Publié par Jean-Patrick Grumberg le 15 février 2018

genre de sentiments.

Je n’ai jamais rencontré aucun membre du PiS, peut-être qu’il est temps de le faire.

Rencontre avec Jarosław Sellin, secrétaire d’État, ministère de la Culture

Le lendemain, je vais rendre visite à Jarosław Sellin.

Le titre officiel de Jarosław Sellin est : secrétaire d’État, ministère de la Culture et du Patrimoine national.

Il m’accueille dans son beau et spacieux bureau, avec une tasse de café et un verre de soda.

Pas de gâteaux ici. Oublie.

«Pourquoi la CE est-elle opposée à la Pologne ?», je lui demande.

Il me dit qu’il aimerait l’apprendre aussi. Les accusations contre les changements que son parti apporte au système judiciaire polonais sont sans fondement, affirme-t-il. Les changements apportés par le PiS mettent le système juridique polonais sur un pied d’égalité avec le reste des membres de l’UE — et même à un meilleur niveau.

« En Allemagne, les juges peuvent être membres de partis politiques », dit-il, « ,mais en Pologne, ils ne le peuvent pas. La Pologne n’est-elle pas [en cela] supérieure à l’Allemagne? »

Quels sont les changements?

« Dans l’ancien système », répond-il, « les juges sélectionnaient les juges pour les juridictions suprêmes du pays. Son parti est en train de changer cela, en instituant que le parlement se joigne également au processus de nomination des juges — juste ‘comme dans beaucoup de pays’ d’Europe ».

Pourquoi, alors, les gens de l’UE sont contre vous ?

« Parce qu’ils sont de gauche. »

Voulez-vous dire que si le gouvernement actuel était composé de gens de gauche, ces mêmes changements auraient été acceptés ?

« Je crois que oui. »

Mais les membres du PiS ne sont pas de gauche. Par exemple, l’avortement n’est légal que dans trois cas.

« Quand la vie de la mère est en danger ; lorsque la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste ; quand il est déterminé que le fœtus porte une maladie héréditaire, comme le syndrome de Down, ce qui représente 95% des cas. »

Que ferez-vous si l’UE vous dit: « Si vous insistez pour garder vos changements judiciaires, nous retirerons tout soutien financier de la Pologne! »?

« Ce n’est pas la meilleure façon de parler aux Polonais. »

J’ai lu quelque part, il y a quelques jours à peine, que le gouvernement israélien avait publié un sondage disant que l’antisémitisme en Pologne est en train d’augmenter et que 18% des Polonais veulent que les Juifs qui vivent encore en Pologne quittent le pays. Êtes-vous au courant de cela?

« Je ne sais pas d’où viennent ces chiffres. L’antisémitisme en Pologne est minime. »

Jérusalem est-elle la capitale d’Israël, oui ou non ?

« Oui. »

Je sirote ma tasse de café, puis mon verre de soda, et m’étonne : ce fonctionnaire du PiS n’est pas aussi mauvais que je m’y attendais. Est-ce que j’ai loupé quelque chose ?

Me voilà de retour à mon hôtel de Varsovie, je prends mon temps, je veux me détendre. Au bar, je commande des pierogis, une délicatesse polonaise que j’ai toujours aimée, et je lis les actualités.

Voici celle du Washington Post :

Jérusalem —Une crise diplomatique entre Israël et la Pologne semble s’être intensifiée dimanche alors que Piotr Kozłowski, chef de mission adjoint de la Pologne, a été convoqué au ministère israélien des Affaires étrangères à Jérusalem au sujet d’une loi approuvée par le parlement polonais, selon laquelle le fait d’associer l’État polonais aux crimes commis pendant l’Holocauste est une infraction pénale.

Que se passe-t-il ici ?

Les politiciens israéliens, de tous les bords politiques, condamnent sévèrement cette loi et exigent que la Pologne l’annule immédiatement — ce qui est compréhensible, du moins pour le Zydki [que je suis].

