Publié par Magali Marc le 1 janvier 2018

lève les sanctions contre la Russie ? Da ! Certains disent même 21 pour cent.»

Le fait que Fusion GPS avait peu d’informations sur les agissements secrets des Russes, nonobstant les tractations de Trump en Russie, est, en partie, le résultat de l’état lamentable de l’expertise du gouvernement américain et de son manque de perspicacité concernant un pays, tourné en dérision depuis vingt ans et décrit comme bon à mettre au rancart. Le président Obama, pendant la campagne de 2012, décrivait la menace russe comme étant surtout le fruit de l’imagination américaine depuis la fin de la Guerre Froide.

Les Américains doivent concentrer leurs efforts de renseignement sur d’autres cibles : la poursuite des terroristes, l’espionnage des alliés supposés de l’Amérique, ou l’organisation d’une lutte pour le pouvoir à Téhéran entre durs et modérés.

Obama avait estimé que le retour à la case départ (reset) avec la Russie était une priorité de sa politique étrangère, et qu’il avait besoin du soutien de Vladimir Poutine concernant les sanctions contre l’Iran. Plus tard, il avait estimé avoir besoin de Poutine pour s’assurer que l’accord iranien soit conclu. Se mêler de trop près à l’entourage de Poutine risquait de causer des problèmes plutôt que d’en résoudre. En conséquence, même les meilleurs espions américains ne savaient que très peu de choses sur ce qui se passait en Russie.

Certains observateurs bien placés considéraient ce vide comme une menace potentielle. Le président du Comité permanent de la Chambre sur le renseignement (NDT : le House Permanent Select Committee on Intelligence ou HPSCI) l’a dit, juste au moment où la campagne de Clinton et le DNC engageaient Fusion GPS pour enquêter sur les liens de Manafort et de Trump en Russie.

En tant que président du HPSCI, Devin Nunes [prononcer Nunès] (NDT : un Républicain élu en Californie à la Chambre des Représentants), fait partie de la bande des huit, les quatre membres du Congrès et les quatre sénateurs qui supervisent l’ensemble de la communauté du renseignement, et savent quels sont les secrets dont le public américain n’a pas connaissance.

Nunes a déclaré à CNN le 12 avril 2016, soit plusieurs mois avant que le récit du «Russiagate» ne soit rendu public, que lorsqu’il s’agit de la Russie, les États-Unis y vont à l’aveuglette.

Il serait difficile de contester l’évaluation de Nunes. La communauté du renseignement américaine a été surprise par la prise de contrôle de la Crimée par Poutine.

Lorsque la Russie a intensifié sa présence militaire en Syrie à la fin de l’été 2015, les services secrets américains ont été de nouveau pris au dépourvu – même si Moscou envoyait des troupes et des armes à travers le Bosphore, une voie navigable contrôlée par un membre de l’OTAN.

«Le plus grand échec du renseignement que nous ayons eu depuis le 11 septembre», a déclaré Nunes à Jake Tapper, «a été notre incapacité à prédire les projets du leadership et les intentions du régime Poutine en Russie».

Il n’est donc pas surprenant que la communauté du renseignement n’ait pas identifié immédiatement la Russie comme responsable du piratage des courriels du Comité National Démocrate (DNC). Au lieu de cela, c’est le DNC lui-même et la campagne de Clinton qui ont pointé les Russes du doigt.

Après avoir découvert une activité de réseau inhabituelle à la fin d’avril 2016, un cadre du DNC a appelé un avocat du comité chez Perkins Coie, qui les a mis en contact avec CrowdStrike (une compagnie qui s’occupe de cybersécurité).

C’est CrowdStrike qui a d’abord dit que les acteurs étatiques russes étaient derrière le piratage et les ont transmis à Wikileaks. Après la publication des courriels le 22 juillet 2016, le chef de campagne de Clinton, Robby Mook, a déclaré à ABC News que «certains experts nous disent maintenant que le piratage a été fait par les Russes dans le but d’aider Donald Trump».

Quels experts ? Les experts en technologie de CrowdStrike pouvaient dire qui a fait quelque chose mais non pas dans quel but.

