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Publié par Dreuz Info le 11 février 2018

En ôtant leur voile et en défiant la dictature religieuse du président Rohani, les femmes iraniennes ont déclenché une lutte de pouvoir dans le pays.

Les femmes iraniennes qui ont risqué d’être emprisonnées en enlevant leur foulard islamique sont étiquetées comme des filles «qui se droguent, qui sont ignorantes et sont influencées par l’Occident». Mais leurs protestations ont révélé des lignes de faille entre les dirigeants du pays.

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Des vidéos et photos circulent tandis que les féministes occidentales, pour ne pas froisser l’islam, ont décidé qu’une femme voilée est une femme libérée.

Des femmes se font filmer en différents endroits d’Iran se libérant de leur foulard islamique en public, dans le cadre d’un mouvement de protestation.

Telegram, on peut voir que des femmes à Téhéran, Mashhad, Rasht et Tabriz enlèvent leur voile dans les parcs publics et les rues.

Le mouvement, appelé « Mercredis blancs » (White Wednesdays) et inspiré en partie par une activiste et journaliste iranienne exilée habitant à New York, a déclenché un débat aux plus hauts niveaux du gouvernement de Téhéran, avec des factions modérées et d’autres, strictes, luttant en coulisse pour le pouvoir iranien.

Acte 1

Le président iranien Hassan Rohani, pour entretenir la réputation de modéré que lui ont offert les médias occidentaux, a critiqué les partisans de la ligne dure à deux reprises concernant des questions culturelles.

  • Dimanche, il a publié un sondage de 2014 montrant apparemment que la moitié des Iraniens s’opposaient au port du voile obligatoire. (Un sondage de 2015 a montré des résultats globalement similaires.)
  • Mardi, lors d’une conférence de presse où une vaste palette de sujets a été abordée, Rohani a évoqué des manifestations à l’échelle nationale le mois dernier au cours desquelles des milliers de personnes sont descendues dans les rues pour diverses raisons.

 » Oui, les gens ont aussi critiqué les problèmes économiques et ils ont raison », a-t-il dit, « mais leurs protestations ne se limitaient pas aux problèmes économiques : les gens ont beaucoup à dire sur des questions sociales et politiques et les relations internationales. Nous devrions les écouter attentivement. »

Acte 2

Puis les partisans de la ligne dure ont cherché à s’attaquer aux protestations contre le port du voile (hijab) obligatoire, tout en étiquetant les dizaines de femmes qui s’étaient photographiées ou s’étaient filmées en public sans leur foulard comme « déviantes » ou « ignorantes » et « influencées par les puissances occidentales ».

Acte 3

Et à la fin de la semaine dernière, Rohani a ordonné l’arrestation d’au moins 29 personnes en rapport aux protestations contre le port du voile obligatoire.

Le porte-parole du pouvoir judiciaire iranien, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei a dénigré certaines des manifestantes et les a qualifiées des toxicomanes.

 » Le premier groupe [de femmes] a été influencé et trompé par d’autres personnes et peut être libéré après avoir signé un formulaire d’engagement », a-t-il déclaré selon les informations officielles.  » Mais le deuxième groupe était organisé par des groupes basés à l’étranger et était sous l’influence de drogues industrielles à usage récréatif. »

La confrontation concernant les questions culturelles et, en particulier la condition et les libertés des femmes, ont été un trait caractéristique des batailles politiques iraniennes depuis que le pays a été pris en main par les mollahs fondamentalistes pendant la révolution de 1979. Les batailles se déroulent au sein de l’élite du régime ainsi qu’entre les jeunes du pays, et l’oligarchie sclérosée des hauts dignitaires islamiques qui dirigent ses institutions.

Mais le débat déclenché maintenant sur le voile arrive à un moment particulièrement sensible pour l’Iran. Les factions politiques rivalisent pour s’attirer la popularité, le pouvoir et la légitimité du peuple avant le possible décès du guide suprême du pays, Ali Khamenei, âgé de 78 ans, partisan de la ligne dure sur les questions sociales et la politique étrangère.