Je discute avec des Polonais et, ce qui est choquant pour moi, c’est qu’ils me disent que la réaction des Israéliens prouve encore une fois que la Pologne ne peut pas compter sur les Juifs, comme elle ne le pouvait pas à l’époque où les Żydokomuna (judéo-communistes) étaient actifs en Pologne. Je n’ai aucune idée de quoi ils parlent, alors ils m’expliquent : Żydokomuna était une police secrète soviétique composée principalement de Juifs, et ils ont assassiné plus de 200 000 patriotes polonais entre les années 1945 à 1956.

L’étoile de David à Łódź, Żydokomuna à Varsovie, des Zydkis partout, l’agressivité vient de toutes les directions. Que diable se passe-t-il en Pologne ?

Rendez-vous avec le Premier ministre, Mateusz Morawiecki

J’ai pris rendez-vous avec le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, qui sera bientôt de retour d’une tournée à l’étranger, et à l’heure prévue, je me présente à son bureau.

Son Honneur et moi avons quelques problèmes sérieux à couvrir.

Quelles sont les caractéristiques qui font de quelqu’un un « Polonais » ? Je lui demande.

« Hospitalité, ouverture, bienveillance à l’égard des gens. Ce sont des qualités que j’appellerais ‘typiquement polonaises’. Et de la créativité. Et trop d’individualisme», me répond-il.

J’ai remarqué quelque chose, mais je ne sais pas si c’est vrai: les Polonais sont des gens qui sentent qu’ils n’ont pas été suffisamment « honorés » par le reste du monde. Est-ce vrai?

« Voici une observation très intéressante. Je pense que je serais d’accord. En Allemagne, ils disent: ‘C’est le mur de Berlin qui a déclenché les changements (la chute du rideau de fer et de l’Union soviétique)’. Les Allemands n’ont rien fait pour obtenir ces changements. Mais ils disent que c’est le mur de Berlin, plutôt que Solidarité, Ronald Reagan et Jean-Paul II. Nous nous sentons trompés. »

Oh, Vierge Mère du bébé juif, nous y revoilà: histoire, histoire, histoire.

Je ne veux pas passer mon temps avec l’histoire. Je veux parler d’ici et maintenant. L' »Article 7, » Jérusalem, la « loi de l’Holocauste ».

Nous commençons par l’article 7.

« À Berlin, me dit-il, seulement 11% des juges qui avaient servi à l’époque de la RDA ont conservé leur emploi après l’unification allemande et dans le reste de l’ancienne RDA. Je pense que 30, 33% des procureurs et des juges sont restés. Pas en Pologne. En Pologne, rien de pareil n’est arrivé. Tous les juges des années 80, qui ont effectivement condamné mes confrères d’armes — parce que j’étais très actif en tant que combattant, combattant de la liberté pour la démocratie — faisaient partie du système judiciaire pendant les années 90. Beaucoup d’entre eux, pas tous, se sont comportés d’une manière complètement inappropriée. »

« Ces juges ‘inappropriés’ ont nommé d’autres juges qui, à leur tour, nomment encore d’autres juges, un processus qui crée un système juridique corrompu », argumente-t-il, et c’est ce que son gouvernement veut changer maintenant.

Si tout est si simple, la menace de la CE est insensée. Est-ce que les Européens n’ont rien de mieux à faire que de s’en prendre à la Pologne sans raison ?

« Non, dit-il. Le vrai problème est que la Pologne ne s’est pas bien expliquée, mais une fois que de la Pologne s’expliquera, tout sera parfait. »

Mais vous vous êtes parlé pendant deux ans ! C’est plus de temps que vous me donnez…

«La discussion se cachait parfois derrière des murs», dit-il en utilisant une expression que je ne connais pas. Et il ajoute, encore une fois, que si les Polonais s’étaient seulement mieux expliqués à propos des changements que le gouvernement apportait au système juridique, « je suis presque certain que nos homologues, comme ceux de la CE, l’apprécieraient ».

Adam Michnik, le connaissez-vous?

« Pas très bien. »

Il m’a dit, à propos de ces mêmes changements: « Ils », ce qui signifie votre gouvernement, « ont le pouvoir de renvoyer tout juge qu’ils veulent et de nommer d’autres à leur place. » Est-ce exact?

