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Publié par Jean-Patrick Grumberg le 15 février 2018

La Pologne envoie constamment des messages contradictoires, à l’Union européenne, à Israël, et aux Juifs à propos de l’holocauste et des camps de la mort sur le sol polonais. Assez contradictoires pour avoir attiré l’attention de notre ami, le journaliste d’investigation et auteur de best-seller Tuvia Tenenbom.

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« Tenenbom », écrit à son sujet le quotidien allemand Der Spiegel, est « un auteur controversé qui traite des sujets les plus controversés ». Son dernier papier, paru sur Die Zeit, ne fait pas exception.

Aucun des livres de Tuvia Tenenbom n’est disponible en français. Vous pourriez penser qu’un auteur de best-sellers dans plusieurs pays du monde serait courtisé par les éditeurs français. C’est tout l’inverse : ils le fuient. Les éditeurs ne veulent pas le publier justement parce qu’il écrit des best-sellers.

D’une plume puissante, drôle et émouvante, il dit les choses telles qu’elles sont vraiment sur le terrain, et ce qu’il rapporte correspond rarement à la vérité officielle.

Avec son style si particulier, Tenenbon couvre dans l’article qu’il nous a autorisé à traduire pour les lecteurs de Dreuz, les aspects politiques des récents événements de Pologne — le vote d’une loi qui interdit de parler de la Pologne dans le génocide de millions de juifs, le refus de condamner la décision de Trump de reconnaître Jérusalem capitale d’Israël à l’ONU, et les menaces de sanctions de l’UE.

Tuvia a rencontré des politiques des deux bords, ainsi que le Premier ministre polonais, et leur a posé les questions qui fâchent, pile sur la cible, et qui exposent les mensonges et l’hypocrisie des politiciens.

Les 13 dernières âmes juives de Łódź

Tuvia Tenenbom

Autrefois, je venais en Pologne chaque année, et ce dont je me souviens le plus c’est de ma première visite dans le pays, quand j’étais encore un touriste polonais naïf. J’ai été totalement pris par le pays, la terre de mes aïeux, ses gens et ses mœurs. Physiquement et mentalement, le peuple polonais me semblait très proche de ceux que je connaissais le mieux, les juifs ashkénazes des États-Unis et d’Israël. Ils partageaient un sens similaire du comique, et tous les deux se plaignaient toujours que personne ne les aimait.

Ce n’est guère surprenant, me direz-vous, puisque les Juifs vivent en Pologne depuis environ un millénaire.

Peut-être.

La ville que j’ai visitée pour la première fois était Łódź, une ville qui abritait des centaines de milliers de Juifs, alors que les Juifs vivaient encore en Pologne.

Ce qui m’a frappé instantanément, c’étaient les interminables graffitis d’étoiles de David partout. Ils doivent aimer les Juifs ici, me suis-je dit. Vendredi soir, quand les juifs religieux accueillent le Shabbat, je suis allé à la synagogue pour être avec les gens bien-aimés de Łódź.

Je n’oublierai jamais ce soir.

Les Polonais voulaient finir ce que les Allemands n’avaient pas fini. Personne ici ne nous aime

Quand le service religieux a été terminé, je me suis approché d’un des fidèles, un vieux Juif avec une longue barbe, et je lui a fait part à quel point j’étais impressionné par l’amour pour les Juifs que j’avais vu déborder des rues de Łódź.

Il m’a dévisagé, comme s’il regardait le plus grand idiot agaçant qu’il ait jamais vu, et il a m’attrapé par le bras gauche.

« L’amour? » m’a-t-il demandé. « À la fin de la guerre, très peu d’entre nous ont survécu. J’étais l’un d’entre eux. Nous avons pris le train pour rentrer à la maison que nous avons quittée pendant la guerre. Au milieu de nulle part, pendant que le train roulait, les Polonais se sont levés et ont commencé à nous tirer dessus, sur chaque Juif qu’ils voyaient dans le train. J’ai sauté du train et ils tiraient encore sur moi. Mais j’ai survécu. Les Polonais voulaient finir ce que les Allemands n’avaient pas fini. Personne ici ne nous aime. »

Il me faudra encore quelques jours pour réaliser que les étoiles de David n’étaient pas des signes d’amour, mais de haine.

Łódź, qui abrite l’un des plus grands cimetières juifs d’Europe, a deux clubs de football qui ont été fondés il y a plus d’un siècle ; l’un appartenait à un Juif et l’autre était dirigé par un Juif.

Les Juifs polonais, presque tous, sont partis depuis longtemps, mais les clubs restent.

L’un de ces clubs s’appelle Widzew, et ce sont bien ses supporters qui ont l’habitude de peindre avec des bombes de peinture le nom de leur équipe chérie sur tous les murs qu’ils rencontrent.

Naturellement, Widzew n’est pas apprécié de tous. Par exemple, ceux de ŁKS, le club de football concurrent. Et quand un supporter de LKS voit le nom de Widzew, il peint deux lettres sur Widzew, un Z sur le W, et un Y sur le I pour faire Zydzew. Zyd Ça veut dire juif en polonais.

Une fois cela achevé, il griffonne le nom de son club sur le mur, ŁKS.

Le fan de Widzew qui découvre avec horreur la honte faite au nom de son club, peint immédiatement une étoile de David autour de la lettre K de ŁKS.

Bref, chacun d’eux dit la même chose à l’autre : « vous êtes un Juif ! » Pour eux, Juif, c’est le mot le plus odieux au monde, pire même que celui de Satan, Juif!

Parfois, les créateurs des graffitis de Lodz aiment peindre des images. Par exemple, un Juif ou une étoile de David pendus à une potence.

J’ai fini par en avoir assez de cette célébration de l’antisémitisme dans les rues de Pologne, et je suis parti sans revenir.