Mook n’a pas nommé les soi-disant «experts» qui l’avaient mis au courant des intentions de la Russie – mais la campagne des Démocrates d’Hillary Clinton avait mis sous contrat une entreprise d’investigation des opposants qui était en train de monter un dossier dans lequel il était dit que les Russes voulaient faire élire Donald Trump.

Puisque Steele a écrit le premier mémo du dossier un mois avant le commentaire de Mook, soit le 20 juin 2016, il semble juste de supposer que Mook avait saisi dans quel sens irait le dossier payé par la campagne d’Hillary et que ses prétentions concernant les interférences de la Russie étaient la première allusion publique à ce dossier.

Un porte-parole du FBI déclara que le bureau examinerait la violation de confidentialité mais sans indiquer s’il allait aussi enquêter sur les motifs politiques possibles du piratage.

C’est pourtant à la même époque, vers la fin du mois de juillet 2016, que le FBI a ouvert une enquête sur une possible collusion entre les responsables de la campagne de Donald Trump et des agents russes.

Selon le New York Times, «seulement une douzaine de personnes au FBI étaient au courant de l’enquête», y compris le directeur James Comey et Peter Strzok, qui avait été choisi pour superviser l’enquête.

Dans un article posté sur Facebook, Mary Jacoby accusait le FBI d’incompétence. Dans cet article sur Facebook, elle qualifiait d’«ignoble» l’article du New York Times daté du 31 octobre 2016, intitulé : «Enquête sur la Russie, le FBI ne voit aucun lien évident avec Trump», qui blanchissait Trump de tous liens avec le gouvernement de Poutine. «Cet article bidon du NYT a eu beaucoup d’effet juste avant l’élection», écrivait Jacoby. «Circulez, il n’y a rien à voir…»

Contrairement au FBI, selon Jacoby, la CIA «a sauté sur dossier et s’est immédiatement mise au travail pour le vérifier. En août 2016, la CIA avait déjà vérifié la principale conclusion du dossier au point que, comme le révélait le Washington Post, l’Agence tenait des réunions top-secrètes avec Obama au sujet de ces informations à diffusion restreinte».

Comment ? L’ancien directeur de la CIA, John Brennan, a témoigné devant le House Intelligence Committee en mai 2017 que le dossier Steele «ne faisait pas partie du corpus d’informations secrètes que nous avions… il n’a pas été utilisé comme fondement.» mais Jacoby dit qu’il l’a apporté au président Obama ?

Il semble que la femme de Glenn Simpson était dans le vrai.

En avril 2017, le New York Times a rapporté qu’à l’été 2016, Brennan était si préoccupé par les efforts russes pour aider Trump qu’il en a informé les législateurs les plus éminents, y compris le leader de la majorité au Sénat, Harry Reid. «Dans le briefing d’août pour M. Reid», a rapporté le Times, «M. Brennan a indiqué que la CIA, concentrée sur les renseignements étrangers, était limitée dans sa capacité juridique d’enquêter sur les liens possibles avec M. Trump.»

Ce briefing a incité Reid à écrire une lettre publique au FBI, l’agence responsable de la collecte de renseignement à l’intérieur des États-Unis.

Le 29 août 2016, M. Reid a écrit au directeur du FBI, James Comey, que la menace d’ingérence russe allait «plus loin qu’on ne le pense généralement et pourrait inclure l’intention de falsifier les résultats officiels des élections». L’interview du New York Times lui avait fait craindre que «l’objectif du président Vladimir Poutine était de falsifier cette élection».

Le dossier était-il la source de cette information explosive ?

En octobre 2016, peu après que Comey ait rouvert l’enquête sur les courriels d’Hillary Clinton, Reid a écrit une autre lettre publique au chef du FBI. Elle était encore plus brûlante – Reid était furieux que Comey ait semblé faire porter la pression sur Hillary Clinton tout en laissant Trump en réchapper.

«Lors de mes communications avec vous et avec d’autres hauts responsables de la sécurité nationale», écrivait Reid, «il est devenu clair que vous possédez des informations explosives sur les liens étroits et la coordination entre Donald Trump, ses meilleurs conseillers et le gouvernement russe. Un gouvernement ouvertement hostile aux États-Unis, que Trump louange chaque fois qu’il en a l’occasion», a-t-il déclaré.

«Je vous ai écrit il y a des mois pour demander que cette information soit rendue publique… et pourtant, vous continuez à résister aux appels pour informer le public de cette information critique.»