« Vous voyez, c’est exactement la manière dont les mensonges se répandent dans toute l’Europe. Ce n’est pas correct. Adam Michnik veut vous tromper. »

Mais vous vous reprochez de ne pas avoir pu expliquer votre position au cours des deux dernières années.

« Oui. »

Comment se fait-il que vous ne puissiez pas expliquer cela?

« Eh bien, je me le reproche, comme vous l’avez dit. Nous aurions dû avoir plus de communication, j’aurais dû communiquer plus. C’est probablement aussi parce qu’il y avait des propos durs avec lesquels nous nous sommes mutuellement offensés. Je ne nommerai personne ici. Quand je compare la situation en Pologne, avec un niveau de corruption très bas et une démocratie qui fleurit et qui est prospère, avec, par exemple, mes amis de Bulgarie, de Roumanie ou de République tchèque — pleins de corruption ! – ou nos amis de Hongrie, je ris, et je pleure. »

Comment se fait-il que les Européens ne le voient pas, si c’est si clair?

« C’est une bonne question. »

Qu’est-ce que vous en pensez ?

« Insuffisante et faible explication de notre part ; interprétation erronée. »

Tout le monde est capable de s’expliquer, même les Tchèques, tous sauf les Polonais ?

« Personne ne fait des réformes aussi profondes que nous. »

Si le CE prend des mesures en réponse à l’article 7, en retirant vos droits de vote, que ferez-vous ?

« Ce sera un moment très triste pour l’Europe ».

Je comprends. Mais allez-vous alors céder aux Européens ?

« Non. Nous nous en tiendrons aux changements parce que nous croyons qu’ils sont nécessaires. »

Il y a un verre de soda à côté de moi, et entre deux gorgées, je lui lis le passage du Washington Post et je lui parle du vieux Juif que j’ai rencontré à Łódź, pendant ma première visite du pays.

Si une personne raconte une telle histoire, je lui demande, sera-t-elle poursuivie devant les tribunaux et emprisonnée?

« Non. Non seulement cette personne ne devrait pas être poursuivie devant les tribunaux, et ne sera pas poursuivie devant les tribunaux, mais des recherches concernant cette question devraient également être réalisées, devraient être favorisées, parce que nous devons faire des recherches suffisantes sur la vérité historique. »

Donc le Washington Post a tort ?

« Complètement tort. La loi adoptée par la législature polonaise concerne ceux qui accusent l’État polonais, et la nation polonaise en totalité, pour le meurtre de Juifs. Il ne s’agit pas de nier que certaines personnes faisaient des choses comme ce que vous avez mentionné. Bien sûr que non. »

« C’est un autre exemple », me dit-il, « où le gouvernement polonais ne s’est pas expliqué ». La fureur du monde à propos de la Pologne ne concerne pas ce que fait le gouvernement polonais sous sa direction, mais plutôt le manque d’explication du gouvernement.

C’est le moment d’évoquer Łódź et ses graffitis, puisqu’il ne s’agit pas d’une histoire qui dépend d’un manque d’explication, mais d’un manque d’action.

Nous sommes en 2018. Les rues de Łódź, et, dans une moindre mesure, d’autres villes et villages de Pologne affichent de terribles graffitis antisémites, contenant des mots tels que « Zydzigaz » [il faut gazer les Juifs] et un nombre incalculable d’étoiles de David.

Pourquoi, je demande à son Honneur, le gouvernement polonais ne fait-il rien pour les effacer, ou imposer une amende à ceux qui les font?

« Nous devons faire plus pour les éliminer complètement. »

Pourquoi ne le faites-vous pas ?

« Nous le ferons. Ces [responsables de graffitis] devront être pénalisés. »

Quand je viendrai l’année prochaine à Łódź, les murs seront-ils propres ?

« Oui, je l’espère. Je vais faire des efforts pour cela. »

Promis ?

“Oui.”

Je reviendrai l’année prochaine !

Mais avant l’arrivée de l’année prochaine, j’ai d’autres questions.

