.

Il est juste de parier que nous tous, y compris – et surtout – les partisans de Trump, devons à Simpson et Jacoby des remerciements pour avoir débarrassé la politique américaine de Paul Manafort.

C’est peut-être ainsi que Simpson avait imaginé ce qui allait devenir le «Dossier Steele», une façon de clouer au pilori Paul Manafort, qui était clairement et ouvertement un très mauvais sujet.

Mais si le salissage de Manafort par Simpson donnait à l’enquête d’opposition une cible claire – les liens possibles de Trump avec la Russie, à travers son directeur de campagne apparemment malhonnête et sociopathe– cette question ne semblait pas faire partie des objectifs de Fusion GPS qui en savait beaucoup sur la Russie, le pays qui était le sujet apparent de ses recherches.

Il est difficile de concevoir que Fusion GPS aurait accepté un projet venant d’individus pro-Kremlin pour saper une loi américaine, la loi Magnitsky, en même temps qu’il était payé par la campagne d’Hillary Clinton et le DNC afin d’établir des liens entre Trump et ces individus pro-Kremlin. Peut-être que Christopher Steele a été embauché pour déguiser cette contradiction apparente.

En juin, trois mois après avoir été embauché par les avocats pour la campagne de Clinton et du DNC, Simpson avait fait venir Steele – mais ce dernier n’avait pas vécu ou travaillé en Russie depuis près de 25 ans.

Ayant été identifié comme un espion britannique qui avait dirigé le bureau russe du M16 lorsque des assassins russes ont tué le transfuge du FSB Alexandre Litvinenko dans un restaurant de sushis de la capitale britannique, Steele n’était guère en mesure de faire des recherches discrètement.

Pourtant, Simpson a dû penser que le nom de Steele serait au moins utile pour faire circuler les informations que son entreprise avait amassées. Selon les témoignages, Steele entretenait de bonnes relations avec le FBI et les journalistes adorent les espions qui révèlent des secrets.

Nellie Ohr, la prochaine recrue de Fusion, parlait russe et écrivait assez bien pour publier dans des revues spécialisées. Mais elle n’avait pas non plus vécu en Russie pendant des décennies, et elle n’était pas une espionne, ni même une journaliste. Dans cet univers, elle était certainement une amateure.

Suivant tout ce qui précède, il est vraisemblable qu’une grande partie du dossier était truffé du genre de bobards que les locaux des sociétés fermées ou semi-fermées racontent afin d’impressionner les expatriés – le genre de chose que vous entendez dans un bar, ou sur le trajet en taxi de l’aéroport à l’hôtel du genre : «Alors vous me dites que ce type, Carter Page, dont presque personne à Moscou n’a entendu parler, s’est vu offrir une participation de 19% dans Rosneft d’une valeur de 10 milliards de dollars– à condition que Trump

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