Il y a quelques années encore, Khamenei insistait pour que les femmes restent à la maison tandis que pour calmer le peuple, il faisait dire à Rouhani, le président qu’il a choisi pour fabriquer une apparence de modération qui permet de tromper les médias, qu’elles devraient déterminer leur propre destin.

 » Le statut des femmes fait partie intégrante de l’identité du régime », a déclaré Sanam Naraghi-Anderlini, une conseillère auprès des Nations Unies sur les questions relatives aux femmes, qui est né en Iran et habite à Washington.

Les femmes iraniennes, dont beaucoup semblent avoir été inspirées par l’activiste américaine Masih Alinejad, ont fait passer cette question au premier plan.

Les risques sont énormes et elles le savent.

Tandis que les féministes européennes soutiennent les hommes musulmans contre les femmes, et défendent dans les médias que l’ordre qui leur est intimé de porter des vêtements modestes les libère, Alinejad est devenue une source d’inspiration pour le mouvement iranien après le lancement d’une page Facebook intitulée «Ma liberté furtive» («My Stealthy Freedom») en 2014, encourageant les femmes d’Iran à se photographier sans leur voile.

L’ancienne journaliste politique, qui a déménagé à New York il y a des années, travaille pour Voice of America, un des rares services de diffusion financés par le gouvernement américain, ainsi que par la Radio Farda. Elle est productrice et présentatrice. Elle est en porte-à-faux avec les mouvements féministes, car elle encourage à la liberté d’expression de ces femmes, qui ont répondu à ses appels, et soutient ceux qui aident à les photographier ou les filmer.

Nargess Hosseini, étudiante en sciences sociales et employée du secteur public a 32 ans. Elle est la deuxième femme qui a retiré publiquement son foulard, a fait face à des peines sévères. Elle a été accusée d’avoir contribué à la corruption, de ne pas avoir respecté le port du voile islamique, et de ne pas s’être comportée de manière modeste conformément aux préceptes de l’islam tolérant. Selon son avocat, elle a refusé d’exprimer des regrets publics quant à ses actions, et elle est détenue dans une prison de la banlieue de Téhéran, et la caution pour sa libération est de 15 000 dollars. Si elle est condamnée pour ces accusations, elle risque jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et une peine de flagellation. C’est cela, le régime iranien dont les dirigeants occidentaux sont le complice par leur silence.

 » Mme Hosseini n’a même pas comparu devant un tribunal et n’a pas exprimé de remords pour son action », a déclaré Nasrin Sotoudeh, l’avocate d’Hosseini, au Centre pour les droits de l’homme d’Iran.  » Elle a dit qu’elle s’opposait au port forcé du voile et considérait avoir le droit légal d’exprimer sa protestation. »

Naraghi-Anderlini, une Iranienne habitant à Washington, a raconté à un groupe privé d’universitaires et de journalistes l’histoire de la lutte des femmes iraniennes contre le port obligatoire du voile au cours des quatre dernières décennies, avec des actes de défi incluant des manifestations, le fait de montrer les cheveux et les chevilles, et de porter des tenues de plus en plus serrées dans des couleurs plus claires.

 » Je vois le mouvement actuel comme le résultat d’un mouvement persistant, du fait que les Iraniennes combattent depuis 39 ans, qu’elles se qualifient d’activistes ou qu’elles viennent juste de faire partie du courant », a-t-elle dit, tout en notant que le foulard est la dimension la plus visible et la plus superficielle de l’oppression des femmes en Iran.

 » Le hijab est un symbole important », a-t-elle déclaré.  » Mais si vous l’enlevez demain, cela ne dissoudra pas toutes les lois discriminatoires contre les femmes inscrites dans des recueils de lois et la constitution ».

 

Honte sur les organisations féministes occidentales qui n’adoptent pas une position claire et conforme à leur idéologie sur le port du voile.

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