Jérusalem est-elle la capitale d’Israël, oui ou non ?

« Eh bien, nous nous sommes abstenus lors du vote à l’ONU. Nous étions sous la pression de nos partenaires d’Europe occidentale, qui ont un point de vue tout à fait différent à ce sujet. Ils pensent que Jérusalem, depuis 1967, est occupée. »

Qu’est-ce que vous en pensez ?

« Ce que je pense personnellement, je ne peux pas le dire publiquement. »

Qu’est-ce que ça veut dire que l’UE a exercé des pressions sur vous? Quel genre de pression? Que vous ont-ils dit? « M. Premier ministre, si vous votez Oui, si vous votez que Jérusalem est la capitale d’Israël, nous ferons ceci et cela contre vous? » Qu’est-ce qu’ils entendaient par ceci ou cela?

« Je vais devoir laisser ça pour votre propre imagination… »

Si Dieu venait vous voir avant que vous soyez né, et Il vous disait: « Mateusz, je vais t’envoyer sur la terre, déposer ton âme là-bas. Où aimerais-tu être? Quel pays? » Qu’auriez-vous dit?

« J’aimerais être parachuté en Pologne. »

Pourquoi la Pologne? Imaginez: vous êtes un bébé et vous parlez avec Dieu. Pourquoi diriez-vous « Pologne »?

« Nous [les Polonais] pouvons jouer un rôle très positif dans le développement futur de l’Europe. Malgré ce que certaines personnes pensent de nous à Bruxelles, nous sommes très pro-européens, et nous pouvons être le chaînon manquant entre l’Orient et l’Occident. »

M. le Premier ministre: Vous êtes juste un bébé, un petit bébé au paradis! Vous ne connaissez pas les liens entre l’Orient et l’Occident. Dieu vous dit: «Regarde les gens là-bas» et il vous montre tout le monde, et vous devez choisir…

« Certainement, j’aurais aimé être un joueur de football remportant la Coupe du Monde. »

Vous avez complètement manqué votre profession !

“Oui, oui.”

Je dis au revoir au Premier ministre et, lorsque je le quitte, l’image du vieux Juif de Łódź me suit.

Revenez à votre lieu de repos, bon vieux juif, car la Pologne n’est pas aussi mauvaise que vous le pensiez. Reposez en paix et ne vous inquiétez plus ; je garderai un œil vigilant sur ce pays pour vous, je vous le promets.

Traduction française : Oksana Zvirynska

Conclusion

JPG : Tuvia, votre article est comme toujours excellent. Il est différent de toutes les poubelles d’articles qui sont publiés sur le sujet par les grands médias, parce qu’ils sont faussés par la tentation des journalistes d’orienter notre point de vue, afin que nous pensions comme eux. S’ils décident que les Polonais sont mauvais, ils écrivent des articles pour nous influencer et penser que les Polonais sont mauvais. S’ils décident qu’ils sont bien, ils sont prêts à écrire tout l’inverse, et à faire témoigner des experts pour corroborer leur parti pris.

Mais je suis resté un peu sur ma faim à la fin de votre article.

Je suppose que j’attendais votre opinion, votre jugement sur votre rencontre avec le Premier ministre polonais qui s’excuse continuellement pour sa mauvaise communication, ou votre sentiment général sur l’antisémitisme en Pologne, ou sur la loi interdisant de relier la Pologne à l’holocauste.

Tenenbom: Je ne veux pas me joindre à la chorale [des médias] contre la Pologne, comme si ce pays était le pire de l’UE. Ce serait un mensonge. Pour ce qui est de l’antisémitisme, entre [la formulation] tiers-mondiste de l’opinion de la Pologne sur les Juifs et celle de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne ou de la France, j’ai confiance à tous les coups dans ce que disent les Polonais.

Et ils ont le mérite d’être aux côtés de l’unique État juif du monde dans les forums internationaux, comme l’ONU.

Et si tu te demandes pourquoi je n’ai pas écrit cela dans l’article, c’est parce que je ne crois pas au bénéfice d’être didactique, et je ne crois pas à la « prédication » journalistique…

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