À la fin de l’année dernière, la Pologne a grimpé en flèche dans l’actualité lorsque le pays a affronté à deux reprises l’Union européenne.

  • La première confrontation était assez grave: la CE, la Commission européenne, a annoncé qu’elle avait décidé d’engager des mesures disciplinaires contre la Pologne en vertu de «l’article 7», ce qui pourrait finalement entraîner la suspension des droits de vote de la Pologne.

Dans un communiqué de presse, la CE déclarait que :

« Sur une période de deux ans, les autorités polonaises ont adopté plus de 13 lois affectant toute la structure du système judiciaire en Pologne » et que, « malgré des efforts répétés, pendant presque deux ans, d’engager les autorités polonaises dans un dialogue constructif dans le cadre de la règle de droit, la Commission a conclu aujourd’hui qu’il existe un risque évident de violation grave de la règle de droit en Pologne. »

  • Le deuxième affrontement était avec la majorité de l’UE, et il concernait Jérusalem.

Peu après la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution pour annuler sa déclaration et la Pologne, à la différence de la plupart des pays de l’UE, s’est abstenue. Même l’Allemagne, le pays qui ne vote généralement pas en faveur des résolutions critiques envers Israël, a voté pour la résolution. Mais pas la Pologne.

L’UE, une entité que je suis depuis quelque temps, a, depuis quelques années, montré des signes d’antisémitisme croissant. Naturellement, après dix ans d’absence, je décide de visiter à nouveau cet État paria de l’UE, la Pologne.

Le paysage politique, dont j’ai lu l’évolution dans les médias, a changé.

Le Parti conservateur Droit et Justice, connu sous son sigle polonais PiS, un parti fondé par son leader Jarosław Kaczyński, forme le gouvernement actuel de la Pologne, avec le Premier ministre Mateusz Morawiecki à sa tête.

L’ancien gouvernement, dirigé par le Premier ministre de l’époque, Donald Tusk, et son Parti de la Plate-forme civique, libéral d’esprit, était le chouchou de l’UE, et Donald Tusk a rapidement décroché le poste de président du Conseil européen. Mais contre toute attente, de nos jours M. Tusk est l’un des plus forts critiques de la Pologne.

Et c’est ainsi qu’au début de 2018, je vole en Pologne.

Bien sûr, par curiosité, je vais d’abord à Łódź. Le maire de Łódź est le membre de la Plate-forme civique, et j’espère que la ville d’aujourd’hui est très différente de ce qu’elle était auparavant.

C’est samedi en fin de matinée que les « membres actifs de la communauté juive de Łódź  » — c’est ainsi qu’ils se présentent à moi — sont assis à la synagogue pour célébrer le Shabbat.

En tout, le nombre de Juifs présents au service d’aujourd’hui est de treize. Officiellement, il y a environ une centaine de Juifs à Łódź, mais personne ne sait où ils sont.

Sur les treize d’entre eux, certains sont nés juifs, d’autres sont convertis, d’autres voudraient être juifs, et d’autres encore pensent qu’ils sont juifs.

Le vieux Juif avec la longue barbe n’est plus là; il nous a quittés. Il n’y a personne ici pour m’attraper par le bras. Juste treize Juifs, ou ceux qui voudraient l’être, et ils n’attrapent le bras de personne.

À la fin de la prière, les treize personnes s’installent pour manger du gâteau. Je les rejoins. J’en mange trois tranches. C’est un moment triste et doux : une communauté mourante autour d’un gâteau sucré.

Et puis je pars.

Dehors il fait très froid. L’air est glacial. Mais j’aime Łódź, même lorsqu’il fait froid. Il y a quelque chose à Łódź, une ville pas encore teintée par les étrangers, comme Cracovie ou Varsovie. Łódź est réel. Łódź c’est la Pologne pure. Il fut un temps où, longtemps avant que je sois conçu, Łódź était un important centre de fabrication textile, et les propriétaires d’usines, dont plusieurs étaient Juifs, ont érigé les manoirs et les palais les plus extravagants de la ville. Par conséquent, des centaines de milliers de personnes à la recherche d’un emploi solide se sont installées ici. Mais après quelque temps, pour une raison historique ou une autre, les machines textiles se sont arrêtées, beaucoup de gens sont partis, et la ville a plongé dans la pauvreté, la dépression et l’atonie. Les palais et les manoirs autrefois extravagants, une joie pour les yeux, se sont transformés en horreurs géantes, la demeure de fantômes.

Je marche dans les rues de Łódź et les étoiles de David me regardent de tous les côtés.

Rien n’a changé.

13 juifs, 700 000 chrétiens et une myriade d’étoiles de David.

Les libéraux dirigent cette ville.

J’ai presque oublié.

Il faut que je mange.

Plus tôt dans la journée, la dame de la réception de mon hôtel m’a recommandé de visiter un restaurant qui correspond aux besoins des touristes juifs.

J’y vais, et une serveuse me conduit à ma table.

La musique de fond est israélienne, en hébreu.

Je commande du gefilte fish, du tcholent et du kougel.

Que puis-je dire? C’est de la nourriture juive faite par des non-juifs. Sur le plan gustatif, cela me rappelle l’Eucharistie.

Je commande un whisky.

Le whisky est bon.

Avant que l’addition arrive, et en guise de reconnaissance que j’ai visité leur établissement, je reçois un Zydki, un «petit juif». C’est une petite statuette représentant un juif religieux, et il porte un Grosz, un penny.

Ils ont toutes sortes de Zydkis dans leur collection, me dit la serveuse.

Et chaque Zydki porte un Grosz.

Depuis des temps immémoriaux, ne le saviez-vous pas, chaque Juif a

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