De quelles «informations» Reid parlait-il ?

Selon l’article de David Corn, paru dans Mother Jones du 31 octobre 2016, le législateur du Nevada faisait allusion aux conclusions d’«un ancien officier supérieur des services de renseignement d’un pays occidental spécialisé dans le contre-espionnage russe».

Corn expliquait en octobre 2017 que cet ancien agent secret – qui a passé presque deux décennies sur les questions de renseignement russe et qui travaille maintenant avec une société américaine et recueille des informations sur la Russie pour des entreprises clientes» se nomme Christopher Steele.

Selon M. Corn, M. Steele a déclaré que «ces derniers mois, il a fourni au bureau des notes, basées sur ses récentes interactions avec des sources russes, affirmant que le gouvernement russe a essayé pendant des années de coopter et d’aider Trump».

Il semble que Brennan informait Reid de l’existence du «dossier Steele».

Il est difficile de ne pas ressentir de la sympathie pour Comey dans cette situation. Il essayait de jongler en même temps avec un trop grand nombre de balles.

Il avait ouvert une enquête sur Clinton, les emails, et Trump, ses liens possibles avec la Russie, tout en tâchant de maintenir le FBI sur la droite ligne. En plus de cela, il avait sur le dos le chef de la majorité au Sénat qui le harcelait publiquement, l’accusant de ne pas avoir publié de documents que le directeur du FBI appellera plus tard «salaces et non vérifiés».

Comey a sûrement supposé que Brennan avait convaincu Reid d’écrire la lettre – et pire encore, il savait que son homologue de Langley en parlait avec leur patron.

En août 2016, la Maison-Blanche avait commencé à convoquer des réunions de haut niveau pour discuter de l’ingérence russe dans les élections.

Selon un article du Washington Post daté du 23 juin 2017, cela a commencé, quand «une enveloppe avec des restrictions de manutention extraordinaires est arrivée à la Maison-Blanche. Envoyé par la CIA, elle contenait des instructions d’accès restreint afin que son contenu soit montré à seulement quatre personnes : le président Barack Obama et trois de ses conseillers de haut-niveau.»

C’est de cet article du Post que Mary Jacoby parlait le lendemain de son apparition. Est-ce que le dossier Steele était dans l’enveloppe ?

«À l’intérieur était une bombe des services secrets», ont écrit Greg Miller, Ellen Nakashima, et Adam Entous du WAPO :

«Un rapport tiré de sources au sein même du gouvernement russe détaillait l’implication directe du président russe Vladimir Poutine dans une cyber-campagne visant à perturber et discréditer la course présidentielle Américaine».

«Mais c’est allé plus loin. Les services secrets ont trouvé les instructions spécifiques de Poutine concernant des objectifs audacieux de l’opération – défaire ou au moins endommager la candidate démocrate, Hillary Clinton, et aider à élire son adversaire, Donald Trump.»

Cela ressemble sûrement au dossier Steele – mais il se pourrait que ce soit un dossier différent, que Brennan ne pouvait pas partager même avec Reid, un autre membre de la bande des huit, qu’il avait déjà informé, semble-t-il, au sujet de ce dossier.

En effet, l’article explique que le «matériel était si sensible que le directeur de la CIA, John O. Brennan, l’avait gardé à l’écart du dossier quotidien du président, préoccupé par le fait que même la distribution de ce rapport restreint était trop large.»

Mais si le matériel était si sensible qu’il devait être tenu à l’écart du dossier quotidien remis au président, et même pas soumis au chef de la majorité au Sénat, comment se fait-il que quelqu’un en avait parlé au Washington Post ?

Les sources et les méthodes sont les joyaux de la couronne de la communauté du renseignement américain. Et pourtant, quelqu’un venait de raconter à un grand journal américain qu’il y avait un «rapport issu de sources au sein même du gouvernement russe… qui faisait état des instructions spécifiques de Poutine.»

Si la CIA avait une source de renseignement humain proche de Poutine, la publication de l’article pouvait exposer cette source et causer des dommages incalculables à la sécurité nationale américaine. Lui et beaucoup de ses proches seraient alors probablement morts de mort horrible.

Ou, comme l’a supposé Mary Jacoby, c’était le travail de son mari qui avait atterri sur le bureau du président.

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