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Publié par Ftouh Souhail le 6 février 2018

Facebook, en tant que réseau social, n’est pas supposé prendre parti dans contenu éditorial publié par les utilisateurs, car il est censé permettre aux lecteurs de participer à l’actualité et d’en débattre librement. Du moins c’est ce que l’on pourrait croire…

Depuis quelques jours, plusieurs lecteurs ont noté des mesures punitives de blocage de publication– j’ai moi-même vécu cette expérience sur ma page Facebook– à la suite de la simple publication d’images des victimes syriennes à Afrin. Plusieurs pages et comptes personnels ont été filtrés et bloqués.

La pratique du pouvoir de plus en plus autoritaire d’Erdogan semble ainsi encourager les dirigeants de Facebook à renforcer la censure.

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En effet, de plus en plus de lecteurs subissent les mesures impitoyables pratiquées par Facebook et ses équipes contre les pages qui partagent les photos des victimes kurdes des bombardements meurtriers en Syrie, dans la région d’Afrin depuis le 20 janvier dernier. Cela dérange manifestement les cercles turcs.

Facebook semble faire appel à des entreprises situées dans des pays maghrébins (Maroc et Tunisie) pour contrôler les images des drames humains des bombardements turcs en cours.

Ceci est impitoyable et injustifiée, car l’entreprise de Zuckerberg ne se livre pas ici à la suppression des commentaires haineux et injurieux (une modération on ne peut plus normale et nécessaire), elle supprime bel et bien les photos des morts et des victimes kurdes – sans aucune justification précise.

Facebook a bloqué ces contenus, indispensables témoignages de la réalité que veulent cacher les autorités d’Ankara, « parce qu’ils ne respectaient pas ses lois de publications », laisse dire certains commentaires. Les salariés de Facebook s’activent en réalité pour que les images des morts et blessés d’Afrin ne se propagent pas sur la toile.

Même des photos de victimes sans avis ni critique envers la Turquie sont actuellement supprimées (pour d’obscures raisons, par excès de zèle, pour faire disparaître les preuves, ou juste pour soutenir le régime turc, il est impossible d’en être sûr…)

Facebook a bloqué environ 10 000 contenus en relation avec l’intervention militaire turque à Afrin depuis le 20 janvier 2018. La censure telle que pratiquée actuellement par Facebook est digne des pires dictatures – et elle vient de ceux qui défendent la liberté d’expression et les droits civiques.

Inutile de dire que les Turcs et leurs soutiens ont pratiquement toute latitude pour publier ce qu’ils veulent. Les appels au meurtre de Kurdes, lancés par des internautes pro-Erdogan, sont monnaie courante sur Facebook et restent en grande partie intacts.

Et là où un militant pro-palestinien peut parvenir sur Facebook à faire diffuser toutes les photos, parfois mensongères, sur « les victimes palestiniennes » à Gaza, je peux vous assurer que Facebook supprime sans ménagement la moindre photo qui pourrait éventuellement laisser sous-entendre l’implication de l’armée turque dans le carnage actuel contre les Kurdes à Afrin.

 

Facebook a créé un outil capable de censurer des contenus publiés sur son réseau dans certaines zones géographiques

Facebook a pour pratique d’accéder aux demandes des gouvernements qu’il juge légitimes pour bloquer certaines informations après leur publication. Facebook restreint ainsi l’accès de certains contenus à la demande des autorités dans une série de pays fermés et de dictatures comme la Chine, le Pakistan, la Russie et la Turquie.

Une nouvelle fonctionnalité empêche certains contenus d’apparaître dans les flux en Turquie. L’outil permet de supprimer automatiquement des contenus dans les fils d’actualité des utilisateurs pour ne pas partager les informations sur l’opération militaire turque. Le réseau ne fait pas de censure lui-même, mais confie le logiciel à une tierce partie, peut-être un partenaire en Turquie.

Faire appel à des entreprises tierces pour « modérer » (censurer) les photos des victimes kurdes syriennes semble être un choix destiné à soutenir les agressions militaires turques contre la population civile syrienne kurde.

Facebook paye des entreprises, proches idéologiquement d’Ankara, pour exercer une activité de censure qui agace une part de plus en plus importante du lectorat, nuisant à sa propre image, et ce sans aucun bénéfice en retour pour Facebook.

On ignore pourquoi Facebook protège l’armée turque, car de cette façon, elle se tire une balle dans le pied, mais, quelle qu’en soit la raison, elle appliqué une politique délibérée pour ne pas informer le public de ce qui se passe dans les zones kurdes en Syrie.

Il s’agit là d’un problème extrêmement grave.

Comment Facebook peut-il revendiquer connecter les gens du monde entier (démarche intrinsèquement favorable à la liberté d’expression) s’il pratique cette censure massive et injuste ?

Comment Facebook a-t-il pu, au moment des conflits de Gaza de 2008-2009 et 2014 laisser partager les milliers de photos « des victimes palestiniennes » quand il fait précisément le contraire aujourd’hui ?

N’y a-t-il pas là un paradoxe mêlé d’hypocrisie ?

Aucune des précautions nécessaires n’ont été prises par les Turcs pour éviter d’affecter la population civile. Un million de Kurdes syriens vivent sous blocus turc dans l’enclave d’Afrin et sous les bombements des F-16 et de l’artillerie turque.

Chers lecteurs, si vous comptez faire de Facebook un espace de débats et d’échanges d’opinions, en toute liberté et sans censure, éviter de partager les photos des victimes kurdes, évitez de critiquer les actions de l’armée turque à Afrin.

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